Les prosyriens dénoncent le torpillage US
Damas mise sur le facteur temps pour affermir ses positions
Philippe ABI-AKL
Damas mise sur le facteur temps pour affermir ses positions
Philippe ABI-AKL
Le monde à l’envers. Ou à l’unisson. Car l’embrouillamini est tel qu’on ne sait plus qui veut quoi. La majorité accuse la Syrie de bloquer la présidentielle. Et les prosyriens lui rendent la politesse, en mettant les USA en cause. Un Salomon serait dès lors tenté de croire que, peut-être, aucun de ces deux grands électeurs étrangers n’est totalement innocent…
Toujours est-il que des députés hezbollahis soutiennent mordicus que Washington renverse systématiquement tout château de cartes que loyalistes et opposants tentent d’édifier ensemble. Et qu’il sabote la présidentielle pour en imputer la responsabilité à Damas comme à ses fidèles du cru. Ces parlementaires voient dans le retour inopiné de Welch sur la scène locale une tentative de court-circuiter l’initiative française, pourtant couverte par un mandat en bonne et due forme de Bush à Sarkozy.
Si c’était vrai, la coïncidence serait assez drôle. Le numéro deux du département d’Etat a en effet débarqué presque au même moment où une autre procuration était annulée. A savoir la mission négociatoire confiée à Berry, le dossier passant aux mains de Aoun. Par la grâce du Hezbollah et, derrière ce double paravent commode, du démiurge syrien.
Retour aux parlementaires opposants. Ils soulignent que David Welch n’a voulu rencontrer que des pôles de la majorité. Pour les rassurer au sujet des suites d’Annapolis, en certifiant que son Administration n’y a conclu aucun accord avec les Syriens sur le dos des Libanais. Les opposants s’étonnent que, sur le perron de Bkerké, il ait réaffirmé avec tant de force le soutien américain aux chrétiens de ce pays. Alors même qu’il a évité de voir Aoun, principal champion, selon eux, de cette cause.
Ils répètent que le capotage de la séance de lundi est imputable à Welch. A les en croire, il aurait en effet dopé la majorité. La poussant à se braquer sur des positions de refus d’un quelconque arrangement. En lui promettant qu’elle aurait le soutien de Washington pour toute mesure qu’elle jugerait bon de prendre unilatéralement, côté présidentielle. Dès lors, toujours selon les opposants, la majorité qui était prête à un accord global facilitant l’élection aurait fait brusquement machine arrière. On peut raisonnablement en douter.
Car elle aurait souscrit de la sorte aux conditions du camp d’en face, qu’elle a toujours jugées rédhibitoires.
Toujours d’après les opposants, et notamment d’après Berry, après son entrevue avec Welch, Saad Hariri, qui avait auparavant contracté une entente avec le président d’Amal en présence de Kouchner, s’est rétracté. Cette assertion rappelle l’épisode, remontant à quelques mois, du fameux prétendu assentiment de Hariri à un plan saoudien de compromis. Et qu’il aurait renié, affirmaient à l’époque les prosyriens, suite à un niet proféré par le tandem radical Joumblatt-Geagea. En tout cas, encore une fois, Hariri dément tout ce qu’on lui attribue. En précisant qu’aux propositions ministérielles de Berry, il a toujours répondu que la question du gouvernement ne peut être traitée qu’après la présidentielle.
Toujours d’après les opposants, et notamment d’après Berry, après son entrevue avec Welch, Saad Hariri, qui avait auparavant contracté une entente avec le président d’Amal en présence de Kouchner, s’est rétracté. Cette assertion rappelle l’épisode, remontant à quelques mois, du fameux prétendu assentiment de Hariri à un plan saoudien de compromis. Et qu’il aurait renié, affirmaient à l’époque les prosyriens, suite à un niet proféré par le tandem radical Joumblatt-Geagea. En tout cas, encore une fois, Hariri dément tout ce qu’on lui attribue. En précisant qu’aux propositions ministérielles de Berry, il a toujours répondu que la question du gouvernement ne peut être traitée qu’après la présidentielle.
Les opposants soutiennent donc qu’il y a scission dans le camp arabo-occidental. D’un côté, Washington qui joue les gros bras et pousse à l’escalade. Et, en face, Paris qui a récemment initié une déclaration commune d’une modération remarquable. Cela à l’issue des entretiens entre le président Sarkozy, Condoleezza Rice et les chefs de la diplomatie d’Egypte, de Jordanie, de l’Arabie saoudite comme des Emirats, en présence de Ban Ki-moon l’onusien et d’Amr Moussa, le « Ligueur » arabe.
