Haro du patriarcat contre les députés absentéistes, le bouclage du Parlement, les ministres démissionnaires et les Libanais liés à l’étranger
Le constat de Sfeir, un réquisitoire en bonne et due forme contre l’opposition
Le constat de Sfeir, un réquisitoire en bonne et due forme contre l’opposition
C’est un véritable réquisitoire contre le comportement de l’opposition que le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, a dressé hier, de manière tout à fait inaccoutumée, sous la forme d’un communiqué du secrétariat du patriarcat. Après avoir éclairci les circonstances entourant la liste de noms de présidentiables qu’il avait établie en dépit de ses réticences justifiées, le patriarche en arrive au constat de l’échec et, sans ménagement, attribue celui-ci aux députés qui se promènent dans les couloirs du Parlement sans pénétrer dans l’hémicycle, à celui qui a bouclé la Chambre au cours de ces derniers mois, aux ministres qui démissionnent et qui continuent à se rendre à leurs ministères et à traiter les affaires qu’ils souhaitent traiter, et enfin et surtout aux Libanais liés à l’étranger et, parmi eux, ceux qui, conscients ou pas, font le travail de l’étranger.
Certes, le patriarche conclut en affirmant qu’il n’a jamais pris position pour une partie des Libanais contre l’autre, mais le ton, la teneur et les quelques sous-entendus du communiqué sont on ne peut plus clairs : l’opposition, toutes tendances confondues, en prend pour son grade.
Voici le texte quasi intégral du communiqué :
« Attendu qu’il émane de toutes parts des allégations contradictoires au sujet de la position du patriarcat maronite à l’égard de la situation actuelle et que ces allégations sont susceptibles de semer le doute et la confusion dans les esprits ; et attendu qu’il est de notre devoir de lever le doute, il s’est avéré indispensable de publier cette mise au point :
« Nous avions pris la décision de ne point nous laisser entraîner à nommer un Libanais, quel qu’il soit, comme étant apte à être président de la République. Et cela après les leçons tirées de l’expérience que nous avions eue le 25 novembre 1988, à la demande de responsables américains. Nous avions transmis à l’époque à ces responsables cinq noms choisis par les députés maronites lors d’une séance de vote secret qui s’était déroulée à Bkerké.
« Ces noms ont circulé dans certains pays de la région, et lorsqu’ils sont parvenus aux dirigeants libanais, ils furent l’objet de tergiversations sans limites, pour ne pas dire autre chose. Pour nous, cette expérience fut amère.
« Des responsables français sont venus au Liban et ont visité Bkerké le 9 novembre dernier. Ils nous ont demandé, après avoir rencontré un certain nombre de dirigeants libanais, de formuler des noms de présidentiables. Nous l’avons fait dans la contrainte, le souvenir de ce qui s’était passé en 1988 demeurant gravé dans notre mémoire.
« La règle constitutionnelle stipule que les députés se rendent à la Chambre et votent pour l’un des noms qui circulent afin de l’élire président de la République. Comme cela, nous n’avons pas, ni nous ni d’autres que nous, à donner le moindre nom.
« Mais on nous a dit : qu’est-ce qui est préférable, qu’une liste soit établie ou bien que le pays aille vers le chaos ? On nous a aussi fait savoir qu’il y avait un engagement à choisir un nom au sein de cette liste. Et puis, l’un des responsables répétait qu’il était derrière le patriarche en ce qui concerne les noms et un autre disait attendre la liste.
« Craignant que l’on nous attribue la responsabilité d’une aggravation de la situation, nous avons transmis une liste de noms, qui ont été ensuite dévoilés. La plupart des candidats dont les noms n’y figuraient pas ont exprimé leur colère contre nous. Nous avons demandé à Dieu de leur pardonner, car ils ne savent pas qu’il n’y avait pas moyen de citer les noms de tous les candidats, et ils étaient nombreux, grâce à Dieu, ceux qui sont à la hauteur de la responsabilité et ceux qui ne le sont pas.
