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Commémoration, hier au BIEL, de l’assassinat, il y a deux ans

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Commémoration, hier au BIEL, de l’assassinat, il y a deux ans, du directeur d’« an-Nahar » et député de Beyrouth
L’Association mondiale des journaux décerne à Michel Hajji Georgiou le prix Gebran Tuéni 2007 pour la liberté de la presse
Ghassan Tuéni invite Sleimane à éviter, une fois élu à la présidence, d’avoir recours aux méthodes des militaires et des renseignements



Son parcours professionnel a été, et demeure, constamment et assidûment marqué par l’excellence. Sa solide formation universitaire en sciences politiques couplée à une vaste et large culture générale éclectique explique que ses articles de fond dans les colonnes de L’Orient-Le Jour ne peuvent passer inaperçus. Sa puissante capacité de concentration, sa mémoire peu commune et sa rapidité de réflexion lui permettent de rédiger en un temps véritablement record des analyses et des articles de réflexion d’une très haute qualité. Mais ce n’est pas seulement un tel profil qui a valu à notre collègue Michel Hajji Georgiou de se voir décerner, hier, le prix international Gebran Tuéni pour l’année 2007. C’est surtout l’engagement ferme et sans compromission de Michel Hajji Georgiou pour les grandes causes, les causes nobles, celles du respect des droits de l’homme, de la défense des libertés publiques, de la sauvegarde de la liberté de pensée et d’expression, de la préservation de la dignité humaine qui a amené l’Association mondiale des journaux, AMJ, (World Association of Newspapers) à le désigner lauréat du prix Gebran Tuéni au cours d’une réunion que le jury a tenue il y a quelques jours à Vienne. De nombreux rédacteurs en chef, directeurs de publication et journalistes du monde arabe étaient en compétition avec Michel Hajji Georgiou pour l’obtention du prix.


L’Association mondiale des journaux, une organisation internationale basée à Paris qui représente 18 000 journaux et regroupe 76 associations nationales d’éditeurs de journaux dans 102 pays (voir par ailleurs), a institué ce prix en hommage à la mémoire de Gebran Tuéni qui a joué pendant près de vingt ans un rôle pivot dans les activités de l’AMJ, en sa qualité d’un des principaux membres du Comité de la liberté de la presse de l’association et de membre de son conseil d’administration pendant plus de dix ans. Le prix vise à récompenser des journalistes de premier plan qui se distinguent par leur attachement à la liberté et à l’indépendance de la presse, le courage, le sens du leadership, et des compétences managériales et professionnelles élevées (voir par ailleurs).


C’est cet engagement sans faille de Michel Hajji Georgiou en faveur des libertés publiques et individuelles qui a été mis en relief par le vice-président (suédois) de l’AMJ, Tomas Brunegard, au cours de la cérémonie de remise du prix qui a eu lieu hier matin au BIEL en présence d’une foule de personnalités politiques, religieuses et du monde de la presse, à l’occasion de la seconde commémoration de l’assassinat de Gébran Tuéni. Et à travers notre collègue Hajji Georgiou, Tomas Brunegard a rendu également un hommage appuyé à L’Orient-Le Jour pour sa « vision équilibrée et perspicace » ainsi que « ses prises de position éditoriales courageuses » (voir par ailleurs).


Un hommage marqué doit être aussi rendu, par la même occasion, à Mlle Nayla Tuéni pour son dynamisme remarquable, sa créativité et son esprit d’initiative qui ont permis, avec l’apport de la non moins dynamique équipe d’an-Nahar et de Nahar el-Chabab (le Nahar des jeunes), d’organiser la cérémonie de remise du prix qui a, plus d’une fois, fortement ému l’assistance, d’autant qu’elle a fidèlement reflété, images et documentaires à l’appui, l’amère réalité locale ainsi que l’essence même du problème libanais, notamment sous l’angle de la lutte sans relâche en faveur des libertés publiques et d’expression ainsi que de la sauvegarde de la souveraineté du Liban.


La détermination à poursuivre cette lutte, afin que les sacrifices consentis et les martyrs tombés dans le sillage de la révolution du Cèdre n’aient pas été vains, a d’ailleurs été au centre de l’allocution que Nayla Tuéni a prononcée à l’ouverture de la cérémonie hier, exprimant ainsi la fougue de la jeunesse à poursuivre le combat de Gebran Tuéni en vue de l’édification d’un Liban fondé sur la démocratie véritable, les libertés, le modernisme et le changement qui devrait être initié par l’émergence d’une nouvelle classe politique au sein de laquelle la génération montante serait largement représentée (voir par ailleurs des extraits du discours de Nayla Tuéni).

 

Le cri du cœur
de Magida Roumi
La place qui devrait être réservée aux jeunes dans le long processus d’un Liban renouvelé a été longuement évoquée par Nayla Tuéni dans deux documentaires projetés au cours de la cérémonie et qui ont exposé des témoignages sur l’action menée sans relâche par Gebran Tuéni afin de donner la parole aux générations montantes, notamment à travers le projet de « gouvernement des jeunes ». Quatre cadres supérieurs qui se sont frayés un chemin dans la vie active, dont notamment Me Zyad Baroud, et qui ont connu Gebran Tuéni de près ont apporté en outre, succinctement, leurs témoignages au sujet du journaliste disparu.