On ne peut cependant s’empêcher de relever qu’une fois de plus, après Kadhafi et les contacts avec Damas, la politique libanaise de la France est marquée par la dualité Elysée-Quai d’Orsay. En effet, tandis que le président Sarkozy affirmait la semaine dernière que la séance du lundi 18 était celle de la dernière chance, Kouchner déclarait le contraire, en estimant qu’il y aurait encore d’autres occasions d’arranger les choses.
Sur le plan strictement interne, et par un étrange retournement des choses, seul Joumblatt, si stipendié auparavant, trouve actuellement un peu grâce aux yeux des prosyriens. Qui disent apprécier la souplesse dont il fait montre ces derniers temps. Ils en sont presque à souhaiter que ce soit lui qui négocie la présidentielle et le reste, pour le 14 Mars, avec leur représentant, Aoun. Et il est désormais question du côté des parlementaires du Hezbollah d’organiser des réunions régulières avec leurs confrères de la Rencontre démocratique que dirige le leader de la Montagne.
Réquisitoire
Mais à part cette éclaircie, ou cette ouverture, le front des loyalistes se montre toujours aussi sévèrement critique à l’encontre des prosyriens. Plus que jamais, il les accuse de suivre aveuglément les directives de Damas, tueuses de l’entité libanaise. En précisant, en répétant que l’objectif du régime syrien est d’empêcher la présidentielle. A travers les conditions inadmissibles qu’il conseille à ses dociles alliés de poser. Comme ce package deal incluant un accord sur le programme politique qui prendrait une éternité pour être négocié. Ainsi qu’une entente sur un cabinet dit d’union avec 45 % des sièges à l’opposition, assortie d’un veto sur l’accès de Hariri ou même de Siniora-bis au Sérail. Sans compter une répartition avantageuse des portefeuilles et le droit de trancher au sujet des nominations, sécuritaires en tête. Pour les loyalistes, leurs vis-à-vis veulent le beurre et l’argent du beurre. Ce qui revient à dire qu’ils veulent tout, sauf l’entente.
Bien sûr, les loyalistes se font un plaisir, également répétitif, de mettre l’opposition face à ses contradictions. En rappelant que, lorsqu’il y avait encore le temps de dialoguer sur le fond, ce qu’ils proposaient alors, Hassan Nasrallah leur répondait non. En soutenant qu’il était vain de rechercher un accord global. Et qu’il fallait se cantonner à un accord sur la personne garantie du président. Garantie en termes d’armement bien entendu.
De plus, poursuivent les loyalistes, le Hezbollah a lâché Berry le gentil pour Aoun le dur. Or, quand on sait que le Hezb est la principale armada sur laquelle mise Damas, on comprend d’où vient le vent qui dicte ses changements de cap. Effectués sans ménagement : des députés hezbollahis font largement écho en effet à leurs collègues du CPL qui critiquent Berry pour ses rencontres avec des majoritaires, alors qu’il n’est plus mandaté. En ajoutant que ces visiteurs, il aurait dû les adresser à son successeur, Aoun. Réponse timide des amalistes : Berry cherche seulement à travers ces entrevues à régler la question de la procédure d’amendement. En laissant à Aoun, indiquent-ils sur un ton penaud, le soin de traiter désormais le dossier politique.
Inlassablement, car c’est toujours la même chose, les majoritaires redisent que le Hezbollah se sert de Aoun comme d’un paravent. Ce qui lui permet de transposer le conflit dans la partie chrétienne du pays politique. En évitant une confrontation sunnito-chiite. Tandis que les Syriens affirment aux Français que le problème n’est pas chez eux, mais du côté des chrétiens libanais.
Le but de Damas, selon les majoritaires, est de gagner du temps jusqu’au printemps au moins. Car le régime syrien espère des changements internationaux et régionaux qui lui seraient favorables. Il table également, à les en croire, sur une modification des rapports de force entre les protagonistes libanais. De manière que leurs fidèles puissent avoir le mot de la fin dans l’élection d’un président qui leur serait favorable ainsi qu’à leur patron.
Ce qui sous-entend, et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour ligner entre ces lignes-là, une éviction surprise du candidat unique, Sleimane. Car le général, on le sait, n’admet pas de compromissions et ne tolère pas qu’on tente de lui imposer des conditions ou une ligne déterminée à suivre.
Pour finir, rappelons que Paris menace de dénoncer nommément, lundi prochain, les parties obstructionnistes s’il n’y a toujours pas élection samedi, comme prévu.