Moallem : « Il semble que les Français aient voulu nous faire endosser la responsabilité de leur échec »

Ceux qui veulent parler avec l’opposition doivent contacter le général Aoun, déclare le ministre syrien des AE
Moallem : « Il semble que les Français aient voulu nous faire endosser la responsabilité de leur échec »


Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, a tenu hier une conférence de presse exclusivement consacrée à la question libanaise. Au cours de son intervention, Walid Moallem a mis l’accent sur la décision de la Syrie d’arrêter de coopérer avec la France sur la résolution de la crise libanaise. Il a également indiqué que « ceux qui veulent parler avec l’opposition doivent contacter le général Aoun ».


La France a immédiatement rétorqué en demandant au régime syrien de « démontrer sa bonne foi » concernant le volet libanais. Cette décision de Damas intervient en outre après l’annonce faite par le président français, Nicolas Sarkozy, que la France suspendait sa coopération diplomatique avec la Syrie. Le secrétaire général de l’Elysée, Jean-Claude Guéant, avait dans ce cadre appelé lundi dernier le ministre syrien des AE « pour lui signifier que Paris interrompait ses contacts dans l’attente des gestes de Damas afin qu’un président de large consensus puisse être élu au Liban », avait ainsi indiqué lundi dernier le porte-parole de l’Elysée, David Martinon.


Le ministre syrien des AE, Walid Moallem, a indiqué dans sa conférence de presse hier que la teneur de l’accord conclu par le président syrien Bachar el-Assad avec le secrétaire général de l’Elysée Jean-Claude Guéant consistait à « permettre d’aboutir à un accord comprenant l’élection d’un président de la République consensuel, la formation d’un gouvernement d’union nationale et la mise en place d’une loi électorale ». Il comprenait également « la neutralisation du rôle américain qui empêche l’entente nationale au Liban ». Il s’agissait aussi de « se tenir à égale distance de toutes les parties libanaises, et non pas d’exercer une certaine pression sur une partie » au détriment d’une autre. M. Moallem a en outre tenu à souligner que « la formule libanaise ne peut trouver de stabilité en dehors de la coexistence, de la participation et du consensus ». Mettant l’accent sur le rôle de la Syrie dans la crise libanaise qui se limitait à celui de « facilitateur, d’aide pour trouver une solution » fondée sur le consensus.


« La majorité (au Liban) a refusé que la part de l’opposition dans le gouvernement soit équivalente à son taux réel de représentativité », a souligné le ministre syrien des AE, avant d’ajouter que selon l’accord, il revenait à la France de se concerter avec la majorité et de « neutraliser » le rôle américain au Liban. Or, selon M. Moallem, « cela n’a pas été fait, et les Etats-Unis ont recommencé à bloquer. Nul besoin ici d’évoquer les deux visites de David Welch au Liban ».


La Syrie a écouté « avec surprise », les propos tenus par le président français Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse du Caire, le 30 décembre dernier, a indiqué M. Moallem, conférence durant laquelle M. Sarkozy « a fait assumer à la Syrie et l’opposition libanaise l’échec » de l’initiative française, et ce « en dépit de la souplesse dont a fait preuve l’opposition ». « Il apparaît clairement dans les propos de M. Sarkozy que ses efforts avec Saad Hariri (…) n’ont pas été fructueux. » « J’ai reçu une lettre écrite datée du 31 décembre 2007 dans laquelle les Français m’ont informé qu’ils n’étaient pas parvenus à convaincre la majorité des termes de l’accord que nous avions conclu. Il semble que les Français aient voulu nous faire endosser la responsabilité de leur échec », a souligné M. Moallem, « par conséquent la Syrie a décidé de cesser sa coopération ». Les Etats-Unis aussi souhaitent imputer à la Syrie l’échec de la médiation française, a-t-il ajouté. Il convient de souligner dans ce cadre que lundi dernier, le ministre syrien de l’Information, Mohsen Bilal, avait toutefois assuré dans une interview à un quotidien arabe que les relations entre la France et la Syrie n’avaient pas été interrompues « jusqu’à présent ». « Les relations se poursuivent jusqu’à présent malgré les déclarations et nous œuvrons avec les Français pour tirer le Liban de cette crise », avait précisé l’agence officielle syrienne SANA. L’agence SANA avait aussi indiqué que Jean-Claude Guéant avait appelé Damas à deux reprises pour « discuter d’une solution de consensus susceptible d’apporter la paix et la stabilité au Liban ».


« Certains pays arabes ont beaucoup plus d’influence sur le camp du 14 février que la Syrie sur l’opposition libanaise. Pourquoi ne pas utiliser cette influence » pour régler la question libanaise, s’est ensuite interrogé le ministre syrien des AE. La Syrie refuse en outre de faire pression sur ses alliés de l’opposition pour qu’ils acceptent une solution quelconque : « La Syrie refuse de faire pression sur l’opposition et l’opposition n’accepterait de toute façon aucune pression », a précisé M. Moallem. « Ceux qui veulent parler avec l’opposition doivent contacter le général Aoun », a insisté le ministre syrien des AE.

 

Pas de document d’entente, souligne le Quai d’Orsay


De son côté, la France a immédiatement réagi en conditionnant à nouveau la reprise d’un dialogue avec la Syrie à sa « bonne foi » dans la crise politique libanaise. « Ce que nous avons dit aux Syriens, c’est que nos contacts politiques prenaient fin jusqu’à ce que la Syrie démontre sa bonne foi et qu’un président de large rassemblement soit élu au Liban », a déclaré à la presse la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascale Andréani. « Notre position et nos attentes sont connues. Ce sont celles de la communauté internationale et notamment des Européens », a ajouté Mme Andréani.


Interrogé sur le point de savoir s’il existait un document d’entente entre la France et la Syrie au sujet du Liban, Mme Andréani a indiqué : « Comme l’ont rappelé les dernières déclarations du président de la République, la reprise de nos contacts avec la Syrie a visé à favoriser une entente sur l’élection d’un président au Liban. C’est à ce titre que plusieurs échanges ont eu lieu sans qu’il existe pour autant un “document d’entente” tel que vous le qualifiez. » Elle a ajouté : « Je ne peux pas vous confirmer l’existence d’un tel document (…). Les échanges entre la Syrie et la France avaient pour objet de favoriser une entente entre les parties libanaises sur l’élection d’un président de large rassemblement. »


Commentant le rôle de la Syrie dans le règlement de la crise, la porte-parole a indiqué que la France n’avait « accordé aucun rôle axial à qui que ce soit. C’est d’abord aux Libanais qu’il appartient de régler cette crise. La France, qui reste mobilisée, est toujours prête de son côté à contribuer à la recherche d’une solution. »
Au Caire, le 30 décembre dernier, le président français Nicolas Sarkozy avait affirmé : « Il y a un seul acte qui m’intéresse, l’élection d’un président au Liban. »

المصدر:
l"orient le jour

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