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Samir Geagea s’interroge sur la signification de la présence syrienne à la conférence d’Annapolis.

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Samir Geagea s’interroge sur la signification de la présence syrienne à la conférence d’Annapolis.

Les prudences d’un ancien seigneur de la guerre libanais

 

De notre envoyé spécial à Maarab


PROCHE-ORIENT Sans président depuis samedi, le Liban s’enfonce dans la crise politique alors que débute demain la conférence d’Annapolis sur le Proche-Orient. IL S’ABRITAIT durant la guerre civile dans des cellules de moines de couvents maronites. Puis il séjourna pendant onze ans et trois mois à l’isolement dans une prison. Samir Geagea est depuis peu installé avec son épouse Sethrida, élue du Parlement, dans une sorte de bunker surmonté d’un mirador construit au bout d’un chemin en cul- de- sac, audessus du village de Maarab, près de Beyrouth.


L’accès à son quartier général est protégé par un portail coulissant blindé digne des ponts-levis des châteaux forts. En fin de journée, la pénombre et le froid tombent vite sur la bâtisse orientée pour des raisons défensives vers le nord. « C’est plutôt zen, ici » , commente le chef des forces libanaises, le parti chrétien qui compose une alliance majoritaire à la Chambre, avec les sunnites du Courant du futur de Saad Hariri et les Druzes du Parti socialiste progressiste de Walid Jumblatt. « La campagne d’assassinats politiques nous oblige à prendre des précautions. Je réduis mes déplacements au strict minimum, je ne parle pas de mon emploi du temps par téléphone. Mes rendez-vous sont fixés par des courriers transmis par mes messagers » , explique- t- il autour d’une table de réunion dans une salle souterraine.


Le vide institutionnel dans lequel est plongé son pays depuis la fin du mandat, vendredi à minuit, du président sortant prosyrien, Emile Lahoud, est pour lui une étape nécessaire. « Nous avons marqué un point avec son départ, mais la partie n’est pas gagnée », présume-t-il. La majorité et l’opposition se sont neutralisées dans l’épreuve de force de l’élection présidentielle. Incapables de s’entendre sur un candidat de consensus, les députés campent sur leurs positions en évitant un faux pas. « Nous naviguons à vue, sans stratégie détaillée, car le contexte régional peut changer rapidement, indique Samir Geagea. Il y a beaucoup d’inconnues. Nous ne voulons pas donner un alibi à nos adversaires en élisant dans l’immédiat un président à la majorité simple. »
Les regards des uns et des autres sont tournés – en attendant une nouvelle convocation, vendredi, du Parlement – vers la conférence d’Annapolis, qui s’ouvre demain. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, estime, dans des termes virulents, que le Liban n’a pas à participer au sommet sur le Proche-Orient organisé par les Etats-Unis. Jugé illégitime par l’opposition, le gouvernement de Fouad Siniora a pourtant dépêché sur place son ministre des Affaires étrangères par intérim. L’attitude de la Syrie va être scrutée avec attention par les Libanais, dont le pays est la caisse de résonance des conflits régionaux.


« Va-t-on vers une rupture de l’axe syro-iranien ? »


« On n’imaginait pas il y a deux mois qu’une délégation française se rendrait à Téhéran ou que les Syriens accepteraient une invitation à une conférence sous l’égide américaine. Va- t- on vers une rupture de l’axe syro- iranien ? Et quelle sera la monnaie d’échange d’un éventuel accord avec le régime de Damas ? » se demande Samir Geagea, un allié traditionnel de Washington. « Nous devons anticiper les réactions, même si Annapolis ne mène à rien. Le régime syrien est naturellement agressif. Il peut mordre à n’importe quel moment » , poursuit-il.


Antisyrien viscéral, Samir Geagea s’est presque toujours opposé au régime de Damas, quitte à favoriser, au gré des retournements d’alliances, des combats fratricides. Michel Aoun fut son meilleur ennemi. En 1989, les combats entre ses partisans et la partie de l’armée fidèle au général démoralisèrent les chrétiens. Il ménage aujourd’hui son concurrent, chef du courant patriotique libre, le plus important parti politique chrétien depuis que ce dernier, allié au Hezbollah, a accepté jeudi soir de retirer sa candidature à l’élection présidentielle. « Nous n’avons pas la même stratégie, mais nos cibles sont identiques » , avance Samir Geagea dans son langage truffé de références martiales, souvenir d’un passé de combattant qu’il dit révolu.


A en croire l’ex- chef milicien sorti de prison en 2005 à la faveur de la victoire du mouvement antisyrien du 14 mars, les forces libanaises ne reconstituent pas leurs capacités militaires en prévision d’affrontements. « Nous faisons confiance en cas de troubles à l’armée nationale, bien que nous sachions que certains envisagent de nous combattre par procuration, via des groupuscules druzes, chrétiens et sunnites », affirme-til. Un point de vue qui conforte le général Michel Sleimane, le chef d’état-major des armées.


THIERRY OBERLE

المصدر:
l"orient le jour

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