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Sfeir : Comment en sommes-nous venus à anéantir les fondements

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Dans son message de Noël, le patriarche maronite appelle à un sursaut de conscience pour « réaliser dans quel vertige mortel nous sommes entraînés »
Sfeir : Comment en sommes-nous venus à anéantir les fondements de notre patrie et détruire notre régime démocratique ?


Le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, a lancé un véritable cri d’alarme et de détresse concernant la situation qui prévaut dans le pays, déplorant, dans son traditionnel message de Noël, la vacance à la tête de l’Etat, la paralysie du Parlement et le comportement de certains ministres qui boycottent le gouvernement « alors même qu’ils continuent d’assumer de façon discriminatoire certaines de leurs fonctions ». « Comment en sommes-nous venus à presque anéantir les fondements de notre patrie, du fait des tiraillements, des affrontements, des disputes qui s’étalent ? » s’est interrogé notamment le patriarche maronite. « Comment avons-nous détruit notre régime démocratique et ce qu’il nous assure comme liberté ? » s’est également demandé le cardinal Sfeir avant de lancer un appel à un sursaut de conscience afin de « réaliser dans quel vertige mortel nous sommes entraînés ».


Voici le texte du message de Noël du patriarche maronite :

 

« “Nous avons vu son étoile se lever à l’Orient, et nous sommes venus lui rendre hommage” (Matt. 2 :2)»
« La fête de la Nativité du Seigneur Jésus venu dans la chair est l’une des grandes fêtes chrétiennes. L’humanité l’a longtemps attendu, et les prophètes des temps anciens ont désiré voir son jour. Il est venu dans la plénitude des temps, ainsi que le rappellent les Saintes Ecritures, pour sauver les hommes de leurs péchés et désobéissances, pour peu qu’ils prennent la voie qu’il leur montre. Le jour de Sa naissance, Son étoile est apparue à ceux qui n’avaient pas entendu parler de Lui et ne L’avaient pas connu. Il est apparu à des mages venus d’Orient jusqu’à Jérusalem pour Lui rendre hommage et Lui offrir leurs présents. Il a été reconnu par eux avant même d’être reconnu par les siens comme celui qui peut sauver le monde de ses péchés, et ils Lui ont offert “de l’or, de l’encens et de la myrrhe.”


« Les mages furent conduits par l’étoile, qui les dirigea vers le Christ pour qu’ils se prosternent devant Lui et Lui rendent hommage, alors même que ceux qui étaient les plus proches de Lui ne prêtèrent aucune attention à Sa naissance. Bien plus, à cause de cette naissance, Hérode craignit pour son trône. Par malveillance, il convoqua les mages en secret pour se faire préciser la date de l’apparition de l’astre, dans l’intention de tuer le nouveau-né, qui menaçait son trône périssable. Mais Dieu, qui connaît les intentions des cœurs et voit ce qui est caché, connaissait le mal que méditait Hérode et inspira en songe aux mages de ne pas retourner vers lui, Hérode leur avait en effet demandé de le renseigner exactement sur l’enfant, dans l’intention trompeuse d’aller lui-même lui rendre hommage.


« Les mages ont vu se lever Son astre en Orient et sont venus L’adorer. Cet astre, qui a guidé les mages au Christ, qui les a accompagnés dans leur long voyage et les a fait parvenir à Bethléem, continue aujourd’hui encore de guider l’humanité vers le Christ. Mais peu de gens font attention à cet astre tranquille.
« Cet astre est la conscience qui guide l’être humain dans la voie du bien. Le concile Vatican II en a parlé en ces termes : “Le Sauveur veut le salut de tous les hommes. En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Evangile du Christ et son Eglise, et cependant cherchent Dieu d’un cœur sincère et qui, sous l’influence de la grâce, s’efforcent d’accomplir dans leurs actes sa volonté par les injonctions de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel.” (L’Eglise, Vatican II, §16).


