La majorité appelle l’opposition à s’activer pour faciliter l’amendement de la Constitution

Une source proche d’Amal réagit favorablement à la réunion du 14 Mars
La majorité appelle l’opposition à s’activer pour faciliter l’amendement de la Constitution


Au terme de trois mois d’interminables concertations, le 14 Mars a fini par choisir d’amputer ses principes, plutôt que de brûler les acquis de l’intifada de l’indépendance dans les feux d’une confrontation fratricide. Acculées au pied du mur par la multiplication des erreurs qu’elles ont commises et par les mutations du contexte régional et international, les parties du front majoritaire se sont résignées à adopter officiellement, et à l’unanimité ou presque, la candidature du commandant en chef de l’armée à la magistrature suprême, au terme des assises élargies qu’elles ont tenues hier, à l’hôtel Phoenicia, « dans une ambiance positive et sereine où régnait la confiance », d’après plusieurs sources proches de la majorité.

 

Le communiqué du 14 Mars


Adressant un message fort au public libanais, et reflétant la cohésion entre ses composantes chrétiennes, musulmanes et druzes, le front du 14 Mars a confié la tâche de la lecture du communiqué publié à l’issue de sa réunion au président supérieur des Kataëb, Amine Gemayel.


«Vu que la crise politique a pris une tournure dangereuse, menaçant l’avenir du pays, et eu égard à l’avènement d’un vide à la présidence de la République, dû aux politiques obstructionnistes qui ont imposé des conditions impossibles à remplir et mis en échec les diverses initiatives, et face aux menaces qui pèsent sur les acquis de l’intifada de l’indépendance ainsi que sur la stabilité du pays et sur les intérêts des citoyens, les forces du 14 Mars ont reconsidéré leur position de principe à l’égard de tout amendement de la Constitution », a ainsi affirmé l’ancien président. « Pour mettre un terme à la crise actuelle et à la vacance de la magistrature suprême, les forces du 14 Mars lancent donc une initiative fondée sur l’adoption de la candidature du commandant en chef de l’armée Michel Sleimane à la présidence de la République et appellent à l’activation de la procédure constitutionnelle requise pour son élection », a-t-il ajouté.


Amine Gemayel a également souligné que l’initiative de la majorité « s’inscrit dans le cadre du rétablissement du cours de la vie constitutionnelle et des prérogatives de la magistrature suprême qui ne doivent être ni diminuées ni soumises à des marchandages ». «Nous appelons au plus vaste ralliement autour de cette position historique », a-t-il poursuivi.


Le président supérieur des Kataëb a fait part, au nom des forces du 14 Mars, « des réserves émises par certains de ses membres à l’égard de l’amendement de la Loi fondamentale ». « Nous estimons que ces positions mettent en exergue le caractère démocratique de nos concertations ainsi que notre respect de la pluralité dans le cadre de la cohésion, qui renforce la trajectoire commune des parties prenantes à l’intifada de l’indépendance », a-t-il enfin conclu.


D’après des sources proches de la majorité, les réserves ont été émises par le député Ghassan Tuéni, le président du Renouveau démocratique (RD), Nassib Lahoud, et le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, alors que le député Boutros Harb n’a pas assisté à la réunion, probablement pour manifester son mécontentement à l’égard de la position prise par ses alliés. De son côté, l’ancien député Nassib Lahoud a rappelé, dans l’allocution qu’il a prononcée lors du huis clos, qu’ « il a voté à trois reprises contre l’amendement de la Loi fondamentale, en ce qui concerne le dossier présidentiel ». « Mais je crois profondément que le 14 Mars doit poursuivre son action, en dépit des erreurs qu’il a commises, et dont certaines sont graves », a-t-il ajouté. Le président du RD a ensuite rendu hommage à Michel Sleimane « qui est une figure patriotique qui possède toutes les compétences nécessaires pour être élue à la tête de l’Etat ». « Je me soumets donc à la décision de notre front, en dépit de mes convictions, car l’unité du 14 Mars mérite d’être préservée, vu que la lutte de l’intifada de l’indépendance n’est pas encore terminée », a enfin souligné Nassib Lahoud.

