#adsense

Sur le plan diplomatique, le renard passe passe

حجم الخط

C’est au tour des Arabes d’entrer en lice
Sur le plan diplomatique, le renard passe passe…
Emile KHOURY


La France ne se décourage pas vraiment, après l’échec de sa tentative de réunir chez elle les pôles libanais. Mais elle marque un peu le pas, ce qui est bien normal. Ainsi, le gouvernement Siniora n’a reçu à ce jour aucun signal indiquant si oui ou non, Paris allait se remettre en mouvement. Tout ce que l’on sait, c’est que le président Sarkozy, profitant de son séjour d’agrément en Egypte, n’a pas oublié de parler Liban à ses hôtes pour les presser de redoubler d’efforts, avec le concours d’autres Arabes, en faveur de la présidentielle libanaise.


Un petit développement qui illustre, si l’on y regarde bien, un drôle de jeu de chaises musicales, ou de course de relais, du côté des conciliateurs étrangers amis du Liban indépendant. D’abord, c’est la Ligue de Moussa qui a occupé le devant de la scène, épaulée alors par Khoja le Saoudien et Darrar l’Egyptien. Puis les Américains ont un peu pointé le bout de leur nez en envoyant des délégations polyvalentes. Ensuite, il y a eu le trio européen, franco-italo-hispanique, ainsi que des démarches de nonces du Saint-Siège. Tandis que Poutine faisait entendre sa voix et envoyait un émissaire à Damas. Enfin, Kouchner vint, mais ne parvint pas.
Dernière étape, dernière phase ? On l’espère : selon un diplomate européen, le tour revient de nouveau maintenant aux Arabes. Parce que, vu du dehors, le problème libanais a un caractère régional prononcé, central. Et son volet intérieur, tout comme d’ailleurs son volet international, ne représente qu’une paroi latérale.
En d’autres termes, quand on parle de lutte des axes, il faut savoir sectionner le tableau. Dans ce sens que le contentieux entre l’Occident et l’Iran flanqué de la Syrie n’est pas du tout le même que celui qui oppose les Arabes aux Perses. Ni les régimes dits modérés, pour dictatoriaux qu’ils soient, aux régimes totalitaires, théocratiques ou pseudoprogressistes.


Allant peut-être un peu trop loin, ce diplomate soutient que le clivage entre forces du 14 et du 8 Mars au Liban n’est que le rejeton du différend arabe, régional et international. Pour lui, on ne peut donc traiter les effets sans se pencher sur les causes. Ni trouver des solutions intrinsèques, c’est le mot, sans assurer d’abord un arrangement entre protagonistes étrangers.


Cette source se trompe sans doute un peu sur la nature des divergences locales, et sur leur degré d’importance comme de gravité, qu’elle a tendance à minimiser. Mais nul ne disconvient quand elle affirme que la décision concrète, dans les conditions actuelles, n’est pas aux mains des Libanais. Pour la bonne raison, toujours ressassée, qu’une partie des nationaux fait passer les intérêts d’autrui avant ceux du Liban.

 

Boule de neige


On voit de la sorte l’opposition exiger un accord général préalable, des portefeuilles de poids et des nominations à sa guise, non pas pour négocier et obtenir quelque chose, mais pour dresser un mur manifestement infranchissable devant toute solution. A seule fin de satisfaire les appétits, les rêves, du régime syrien. Qui veut à tout prix prendre sa revanche et revenir en maître sur un territoire d’où ses troupes ont dû déguerpir.


Le diplomate cité souhaite dès lors que les Arabes, appelés à reprendre le dossier libanais, s’entendent bien entre eux. Il les invite à réaliser le danger que représenterait pour leurs propres pays ou régimes une déstabilisation qui prendrait sa source au Liban, du fait d’une non-élection présidentielle vidant l’Etat de son contenu.


Pratiquement, et c’est une évidence qui saute aux yeux, toute la difficulté reste de convaincre la Syrie de jouer franc jeu. En manœuvrant bien, estime ce diplomate, on peut amener l’Iran lui-même à participer très activement à un tel effort de persuasion. On exhiberait la carotte d’abord. Mais s’il se confirme que Damas est décidé à jouer les trouble-fête jusqu’au bout, alors les capitales arabes devraient brandir le bâton de sanctions déterminées, économiques et diplomatiques. Dans le cadre, au besoin d’une action concertée chapeautée, sur le plan légal, par la Ligue elle-même.


Cependant, prévient le diplomate, il faut que les signaux arabes en direction de Damas soient fermes et clairs. Pour que le régime syrien comprenne bien que, cette fois, il ne s’agit pas de paroles en l’air comme on en entend souvent dans le monde politique. Ainsi, rappelle-t-il, la Syrie, relancée au sujet de la présidentielle libanaise, a pu pour ainsi dire se gausser des imprécations américaines ou des avertissements français, sans les prendre au sérieux. Parce que par rapport au nucleus même de la scène libanaise, elle se trouve bien trop proche pour y être menacée. Que lui chaut, par exemple, que Sarkozy et Kouchner dénoncent les parties obstructionnistes, comme ils l’ont menacé. Ou que lui fait l’appel de Bush à une élection à la majorité absolue, quand elle sait qu’une telle option serait trop destructrice pour être adoptée.


Damas ne se laisse pas impressionner par un verbe haut. Ni les mises en garde ni les ultimatums n’ont de prise sur lui. Il ne comprend que le langage de la vraie force, brute ou politique, quand elle s’exerce sans effets de manche. Et tant que la communauté internationale et la collectivité arabe se montrent incapables, pour diverses raisons, d’user d’un tel discours, la Syrie gardera les coudées franches. Et la décision, négative pour le moment, continuera à lui appartenir en premier. En somme, le président Chirac avait bien raison de souligner que le Liban ne connaîtrait aucune quiétude tant que le même régime reste en place sur les bords du Barada.

المصدر:
l"orient le jour

خبر عاجل