« Nous avons donc attendu que l’on choisisse un nom de cette liste, jusqu’à ce que d’aucuns viennent nous dire : “ Donnez-nous une seconde liste, ou bien ajoutez un nouveau nom ”. Alors nous avons répondu : voilà tout ce que nous avons pu faire. Et après tout, vous êtes libres d’ajouter ou de retrancher les noms que vous voulez. Aujourd’hui, la liste est toujours errante. »
Un comportement « stupéfiant »
Le communiqué poursuit :
« La situation actuelle est dangereuse et nous ne savons pas si, parmi les responsables, il y en a qui mesurent réellement ce danger, notamment ceux qui s’abstiennent d’entrer dans l’hémicycle de la Chambre et se contentent de rester dans les couloirs le jour où tous les députés sont appelés à la séance électorale.
Le communiqué poursuit :
« La situation actuelle est dangereuse et nous ne savons pas si, parmi les responsables, il y en a qui mesurent réellement ce danger, notamment ceux qui s’abstiennent d’entrer dans l’hémicycle de la Chambre et se contentent de rester dans les couloirs le jour où tous les députés sont appelés à la séance électorale.
« Le bouclage du Parlement durant tous ces derniers mois fait peser à celui qui l’a bouclé une grande responsabilité, quels qu’en soient les prétextes. C’est bien dans ce lieu où les députés se réunissent, dans tous les pays du monde, pour débattre des questions nationales et prendre les décisions qui s’imposent.
« La responsabilité des ministres qui s’abstiennent de prendre part aux réunions du gouvernement n’est pas moindre, d’autant que, d’un côté, ils boudent, et de l’autre, ils continuent à se rendre à leurs ministères et expédient les affaires qu’ils souhaitent expédier. Ils font la chose et son contraire et cela est à la fois stupéfiant et condamnable.
« Le peuple libanais en a assez de ces actes contraires à la logique et à la loi. Il attend des responsables qu’il a élevés aux postes qu’ils occupent qu’ils se penchent sur ses soucis quotidiens, lui assurent des emplois, une vie tranquille et digne. Nous ne voulons pas faire assumer aux responsables plus qu’ils ne peuvent. Certains d’entre eux sont menacés dans leur vie et déploient un luxe de précautions dans leurs déplacements et leurs communications téléphoniques. Cela n’est arrivé dans un aucun autre pays que le Liban.
« L’engagement de certains Libanais à l’égard de tel ou tel pays ou de telle ou telle force politique extérieure les fait prisonniers de leurs positions, paralyse leurs capacités et les rend, qu’ils en soient conscients ou non, dépendants d’autrui dans les décisions qu’ils prennent à sa place.
« Que Dieu ait l’âme de celui qui avait dit : Ne cherchez pas à savoir ce que votre pays fera pour vous, mais à ce que vous pouvez faire pour lui (John Kennedy). Nul ne peut demander à sa patrie de lui donner la sécurité, la stabilité et la paix, tant que lui-même n’a pas donné à sa patrie ce qu’elle exige de lui de fidélité, de service et même des sacrifices allant jusqu’au sacrifice de soi.
« Il est aujourd’hui demandé de hâter l’élection présidentielle avant qu’il ne soit trop tard. Cela est de la responsabilité de tous les députés. Dieu sait que nous n’avons jamais pris le parti de quelqu’un contre quelqu’un d’autre. Nous avons toujours cherché l’intérêt de la nation dans son ensemble.
« La situation actuelle porte de nombreux Libanais à quitter leur patrie pour d’autres horizons. Ils le font contraints. Beaucoup de ces émigrés sont dans l’impossibilité de revenir et cela est préjudiciable à la patrie et à son avenir. Ce que nous souhaitons, c’est que les Libanais prennent leurs affaires en main et se jettent sur les problèmes de leur patrie pour les régler dans un esprit de concorde, de clairvoyance et de sincérité totale. Nous souhaitons qu’ils puissent franchir cette phase difficile pour enfin ramener la confiance dans le Liban, dans son passé, son histoire et son avenir.
« Que Dieu garde le Liban. »