Kouchner est arrivé hier à Beyrouth, Moussa y est attendu ce soir
L’Europe et la Ligue arabe se mobilisent pour une action de dernière minute
L’Europe et la Ligue arabe se mobilisent pour une action de dernière minute
Le compte à rebours pour l’élection d’un président expire bientôt. Durant cette semaine, le bras de fer entamé il y a plusieurs mois entre la majorité et le 8 Mars dans le dossier présidentiel devrait donc incessamment déboucher sur une entente permettant l’élection d’un président de la République, ou, au contraire, sur une confrontation ouverte menant le pays vers l’inconnu. Et c’est pour pallier cette dernière éventualité que le forcing international se revigore, à travers le ballet diplomatique qui continuera de se dérouler à Beyrouth dans les prochains jours.
Ainsi, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a entamé hier soir sa sixième visite à la capitale libanaise depuis l’avènement de l’initiative française. De son côté, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui s’est entretenu par téléphone hier avec le président de la Chambre Nabih Berry, atterrira à Beyrouth, ce soir, à 19 heures.
Le chef de la diplomatie italienne Massimo D’Alema, qui a achevé samedi sa tournée libanaise, a quant à lui conclu, au terme de ses concertations, que les chances d’une réussite in extremis du scrutin présidentiel sont égales à celles d’un échec. Le ministre italien a révélé qu’il pourrait bientôt retourner à Beyrouth, ainsi que son homologue espagnol Miguel Angel Moratinos, pour y rejoindre Bernard Kouchner.
La troïka européenne et le patron de la Ligue arabe déploieront des efforts de dernière minute pour permettre la tenue du scrutin dans les délais constitutionnels et éviter une élection à la majorité absolue, qui entraînera probablement des mesures de rétorsion de la part de l’opposition, variant entre le chaos politique et les troubles sécuritaires.
Des sources diplomatiques européennes à Beyrouth ont indiqué, à ce propos, que l’Union européenne ne permettra pas que le Liban s’enlise dans un chaos institutionnel ou dans une confrontation entre le 14 Mars et l’opposition. La stabilité du pays du Cèdre est cruciale pour l’Europe et la région, et l’UE est prête à tenter l’impossible pour éviter une crise politique ou sécuritaire au Liban, ont-elles ajouté.
Ces sources ont également souligné que contrairement à son homologue français, Massimo D’Alema estime qu’il faut poursuivre la pression politique et diplomatique pour garantir le succès du processus électoral. D’où l’enthousiasme des trois ministres européens pour assister au scrutin de mercredi, s’il a lieu, et, dans le cas contraire, pour rester à Beyrouth en attendant l’élection éventuelle d’un président, le 23 novembre. D’après ces sources, le ministre italien pourrait se rendre à Damas au cours des prochaines 48 heures si la troïka européenne venait à décider que cette démarche est nécessaire.
Selon ces sources, le chef de la diplomatie italienne avait souligné que la position rigide du député Michel Aoun pourrait constituer un prétexte invoqué par d’autres parties pour justifier l’obstruction de l’élection présidentielle. Massimo D’Alema aurait également noté qu’il faudrait savoir si le chef du CPL a pris sa décision unilatéralement ou en coordination avec d’autres parties. D’autant que d’autres forces de l’opposition auraient informé le ministre italien de leur compréhension de l’impossibilité de l’élection de Michel Aoun à la magistrature suprême, non seulement à cause de l’opposition de la majorité, mais également parce que des parties internationales et régionales redoutent l’attitude qu’adoptera le député Aoun s’il est élu à la présidence. Plusieurs représentants de l’opposition auraient donc simplement réclamé un rôle pour le président du Bloc du changement et de la réforme dans le choix du président.
Les mêmes sources ont salué les résultats de la première étape du dialogue entre le député Hariri et le président Berry qui, semble-t-il, ont réduit la liste en 6 noms de Bkerké à trois candidats, à savoir Robert Ghanem, Michel Eddé et Michel Khoury. Elles ont aussi noté que les deux interlocuteurs mènent actuellement des contacts, chacun de son côté, et devraient se réunir de nouveau avant le voyage prévu pour aujourd’hui ou demain de Saad Hariri à Moscou, pour rencontrer le président Vladimir Poutine.
Ces sources ont enfin affirmé qu’une vague d’optimisme prudent a déferlé sur le pays au cours des derniers jours. Mais en dépit de cet optimisme, aucun des deux camps n’est prêt à accorder de concessions à l’autre et plusieurs personnalités du 14 Mars ainsi que des candidats dont les noms figurent sur la liste du patriarche maronite ont demandé à être consultés au sujet du choix du futur président, alors que toutes les parties du front souverainiste avaient insisté, la semaine dernière, sur le mandat accordé au chef du Courant du futur pour procéder à l’opération de filtrage des noms avec le président du Parlement.