Le Hezbollah et Amal exigent la démission du gouvernement pour envisager une candidature du commandant en chef de l’armée
A la loterie de la présidentielle, c’était hier la journée Michel Sleimane
A la loterie de la présidentielle, c’était hier la journée Michel Sleimane
Comme pour Michel Eddé, la semaine dernière, et en fin de compte comme tant d’autres, c’était hier au tour du général Michel Sleimane de commencer sa journée comme futur président de la République et de la terminer dans l’incertitude.
Le commandant en chef de l’armée, habituellement si discret, a poursuivi hier une tournée de présidentiable qui l’a conduit à Aïn el-Tiné ainsi que chez le mufti et le métropolite de Beyrouth, Elias Audeh.
Une remarquable tournée qu’il avait entamée en début de semaine avec une visite à Bkerké, d’où il s’était positionné, une fois de plus, comme un candidat neutre, renvoyant dos à dos le président Lahoud, qui avait réclamé la proclamation de l’état d’urgence, et le Premier ministre, Fouad Siniora, en affirmant que l’armée était « chargée d’office » du maintien de la sécurité, et donc qu’elle n’avait besoin de personne pour lui dicter son devoir sur ce plan.
La candidature du général Sleimane, qui a également reçu à Yarzé l’un des piliers de la majorité, Nayla Moawad, ainsi que le président de la Ligue maronite, Joseph Torbey, a été saluée par le 14 Mars, qui, par la voix de Mme Moawad comme par celle du député Ammar Houri, a fait savoir qu’il n’avait pas vraiment de réserve à cette candidature.
Apparemment mandaté par la majorité, M. Houri a déclaré que son bloc était « d’accord pour l’amendement de la Constitution en vue de parvenir à un accord sur le nom du chef de l’armée ». La veille, M. Samir Geagea avait laissé entendre qu’un assentiment de sa part à un amendement constitutionnel était envisageable, et dans les milieux du 14 Mars, les spécialistes de la Constitution ont commencé à triturer textes et jurisprudences autorisant le gouvernement à agir dans cette direction.
Toutefois, au sein de la majorité, des voix ont continué de s’élever hier pour protester contre un éventuel amendement. « Je suis personnellement contre la candidature du général Sleimane car elle est en violation avec le système démocratique », estimait ainsi le candidat à la présidentielle Boutros Harb. Ce dernier affirme qu’il faut en finir avec la dérogation qui veut « qu’à titre exceptionnel et pour une seule fois », on amende la Constitution, qu’il considère, à raison, comme une « prostitution de la Constitution ».
Mais une telle indépendance d’esprit a-t-elle sa place dans la délicate partie qui se joue ? Apparemment pas, estiment les diplomates en poste à Beyrouth, qui se sont évertués hier à lever les réserves nourries au sein du 14 Mars contre un amendement constitutionnel et une élection du général Sleimane dans les délais les plus brefs.
Ces discrètes pressions sont venues hier aussi bien du nonce apostolique, Luigi Gatti, qui s’est rendu chez le général Aoun et Samir Geagea pour souligner l’urgence d’une élection, que du « chargé d’affaires » français, André Parant, sans oublier l’ambassadeur d’Egypte, qui se trouvait hier soir chez Walid Joumblatt.
A l’autre bout du monde, à Annapolis plus précisément, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, croyait pouvoir annoncer qu’il serait en fin de compte pourvu à la fonction présidentielle plus tôt que prévu. Dans certains cercles politiques, on estimait encore possible, hier matin, que l’amendement constitutionnel se fasse aujourd’hui, et l’élection demain, 30 novembre, échéance fixée par le président de la Chambre, pour le scrutin.
C’était compter sans les surprises de la « petite histoire », celle que s’entêtent à vouloir écrire les opposants purs et durs comme le Hezbollah et le général Aoun, qui ont vu dans cet assentiment si rapide de la candidature du général Sleimane de la part de la majorité un « complot » américano-franco-égyptien, qu’ils ont décidé de contrecarrer.
Refusant de se prononcer sur la candidature du commandant en chef de l’armée, le général Aoun a poursuivi ses consultations hier et a annoncé pour les prochains jours des manifestations de masse « pacifiques » à l’appui de sa propre candidature.
De leur côté, le Hezbollah et le mouvement Amal semblent s’être donné le mot pour rejeter l’amendement de la Constitution et exiger auparavant la démission de M. Fouad Siniora. Ce dernier ne peut, selon eux, avancer un projet de loi d’amendement de la Constitution, son gouvernement n’étant pas constitutionnel.
Du reste, procéder autrement signifierait finalement que l’opposition reconnaît la légitimité du gouvernement, un désaveu qui la discréditerait irrémédiablement.
Ces réserves se justifieraient aussi, en partie, par la volonté de l’opposition de voir venir l’événement, de ne pas se hâter avant d’avoir conclu un « package deal » avec la majorité, qui inclurait, notamment, le nom du futur Premier ministre et la distribution des portefeuilles ministériels dits « souverainistes » (Défense, Intérieur, Affaires étrangères, Finances).
Comme on le constate, le Liban n’est pas encore sorti de ses contradictions, d’autant plus que, selon des sources informées proches de la majorité, on fait état d’une volonté d’obstruction de la Syrie qui, au fond, trouve commode qu’on lui ait ainsi tendu une nouvelle carte à jouer, et n’accepterait l’élection d’un président qu’en échange de quelque chose de substantiel. De plus substantiel en tout cas que les promesses de George Bush et des attestations de bonne conduite de Nicolas Sarkozy.