 

La procédure d’amendement


Ainsi, et comme l’indique son communiqué, le 14 Mars devrait lancer la procédure constitutionnelle pour amender la Loi fondamentale et permettre, le cas échéant, l’élection de Michel Sleimane à la magistrature suprême, au quorum des deux tiers. Conformément aux dispositions de l’article 77 de la Constitution, dix députés de la majorité devraient donc adresser une pétition réclamant l’amendement de l’article 49, « pour une seule fois, et d’une manière exceptionnelle ». De source informée, on apprend que le front majoritaire devrait contacter le président de la Chambre Nabih Berry, dans les prochaines heures, pour l’informer de cette mesure, et inviter les élus de l’opposition à cosigner ladite pétition. Le numéro 2 de l’Etat devrait répondre favorablement aux propositions de la majorité, vu qu’une source proche d’Amal a indiqué à L’Orient-Le Jour que « la position explicitée hier par la majorité devrait permettre d’accélérer le processus d’entente et en démontre le sérieux (du 14 Mars) ».


Mais plusieurs embûches pourraient obstruer le fonctionnement de cette procédure. En effet, l’amendement de la Loi fondamentale requiert le contre-seing du gouvernement Siniora, auquel l’opposition s’obstine à dénier toute légitimité. Nabih Berry pourrait donc proposer un recours alternatif à la procédure explicitée ci-dessus, sur la base des recommandations que lui soumettra la commission parlementaire de modernisation des lois. La solution que pourrait présenter le président du Parlement devrait permettre à la Chambre de procéder à l’amendement de la Constitution et à l’élection du président, pendant la même séance.


D’un autre côté, des proches des deux camps ont formellement démenti les rumeurs selon lesquelles des concertations portant sur la formation du futur cabinet ou sur le nom du successeur de Michel Sleimane seraient en cours. Mais d’après différentes informations, il semble que ces questions ainsi que celle de la nomination d’un officier de confession chrétienne à la direction générale de la Sûreté générale auraient été évoquées par les différentes parties de l’opposition et de la majorité qui se sont entretenues avec le commandant en chef de l’armée. Il semble donc que la recherche d’une entente globale devrait se poursuivre au cours des prochaines heures, afin de permettre l’avènement d’une nouvelle phase au Liban.


Il va sans dire que ces négociations ne seront pas restreintes au plan interne et ne manqueraient pas d’être transposées dans les capitales régionales et internationales. Ainsi, et quand bien même Washington a noté que Damas adresse « des signes contradictoires » à la communauté internationale, le président français, Nicolas Sarkozy, s’est entretenu hier, par téléphone, avec son homologue syrien, Bachar el-Assad, des derniers développements de la situation libanaise.


Donc si le régime baassiste se décide à coopérer avec la communauté internationale, si les mollahs de Téhéran ne s’opposent pas d’une manière impromptue au processus amorcé par la majorité, et si la recherche d’un compromis global aboutit à des résultats concluants, le général devrait succéder au général, à la tête de la République. Quant aux différends interlibanais, ils devraient être une nouvelle fois « endigués », selon le terme cher à Condoleezza Rice, en attendant la survenance de l’on ne sait quoi ou la bénédiction de l’on ne sait qui…

Les participants à la réunion

 

Voici la liste des participants à la réunion, hier, à l’hôtel Phoenicia : le chef du Courant du futur, Saad Hariri, le président supérieur des Kataëb, Amine Gemayel, le vice-président du Parlement, Farid Makari, le président du PSP, Walid Joumblatt, le président du comité exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, les ministres Marwan Hamadé, Michel Pharaon, Ghazi Aridi, Jean Oghassabian et Nayla Moawad, les députés Ghassan Tuéni, Mohammad Kabbani, Samir Frangié, Atef Majdalani, Robert Ghanem, Hadi Hobeiche, Kassem Abdel-Aziz, Bassem Sabeh ; Waël Bou Faour, Elias Atallah, Antoine Zahra et Georges Adwan, les anciens députés Ghattas Khoury, Mansour Ghanem el-Bone, Farès Souhaid, le conseiller du Premier ministre Fouad Siniora, Mohammad Chatah, le président du Renouveau démocratique, Nassib Lahoud, le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, ainsi que Nader Hariri, Michel Mecattaf et Michel Moawad.

المصدر:
l"orient le jour

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