 


M. Antoine Choueiri a évoqué aussi dans ce cadre certains souvenirs reflétant l’action de Gebran Tuéni, notamment lors de sa dernière campagne électorale, en 2005, ses déceptions à cette époque après avoir été lâché par ceux qu’il considérait comme ses plus proches alliés (allusion au boycott du scrutin à Beyrouth par le courant aouniste, en 2005). M. Choueiri a relevé en outre les efforts inlassables de Gebran en vue de donner un souffle nouveau, un souffle jeune, à an-Nahar.


L’un des moments forts de la cérémonie d’hier aura été, à n’en point douter, l’apport de Magida Roumi. Un clip portant sur l’une de ses chansons au titre tout aussi symbolique que significatif dans le contexte présent (Monsieur le Président) a ainsi été projeté avec comme support visuel des scènes des différents épisodes de la guerre ainsi que des images des principaux attentats et assassinats politiques qui ont jalonné la crise libanaise, notamment durant la période de la révolution du Cèdre. Et comme pour expliciter encore davantage le message de révolte qui sous-tend en filigrane ce clip, Magida Roumi est montée à la tribune pour improviser un discours qui a pris les allures d’un véritable cri de cœur pour stigmatiser le marasme politique présent, un cri de révolte contre l’incapacité des responsables politiques à dépasser les querelles byzantines et les calculs réducteurs afin d’engager le pays sur la voie du redressement et de l’édification d’un Etat digne de ce nom. « Combien de cœurs devront encore être brisés, combien de maisons doivent encore être détruites, combien de jeunes devront encore partir avant que les responsables politiques ne se ressaisissent ? a lancé Magida Roumi devant une assistance visiblement émue. Pourquoi faut-il que nous mourrions pour les autres ? »

Le lauréat


Le vice-président de l’Association mondiale des journaux a ensuite annoncé, dans un bref discours en anglais, le nom du lauréat du prix Gebran Tuéni.


Sous des applaudissements nourris, Michel Hajji Georgiou a alors regagné la tribune où Mlle Nayla Tuéni lui a remis un trophée représentant une main tenant un stylo. Le lauréat a improvisé une courte allocution dans laquelle il a insisté sur la nécessité de défendre et sauvegarder les libertés publiques et la liberté d’expression, non seulement au Liban mais également dans le monde arabe (voir par ailleurs). Dans un geste émouvant qui en dit long sur la sensibilité du jeune lauréat, Michel Hajji Georgiou a tenu, d’abord, à remercier L’Orient-Le Jour pour l’opportunité qui lui est offerte de s’exprimer librement, et, ensuite, a dédié son prix à son plus proche ami et compagnon de route, Rami Azzam, arraché aux siens en 2003 alors qu’il n’avait que 24 printemps, de même qu’il a dédié son prix à l’opposant syrien, le journaliste Michel Kilo, actuellement détenu en Syrie pour délit d’opinion.

 

Le mot de la fin
à Ghassan Tuéni
Prenant en dernier la parole, M. Ghassan Tuéni, député de Beyrouth et directeur général d’an-Nahar, a rebondi sur les propos de Michel Hajji Georgiou concernant Michel Kilo, rendant hommage au journaliste syrien emprisonné et évoquant, en outre, les épreuves d’un autre opposant syrien qui a purgé une peine de prison en Syrie pour délit d’opinion, Riad Turk. Se souvenant de son expérience lorsqu’il avait été mis aux arrêts en raison de l’un de ses éditoriaux, Ghassan Tuéni a relevé que « lorsque l’on est en prison, on n’a pas le droit de lire ». « Lorsqu’il a été détenu en Syrie, Riad Turk ne pouvait s’empêcher de faire des poèmes, mis il n’avait pas le droit de les écrire, a souligné M. Tuéni. Il a alors imaginé de faire mémoriser chacun de ses vers à un prisonnier de manière à pouvoir reconstituer par la suite sa poésie. »


Abordant ensuite succinctement la conjoncture politique présente, M. Tuéni a souligné qu’il souhaitait la bienvenue (à la présidence de la République) au général Michel Sleimane, mais qu’il lui demandait d’éviter, lorsqu’il accédera à la présidence, d’avoir recours aux méthodes d’action classiques auxquelles restent parfois attachés les militaires et les services de renseignements. M. Tuéni a notamment demandé au général Sleimane de se « souvenir que les services de renseignements ont liquidé par le passé des journalistes comme Kamel Mroué, Nassib Metni et Riad Taha, avant de s’en prendre plus tard à Samir Kassir et Gebran Tuéni ». Et le député de Beyrouth de rappeler en outre que l’indépendance d’un pays ne saurait être sollicitée d’une quelconque façon, mais elle représente un combat continu.


La lutte sans relâche, c’est aussi au niveau de la sauvegarde de la liberté d’expression et de pensée qu’elle devrait être menée. Et c’est sans doute pour bien souligner que le combat pour la liberté de la presse et le respect des libertés publiques est un combat de longue haleine, qui nécessite la fougue de la jeunesse et qui ne saurait supporter de compromission, que l’Association mondiale des journaux a accordé le prix Gebran Tuéni à un journaliste de la trempe de Michel Hajji Georgiou.

المصدر:
l"orient le jour

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