Nasrallah : Il n’y aura pas d’élection présidentielle tant que

Le secrétaire général du Hezbollah a menacé de poursuites judiciaires ceux qui accusent son parti d’être derrière les attentats
Nasrallah : Il n’y aura pas d’élection présidentielle tant que les Etats-Unis n’accorderont pas le tiers de blocage à l’opposition


Pour sa première apparition depuis près de deux mois et après les rumeurs sur sa mise à l’écart, sayyed Hassan Nasrallah a accordé hier une longue interview à la chaîne NBN. Il a commencé par démentir ces informations qui s’inscrivent, selon lui, dans le cadre d’une campagne systématique visant à dénigrer le Hezbollah et à le présenter comme un parti en proie à des luttes internes pour le pouvoir et tiraillé par des courants contradictoires syrien et iranien. Selon lui, le Hezbollah est un phénomène rare dans le monde arabe car il est homogène, au point d’ailleurs de se faire qualifier de « totalitaire ». Nasrallah a insisté sur l’autonomie totale du Hezbollah par rapport à la Syrie et à l’Iran, allant même jusqu’à dire qu’il influe plus qu’il n’est influencé.


Le secrétaire général du Hezbollah a précisé que l’opposition est hostile au projet américain au Liban, qui consiste à mettre en place un pouvoir totalement inféodé à l’Administration américaine, dans lequel il n’y a aucune place pour toute force de résistance, qu’il s’agisse du Hezbollah ou d’une autre. Ce pouvoir, selon lui, est destiné à appliquer les décisions américaines et à servir les intérêts de cette Administration, notamment la réalisation de l’implantation des Palestiniens au Liban pour liquider la cause palestinienne et le droit au retour et l’utilisation du Liban contre la Syrie pour pousser celle-ci à conclure une paix avec Israël aux conditions de l’Etat hébreu.


Nasrallah a précisé que, pour lui, le problème n’est pas dans l’accord de Taëf. Il ne réclame donc pas une révision de celui-ci, se contentant d’appuyer le général Aoun lorsque ce dernier réclame une explication de certains textes qui font l’objet d’interprétations différentes entre la majorité et l’opposition. Le secrétaire général du Hezbollah a encore précisé que le problème actuel n’est pas non plus dans les mécanismes d’application. Selon lui, le problème réside dans le fait que la partie adverse refuse la participation de l’opposition au pouvoir. Elle veut concentrer tous les pouvoirs et n’accepte la présence de l’opposition que si celle-ci est minoritaire dans le vote. Nasrallah a fait toutefois remarquer que si l’opposition renonce au « tiers de garantie », le gouvernement pourra légaliser l’implantation des Palestiniens. Selon Nasrallah, ce gouvernement n’est pas soucieux de l’intérêt du pays et, pendant la guerre de juillet, il a même fait pire…
Nasrallah a affirmé que le cabinet Siniora a adopté un style de gouvernement qui a exclu les ministres de l’opposition des décisions, même celles qui concernent leurs propres ministères. C’est pourquoi, aujourd’hui, l’opposition réclame une garantie constitutionnelle à travers le tiers de garantie.

 

Le tribunal international


Le secrétaire général du Hezbollah a affirmé que cette exigence n’est pas dirigée contre le général Michel Sleimane dont il a salué les qualités nationales. Mais, selon lui, sans gouvernement d’union nationale, celui-ci ne peut rien faire, « même le général Aoun, a-t-il dit, ne peut rien faire sans un gouvernement d’union ». Nasrallah a expliqué que si l’opposition accepte aujourd’hui d’élire le général Sleimane à la tête de l’Etat sans obtenir le tiers de garantie au gouvernement, le nouveau président pourra difficilement s’opposer aux plans de la majorité et celle-ci recommencera à l’accuser de faire le jeu des Syriens. La campagne est, selon lui, déjà prête.


Nasrallah a tenté de dissiper les appréhensions de la majorité, en précisant que, sur le plan du tribunal spécial pour les assassins de Rafic Hariri, l’opposition, même avec le tiers de blocage, ne peut plus rien faire, le dossier étant entre les mains de l’ONU. De plus, le président Berry s’est engagé à ce que les ministres de l’opposition ne démissionnent pas pour ne pas faire sauter le gouvernement.


Tout en répétant que l’opposition a insisté sur l’obtention de 11 ministres, il a précisé qu’un accord était sur le point d’être conclu, mais le lendemain, la majorité est revenue sur ses engagements, suite aux pressions américaines.

 

La médiation française


Il a toutefois affirmé que les portes ne sont pas encore fermées et l’opposition attend l’issue de la médiation française ainsi que des efforts arabes. S’ils échouent et si le gouvernement poursuit ses actions provocatrices, elle adoptera des mesures de protestation pacifiques avec des procédés civils. Il a ajouté que l’opposition est soucieuse de la paix civile et elle a fait de nombreuses concessions, mais en définitive, elle ne se laissera pas faire. Il a même laissé entendre qu’il ne faut pas non plus la pousser à bout car même le Hezbollah ne pourra pas contrôler totalement la base et il n’est pas le seul sur le terrain.


En réponse à une question, Nasrallah a clairement affirmé qu’il n’y aura pas d’élection présidentielle si les Américains refusent d’accorder à l’opposition le tiers de garantie. Il a répété que le conflit de l’opposition n’est pas avec la majorité mais avec l’Administration américaine. Il a ensuite expliqué que si l’opposition accepte d’élire le général Sleimane sans accord préalable, ce sera donner la totalité du pouvoir à la majorité pendant un an et demi, sans même avoir la garantie que celle-ci ne fera pas adopter une loi électorale qui garantirait son maintien au pouvoir pour quatre nouvelles années. Tout comme, selon lui, la majorité adoptera les mesures économiques qui mettront le Liban sous la coupe du FMI et procédera à la restructuration des forces armées de manière à les placer dans l’orbite américaine. C’est pourquoi, selon lui, la situation actuelle, même si elle est mauvaise, est moins grave qu’une élection présidentielle sans accord préalable.


Evoquant le rôle de la Syrie, il a déclaré que celle-ci n’a pas exercé de pressions sur l’opposition puisqu’il n’y a pas de contact entre elle et le général Michel Aoun, a-t-il précisé. Il a ajouté que de grandes promesses ont été faites à la Syrie, mais celle-ci a préféré faire passer les intérêts de l’opposition avant les siens. Nasrallah a par ailleurs démenti l’existence de divergences entre la Syrie et l’Iran au sujet du Liban.


Pour la première fois, Nasrallah a émis la possibilité d’intenter un procès contre ceux qui accusent le Hezbollah d’être derrière ou de faciliter les attentats, ajoutant que s’il y a des preuves, il faut les présenter à la justice, sinon, le parti entamera des poursuites judiciaires. Il a réitéré l’analyse qui met en cause Israël (et même les Etats-Unis) dans la série des assassinats, y compris celui du général François Hajj. Selon lui, Israël cherche par tous les moyens à entraîner le Hezbollah dans un affrontement interne, à séparer totalement le Liban de la Syrie et à montrer que le Liban est incapable d’assurer sa propre sécurité, pour pouvoir confier celle-ci aux services américains, comme c’est le cas en Irak…

المصدر:
l"orient le jour

خبر عاجل