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La bouée de sauvetage internationale bute contre l’aiguille syrienne

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La bouée de sauvetage internationale bute contre l’aiguille syrienne 
Mahmoud HARB


Qui a intérêt à mener le Liban à sa ruine ?
La question amère posée par le patron du Quai d’Orsay continue de résonner dans les oreilles lasses du peuple libanais, en dépit du bruissement des rumeurs diluviennes et du susurrement des négociations d’antichambre qui marqueront cette épique élection présidentielle jusqu’à la dernière minute de son délai légal. Le sablier constitutionnel crachera ses dernières graines dans quelques heures. Et les Libanais ont beau interroger les mines plus souvent déconfites que détendues de Bernard Kouchner et de Amr Moussa pour entrevoir ce que leur cache le sort, seule une vague et menaçante incertitude continue de flotter sur l’agora libanaise.
Qui cherche à bloquer ainsi la bataille présidentielle ?

 

Certes, le régime syrien n’a toujours pas admis son renvoi du Liban, à coup d’étendards rouges et blancs. La communauté internationale l’a bel et bien compris depuis belle lurette. L’Europe a donc multiplié les contacts avec Damas, mettant fin de facto à l’ostracisme du régime baasiste, avant même d’avoir une preuve de bonne volonté de la part de l’ancienne puissance d’occupation au Liban. Le président russe, qui a pris langue avec les mollahs de Téhéran, a également contacté les hautes sphères syriennes. Et le Premier ministre italien, Romano Prodi, s’est entretenu hier par téléphone avec Bachar el-Assad. Et même la draconienne Condeleezza Rice a bien voulu subtilement promettre une relance des relations avec la Syrie, si et seulement si Damas se décidait à mettre un terme à ses immixtions au Liban.


Et alors que le bras droit du président français Jean-David Levitte affirmait que Paris ne perdrait rien en rentrant en contact avec Damas, Nicolas Sarkozy n’a ménagé aucun recours auprès du régime baassiste, enchaînant coups de fil et envoi d’émissaires. De source informée, on apprend qu’à l’interrogation du président français qui lui aurait demandé pourquoi a-t-il dérogé à l’engagement qu’il a pris pour faciliter l’élection présidentielle, vu que la France joue sa crédibilité dans ce processus, Bachar el-Assad aurait répondu qu’il a honoré sa promesse, et que le nœud se trouve aujourd’hui au niveau de Rabieh. Lors des préparations de la prorogation du mandat d’Emile Lahoud, ce même nœud se trouvait à Aïn el-Tineh, a-t-on riposté depuis Damas à Miguel Angel Moratinos. Le subterfuge a donc déjà prouvé son efficacité.

 

Rencontre Aoun-Hariri


Néanmoins, c’est donc la sonnerie du téléphone des chefs du CPL et du Courant du futur qui a retenti, quelques heures plus tard. Nicolas Sarkozy a encore une fois incité les deux pôles à rétablir leur dialogue. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il semble toutefois que la nouvelle rencontre entre Michel Aoun et Saad Hariri, hier soir, n’a abouti à aucune percée substantielle. Pourtant, la majorité n’a ménagé aucun effort pour prouver sa bonne volonté et sa détermination à parvenir à une entente au cours des derniers jours.


En effet, le 14 Mars a presque explicitement accepté de soutenir d’autres présidentiables que ses candidats officiels, quand bien même le député Aoun n’a pas manqué une occasion pour insister sur sa candidature. Et même celui qui a brisé nombre de tabous derrière lesquels se retranchaient le Hezbollah, à savoir le chef du PSP Walid Joumblatt, n’a pas hésité à privilégier la paix civile et la stabilité du pays, à son attachement inébranlable aux acquis de l’intifada de l’indépendance. De plus, depuis quelque temps, le front souverainiste s’est abstenu de brandir l’éventualité d’une élection à la majorité absolue. Et si le 14 Mars s’est opposé à l’élection d’un président pour un mandat raccourci à deux ans, cette position n’est guère constitutive d’une entrave à l’entente, d’autant que le maître de céans à Bkerké, dont le rôle n’est pas des moindres dans le processus de dialogue, a également refusé cette demi-solution, d’après des sources dignes de foi.
Qui cherche donc à ressusciter les années de plomb et de sang ?

La moitié plus un
Après avoir accompli plus d’un tour du monde en 90 jours de tractations, de promesses et de déceptions, le dossier présidentiel a fini par s’échouer devant les murailles damascènes. Et si le régime syrien se serait décidé à noyer le pays dans la confrontation fratricide contre laquelle Ban Ki-moon a mis en garde hier, seule une décision courageuse peut immuniser le pays face aux ingérences obstinées de Damas. De toute façon, rien n’est encore joué. A quelques heures de l’expiration du délai constitutionnel, cette affirmation est, pour le moins, un brin ironique. Mais des sources proches des deux camps ont indiqué à l’agence Markaziya que la recherche d’une entente sur un président pourrait se prolonger au-delà du 24 novembre.


En conséquent, rien n’est acquis et tout est à craindre ou à espérer. Seul le vide institutionnel est à exclure, car la Loi fondamentale n’admet pas la vacance des hautes sphères de la République. D’autant qu’un haut responsable de la majorité a indiqué à L’Orient Le Jour que le 14 Mars pourrait recourir, après l’expiration du mandat d’Emile Lahoud, le 24 novembre, à une élection à la moitié plus un, en cas d’échec des négociations en cours, non sans avoir obtenu auparavant une couverture diplomatique pour cette mesure. Il semble également que le front souverainiste est confiant dans le rôle des FSI et de l’armée qui ont démontré leur détermination à étouffer dans l’œuf toute velléité de troubles sécuritaires, d’après ce même leader qui a exprimé sa conviction qu’il n’y aura pas d’élections demain vendredi.


La République bancale n’est pas près de se redresser.

المصدر:
l"orient le jour

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