Optimisme à la baisse, la séance de mardi semble compromise

Optimisme à la baisse, la séance de mardi semble compromise


Alors que la pétition était en train d’être revue hier une dernière fois, dans sa dernière mouture, par le ministre Bahige Tabbarah et le député Robert Ghanem, l’ancien président de la Chambre, Hussein Husseini, a soumis en soirée à Nabih Berry une étude juridique prônant la « suspension » par le Parlement de l’article 49 de la Constitution. Cette formule permettrait, selon son auteur, l’élection à la magistrature suprême de l’actuel commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, sans passer par le gouvernement. Voilà qui est une nouvelle fois venu compliquer la suite des évènements.


Robert Ghanem a de son côté indiqué à L’Orient-Le Jour que la pétition était « prête ». Ce document reprend le texte de l’article 49 de la Constitution et souligne qu’il s’agit d’un amendement « pour une fois, et à titre exceptionnel ». Il s’agit maintenant de le faire signer par 10 députés – 5 de la majorité, 5 de l’opposition, comme se plaisent à le souligner des sources des deux camps – puis de la soumettre au vote du Parlement qui doit la valider par le biais des deux tiers de ses députés. Ensuite, la loi ainsi votée devra être approuvée par le gouvernement avant d’être, une nouvelle fois, soumise au Parlement qui devra la ratifier et la rendre exécutoire.


Pour Robert Ghanem, la question de la démission du gouvernement telle que réclamée par l’opposition ne peut aller de pair avec l’amendement de l’article 49, un gouvernement démissionnaire n’étant pas compétent pour effectuer des amendements constitutionnels. « Cela peut être réglé par le retour d’un ou deux ministres démissionnaires, qui réintégreront le cabinet Siniora durant une vingtaine de minutes, avec toutes les réserves qu’ils voudront assortir à ce retour temporaire », affirme M. Ghanem.


Mais tout cela relève de la plus pure théorie juridique. Comment en effet, dans ce climat politique quasi kafkaïen, est-il encore possible d’espérer qu’une procédure aussi délicate pourra effectivement se dérouler sans imprévus de dernière minute ? La proposition de M. Husseini n’est pas de nature à rendre la solution à la crise institutionnelle actuelle plus accessible que par le passé. En soirée, les sources du 14 Mars se sont d’ailleurs empressées d’indiquer que cette procédure nécessitait tout autant l’aval du gouvernement que celle proposée dans le texte de la pétition.


Pour revenir à ce dernier document, aucun signataire ne s’est pour l’heure manifesté, mais comme l’a souligné une source ministérielle du 14 Mars, « nos blocs parlementaires sont tout à fait prêts à signer ce document, en dehors, bien entendu, de toute condition de démission préalable du gouvernement ». « On ne peut pas amender la Constitution sans l’aval du gouvernement », insiste cette source, alors que « de toute évidence, Nabih Berry cherche à procéder à un amendement constitutionnel au sein du Parlement uniquement, sans passer par la case gouvernement ».

 

Bazzi optimiste quand même


Comment dans ce cadre expliquer l’optimisme affiché par le mouvement Amal, par la voix notamment du député Ali Bazzi qui a indiqué que les députés de son bloc étaient « prêts à signer la pétition » et que le climat était « à la résolution de la crise présidentielle ». Même attitude positive affichée par le département d’Etat américain dont un haut responsable a indiqué à L’Orient-Le Jour que « les élections présidentielles se tiendront bel et bien mardi prochain et que, d’autre part, il faut absolument sortir du climat qui dit que les Etats-Unis auraient conclu un certain bazar avec la Syrie aux dépends du Liban ». Des propos qui concordent d’ailleurs avec ceux tenus par l’ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Jeffrey Feltman, samedi dernier sur le perron de Aïn el-Tiné. Ce dernier, après une réunion avec Nabih Berry, a indiqué que le président de la Chambre « veut mettre un terme au vide institutionnel » et qu’il est en train d’œuvrer dans ce sens. Mais la source ministérielle précitée s’empresse de revoir cet optimisme à la baisse, relevant que « l’ambassadeur Feltman est venu me voir après avoir quitté Aïn el-Tiné. Il n’est pas optimisme quant à la séance de mardi. Je pense qu’elle sera reportée ».


Du côté de Rabieh, l’optimisme n’est pas non plus de mise. De source proche du courant aouniste, on indique qu’il « ne se passera rien mardi, car la situation n’est pas mûre encore pour un accord politique ». Pour le Hezbollah, « il est encore tôt pour parler de mardi. Pour l’heure, il y a des tractations intensives, mais tant que le général Aoun restera attaché à son initiative, nous continuerons à le soutenir ».


Une question lancinante continue de se poser : quelle est la cause réelle de ce blocage ? Sur ce point, la source ministérielle précitée indique que « des interrogations subsistent autour des véritables desseins de l’opposition » et sur les raisons pour lesquelles cette dernière a quasiment fait marche arrière. A cet égard, les regards devraient-ils se tourner vers Amman où le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem se réunissait hier avec le roi de Jordanie Abdallah II ? Les responsables libanais devraient-ils réellement continuer à espérer un signe de l’extérieur ? Ne serait-il pas plus sage de concentrer tous les efforts autour de la candidature consensuelle de Michel Sleimane ? Ce dernier a d’ailleurs prévenu : il n’acceptera pas d’accéder à la magistrature suprême s’il fallait, pour cela, porter atteinte à la Constitution.

المصدر:
l"orient le jour

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