L’armée dément les rumeurs portant sur le refus de 1500 officiers d’être promus par le gouvernement
La troupe confirme se placer sous l’égide de l’autorité politique
La troupe confirme se placer sous l’égide de l’autorité politique
Alors que la quasi-totalité des pays de la région sont gouvernés par des autocraties souvent issues du corps militaire, le pouvoir au Liban est resté tant bien que mal entre les mains d’une classe politique civile. Certes, il n’a jamais été commode de contrer les ambitions politiques de certains hauts officiers de l’armée ou d’immuniser la troupe face à la recrudescence des tensions communautaires. Et il est évident que l’unité de l’armée et son attachement à la légitimité politique ont été préservés entre autres par l’octroi d’avantages financiers généreux aux membres de l’institution militaire et par l’organisation de manifestation de soutien à l’action militaire. Mais à quelques velléités séditieuses près, officiers et soldats ont rarement refusé de se plier aux injonctions de l’autorité gouvernementale.
Les développements politiques des derniers mois n’ont pas fait exception à cette tendance. En effet, l’équilibre précaire qui a été instauré sur la scène libanaise depuis que le palais présidentiel n’a plus de locataire, a reposé sur une collaboration étroite entre l’autorité politique du gouvernement et la principale institution sécuritaire du pays, à savoir l’armée. Et quand bien même son patron, unique candidat en lice à la présidentielle, sera en principe appelé à jouer un rôle politique substantiel au cours de la prochaine période, la troupe s’est retenue de passer outre au cadre de l’autorité politique.
Ainsi, l’état-major s’est abstenu de saisir la perche que lui a tendue Emile Lahoud qui avait laissé entendre, au cours des dernières minutes de son mandat à rallonge, qu’il appartenait désormais à l’armée de diriger les autres institutions sécuritaires du pays, y compris les fameux renseignements généraux des FSI, cibles des critiques de l’opposition. De plus, les officiers de Yarzé ont fait la sourde oreille aux propos tenus par nombre de ténors du 8 Mars qui avaient affirmé que l’assassinat du général François el-Hajj aurait quelques liens avec les soi-disant affinités politiques du dernier.
Et l’armée s’est placée encore une fois sous l’égide de l’autorité politique avec la réémergence de la question des promotions militaires, de rigueur à la fin de chaque année. En effet, certains médias ont souligné hier que quelque 1 500 officiers auraient refusé d’être promus par le gouvernement « illégitime » de Fouad Siniora et que le général Michel Sleimane aurait informé le Premier ministre et le patriarche Sfeir de ces développements, mardi dernier. Si ces informations étaient vérifiées, il ne s’agirait de rien moins qu’une tentative de fronde contre l’autorité de la dernière institution civile de la République en état de fonctionner, après la vacance de la présidence et la condamnation des portes du Parlement par Nabih Berry.
Le commandement de l’armée s’est alors hâté de démentir ces informations, les qualifiant d’« imprécises » dans un communiqué publié hier. Yarzé a ainsi rappelé que « vu que les décrets de promotion des officiers, y compris les martyrs et ceux qui sont sur le point de partir à la retraite, n’ont pas pu être émis, le commandement de l’armée a transmis des listes d’officiers à promouvoir au ministre de la Défense nationale, afin de protéger les droits des personnes concernées ». « Un projet de loi est actuellement en cours de préparation pour assortir le décret en question d’un effet rétroactif, pour émettre simultanément les promotions de 2007 et 2008, dans un souci de préserver la hiérarchie militaire », a ajouté le communiqué.
De source gouvernementale, on apprend à cet égard que le cabinet ne se penchera lors de sa réunion d’aujourd’hui que sur la promotion des officiers tués ou ceux qui sont partis à la retraite, à l’instar de la décision dont a bénéficié François el-Hajj, qui a été promu brigadier d’état-major après son assassinat. Cette mesure ne vise qu’à augmenter les indemnités touchées par les familles des fonctionnaires en question.
La question des officiers en fonctions est plus compliquée, vu que le décret des promotions de 2007 n’a pas été émis, à cause du refus de l’ancien président Emile Lahoud d’y apposer son contreseing. Si le gouvernement, qui est désormais habilité à exercer les prérogatives présidentielles, décidait de procéder aux promotions de 2008, « ceci risque de perturber la hiérarchie militaire et certains capitaines deviendraient les supérieurs de leurs commandants qui auraient dû gagner en grade l’année dernière », affirme une source ministérielle. Le seul moyen de résoudre ce dilemme serait donc d’élaborer un projet de loi, qui doit être voté par l’Assemblée, pour procéder rétroactivement aux promotions de 2007, simultanément avec celles de 2008.
Au-delà de l’aspect technique et légal de la question, le communiqué de Yarzé a adressé un message sans équivoque à ceux qui pourraient chercher à inciter la troupe à se soustraire à la tutelle de l’autorité politique, en martelant que « le refus et la protestation ne font pas partie de la culture de l’armée et du comportement professionnel des officiers ». « Une telle attitude est contraire aux lois et aux règles observées par l’institution », a conclu le commandement de la « Grande Muette », astreinte à sortir de son silence par l’insupportable cacophonie actuelle de la classe politique.