Interrogations sur les intentions syriennes
La sécurité et les tensions intraconfessionnelles à l’origine du choix Sleimane
Emile KHOURY
La sécurité et les tensions intraconfessionnelles à l’origine du choix Sleimane
Emile KHOURY
Pourquoi faire appel au commandant en chef de l’armée ? Pour deux raisons, deux craintes. D’abord, le risque de voir des fauteurs de troubles manipulés, télécommandés, comme l’était Fateh el-Islam, de voir chambouler l’ordre public et la stabilité du pays.
Ensuite, parce que, de toute évidence, certains veulent exploiter la vacance du fauteuil présidentiel dans un cadre confessionnel. Aux fins, en quelque sorte, d’aggraver les déséquilibres entre les pouvoirs pour mieux en exiger l’abolition. Autrement dit, le but déclaré est de rendre son lustre à la première magistrature du pays. En montrant, par le vide, le degré de déclin qu’elle a pu atteindre. Une tactique tordue, comme c’est souvent le cas en politique, paradoxalement adoptée au titre d’une coexistence corrigée. En s’affichant comme le meilleur, sinon le seul, défenseur de la cause et des droits d’une communauté déterminée.
Reste en suspens la grande question de toujours : que va faire la Syrie ? Le cas échéant, faire capoter l’avènement du général Sleimane serait, pour elle, encore plus facile que d’avoir empêché la présidentielle dans les délais par défaut de quorum. Car, on le sait, à cet élément, qui peut d’ailleurs être réemployé, s’ajoute la difficulté d’amender l’article 49 de la Constitution, l’Assemblée n’ayant plus pour le moment de statut législatif.
Il est fort possible que la Syrie ait conclu un marché lui reconnaissant certains avantages moyennant son concours pour permettre la présidentielle libanaise. Mais par la suite, les moyens de raviver la crise par diverses entraves ne manquent pas.
Au niveau de la formation du prochain gouvernement, par exemple. En commençant par la désignation d’un Premier ministre, après consultations parlementaires impératives. En continuant par le choix nominal des ministres, ainsi que par le copartage des sièges, le quota revenant aux deux camps en présence ainsi qu’aux communautés, aux régions, aux partis, aux courants, etc. Et en finissant par la répartition des portefeuilles, notamment des ministères de souveraineté et de services. Autrement dit, par la répartition des vrais pouvoirs. Une navigation pour le moins alambiquée, offrant mille bons prétextes à d’éventuels naufrageurs.
Stratégie
Mais un parcours dont les écueils sembleraient dérisoires aux côtés des récifs, de la grande barrière de corail, du programme d’Etat que l’Exécutif devra concevoir. En d’autres termes, de la déclaration ministérielle, annonce obligatoire de projet, en base de laquelle le gouvernement sollicitera la confiance de la Chambre. Les positions de fond restent diamétralement opposées, pratiquement inconciliables. Il faudra un fantastique exploit de casuistique pour les caser ensemble dans un même document, sans qu’elles ne se fracassent les unes contre les autres, ou ne s’annulent réciproquement.
Tour de force indispensable pour éviter l’implosion d’une entente qui se révélerait aussitôt mort-née. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup de pôles indiquent qu’avant de s’atteler à la composition du gouvernement, il convient logiquement de s’entendre sur ce qu’il va faire au juste. Quelles orientations il devra suivre, quelles options capitales il lui faudra adopter.
Par exemple : pour ou contre l’application complète des résolutions internationales, notamment de la 1559 et de la 1701. Pour ou contre le désarmement du Hezbollah, et dans les deux cas, quelle voie suivre. Quels mécanismes retenir pour gommer les bases palestiniennes en dehors des camps et réguler l’armement à l’intérieur. Politiquement qui choisir, le Fateh ou le Hamas, Abbas ou Mechaal. Comment arranger les choses avec la Syrie, le tracé des frontières, les immixtions déstabilisatrices, le trafic des armes et des éléments subversifs, la contrebande ordinaire, les relations diplomatiques. Comment aborder le dossier régional, sous le seul angle de l’intérêt égoïste du Liban, ou en défenseurs de la libération tous azimuts, Palestine comprise.