« Dieu habite dans nos cœurs. Mais souvent, Il nous semble lointain et nous permet de nous conduire selon notre bon vouloir, car Il respecte notre volonté et notre liberté, deux caractéristiques de la nature humaine. C’est comme s’Il nous adressait les mots que nous-mêmes lui adressons : “Que ta volonté soit faite, ô humain.” Alors que notre devoir est plutôt de lui dire : “Que Votre volonté soit faite, Seigneur”, et que nous agissions en conséquence.


« Oui, les fêtes gardent leur éclat, en particulier celles qui permettent à l’homme d’élever son esprit et son cœur vers le Très-Haut, de connaître Sa volonté dans notre vie et de s’y abandonner. Découvrons donc la volonté de Dieu pour nous, offrons-Lui la possibilité de nous faire entendre Sa voix quand les désirs terrestres nous étouffent, tournons-nous vers Lui afin que, comme dit le prophète Osée, “nous soyons séduits et conduits au désert, pour L’entendre parler dans nos cœurs.” »

 

« Frères et fils bien-aimés,
« La fête de la Nativité du Christ fait entrer dans nos cœurs et les cœurs de tous les fidèles un rayon de Sa grande lumière, en dépit de l’obscurité profonde qui nous enveloppe en ces tristes jours. Cette fête nous rappelle, selon les paroles rassurantes de l’ange, de “ne pas avoir peur” car “une grande joie nous est annoncée, qui sera celle de tout le peuple”.


« Ces mots prononcés par l’ange continuent de se répercuter d’un âge à l’autre. Parvenus jusqu’à nous, ils nous disent à notre tour : “N’ayez pas peur! Dieu est votre protecteur. Il confond les puissants.” Mais Dieu nous demande de mettre en Lui notre confiance, d’accomplir Sa volonté et non la nôtre, de rejeter haines et inimitiés, l’exploitation facile de l’autre, la course aux intérêts étroits, même au détriment de l’intérêt général de la nation. Dieu nous demande de nous traiter les uns les autres avec ménagement, dans un sentiment sincère d’entraide et d’amour, et d’assister ceux d’entre nous qui sont dans le besoin, et ils ne sont pas peu nombreux.


« Il reste que nous nous demandons : comment en sommes-nous venus à cette situation malheureuse ? Comment en sommes-nous venus à presque anéantir les fondements de notre patrie, du fait des tiraillements, des affrontements, des disputes qui s’étalent ? Comment avons-nous détruit note régime démocratique et ce qu’il nous assure comme liberté dans un environnement dont elle est absente ? Depuis plus d’un demi-mois, en effet, la présidence de la République est vacante et nous ne parvenons pas à pourvoir à ce poste. Il s’agit là d’un événement sans précédent dans l’histoire du Liban. Notre Parlement est paralysé depuis environ un an. Notre gouvernement subsiste, mais tronqué, et certains de ses ministres le boycottent, alors même qu’ils continuent d’assumer, de façon discrétionnaire, certaines de leurs fonctions. Le Conseil constitutionnel n’existe pas et certaines des institutions sont paralysées ou absentes. Le peuple gémit et se plaint, mais personne ne lui prête attention. Est-il donc parvenu aux oreilles de nos responsables que certains de nos élèves se rendent à l’école le ventre vide ? N’est-il pas grand temps qu’un sursaut de conscience nous permette de réaliser dans quel vertige mortel nous sommes entraînés ?


« C’est dans cette situation tragique que nous nous tournons vers l’Enfant de la crèche, vers l’Enfant divin, pour lui demander de consolider notre foi en lui et en la Providence, de mettre dans nos esprits la conviction que nous sommes frères et que cette patrie nous appartient indistinctement à tous. Sauvegardons cette patrie pour qu’elle nous sauvegarde à son tour, ainsi que l’avenir des générations montantes.


« Avec toutes nos félicitations pour la fête qui s’annonce presque en même temps qu’al-Adha, nous Lui demandons de vous accorder encore bien des fêtes pleines de biens et de grâces, et de répandre sur tous Sa bienveillante bénédiction. »

المصدر:
l"orient le jour

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