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Joumblatt à Nasrallah et Assad : « Le Liban n’est ni le Djebel druze ni Alep »

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Ségolène Royal possède-t-elle des missiles à Paris pour mener son opposition ? » ironise le chef du PSP
Joumblatt à Nasrallah et Assad : « Le Liban n’est ni le Djebel druze ni Alep »


C’est l’artillerie lourde qu’a ressortie le chef du Parti socialiste progressiste (PSP) Walid Joumblatt pour son premier passage à l’écran depuis plusieurs mois, hier, dans le cadre d’un entretien accordé à la chaîne ANB.
M. Joumblatt n’a épargné aucun de ses adversaires politiques, distribuant des formules lapidaires à foison pour égratigner pêle-mêle Mahmoud Ahmadinejad, Bachar el-Assad, l’ayatollah Khamenei, Walid Moallem, Assef Chawkat, Imad Moghnié, Hassan Nasrallah, Naïm Kassem, ou encore Michel Aoun.

 

 Le seul à avoir réchappé au « massacre » a été le président de la Chambre, Nabih Berry, auquel le chef du PSP a adressé une multitude de signaux positifs. Selon lui, contrairement à Hassan Nasrallah, qui est « totalement inféodé » à Damas et Téhéran mais qui devrait revenir à sa « libanitude », Berry possède sa liberté et une réserve de « libanité », et c’est avec lui qu’il faut dialoguer et non pas avec Aoun, qui « a torpillé l’initiative du président de la Chambre ».

 
Durant l’ensemble de l’émission, Walid Joumblatt a martelé qu’il était en faveur d’un règlement de la crise libanaise, mais « pas à n’importe quel prix », et surtout pas en faveur de l’axe Damas-Téhéran. « Un règlement est la seule issue, mais ce règlement ne saurait en aucun cas être un compromis sur les constantes », a-t-il répété au moins une dizaine de fois, avant d’énumérer une à une lesdites « constantes ». A savoir la reconnaissance du Liban et de son indépendance par le régime syrien et par Téhéran, l’application des résolutions du dialogue interlibanais (établissement de relations diplomatiques avec Damas et tracé des frontières, notamment sur la question des fermes de Chebaa, solution au problème des armes palestiniennes et solution au problème des armes du Hezbollah « dans le cadre de la stratégie de défense et d’une manière calme et progressive »).


Il suffit qu’il y ait une acceptation par Hassan Nasrallah de ces constantes pour qu’il y ait élection d’un président de la République (il a réitéré dans ce cadre son soutien total au général Michel Sleimane, dont il a fait l’apologie), formation d’un nouveau gouvernement et élaboration d’une déclaration ministérielle. Aussi a-t-il appelé le secrétaire général du Hezbollah à accepter un tel compromis et à « se comporter comme un homme et à s’affranchir de la tutelle de Bachar el-Assad, de Khamenei et d’Ahmadinejad ». Mais il a catégoriquement refusé d’octroyer le tiers de blocage à l’opposition au sein du gouvernement qui serait formé. « Pourquoi faire, pour donner le pouvoir à Bachar et Ahmadinejad ? Cela n’aura pas lieu. Ils devront attendre que nous soyons dans la tombe ! » a-t-il lancé.

 
Le chef du PSP s’est principalement adressé au leader du Hezbollah, laminant les autres composantes de l’opposition, qui constituent, selon lui, « la cour des temps de la Jahiliya ». « Le Liban a-t-il le droit d’exister ou doit-il continuer à être une arène de guerre, ou encore l’Etat du wilayet el-faqih ? Un tel Etat éliminerait le pluralisme au Liban et viendrait légitimer l’Etat juif israélien, incitant ce dernier à continuer à pousser les Palestiniens des territoires vers l’émigration », a-t-il dit, osant la comparaison.


M. Joumblatt s’est élevé contre le silence du chef du Hezbollah « qui a pourtant les moyens d’infiltrer Israël » à l’égard des assassinats politiques, accusant le parti « d’assumer une responsabilité morale » à ce niveau et « d’assurer une couverture » aux meurtres. « Nasrallah accuse Israël d’être à l’origine des assassinats. C’est étrange, d’autant que ce sont exclusivement les opposants au régime syrien qui sont décimés. Où sont les preuves irréfutables qu’il disait posséder ? La Syrie aurait-elle délégué cette tâche à Israël ? » s’est-il interrogé.

Nasrallah et Ben Laden


Selon lui, le Hezbollah agit selon « une logique révolutionnaire » dans le but « d’affamer et d’appauvrir » le pays, comme le démontrent les discours de Naïm Kassem. « Comment ont-ils pu d’ailleurs célébrer l’anniversaire de la paralysie du centre-ville ? » s’est-il interrogé.


Il a par ailleurs tancé les députés hezbollahis Mohammad Raad et Hussein Hajj Hassan pour la violence de leurs discours et leurs accusations de trahison à l’encontre des membres de la majorité, appelant Hassan Nasrallah à « les faire taire ». « C’est étrange. En réponse à Ben Laden, sayyed Nasrallah affirme que Hakim est un martyr en Irak, et pourtant ce dernier a accepté l’aide des Américains pour se débarrasser du tyran Saddam Hussein. Et voilà que nous sommes des traîtres au Liban pour avoir accepté l’aide de la communauté internationale afin d’en finir avec le tyran de Damas ! Cela suffit ! Qui sont-ils pour nous juger ?! Le problème de la direction du Hezbollah, c’est qu’elle n’est pas libre. S’il était un homme, Nasrallah dirait à Bachar d’arrêter de nous massacrer », a-t-il ajouté. Et de préciser que le président iranien « souhaite brûler le Liban pour négocier avec les Etats-Unis ».

 
Le chef du PSP n’a pas épargné Bachar el-Assad, Walid Moallem et la famille régnante, qualifiant le président syrien de « gamin » et évoquant à deux reprises les opposants syriens en prison, qu’il a nommés un par un. Il a accusé Damas et ses alliés de vouloir « le vide au Liban et la destruction de l’Etat ». « Le régime syrien ne veut pas reconnaître le Liban. Seuls les démocrates syriens ont fini par le reconnaître lors de la déclaration Beyrouth-Damas, Damas-Beyrouth », a-t-il dit à plusieurs reprises, comme pour affirmer que c’était là la problématique fondamentale. « Qui est Bachar pour parler du modèle libanais ? Le modèle libanais est meilleur que le sien et il existait avant sa naissance et avant celle de son père », a-t-il indiqué.


Et de fustiger au passage le discours de Walid Moallem et, à travers lui, celui du chef du CPL. « Aoun dit que la présidence attendra 2009 ? D’où est-ce qu’il a entendu cela ? De Moallem (son maître) ? » a-t-il indiqué, en jouant sur les mots. « Je n’ai pas la patience de dialoguer avec Aoun. Je délègue Saad Hariri. Je n’ai pas cette capacité, d’autant qu’il y a quelques jours, il s’est permis d’insulter de la pire manière l’homme de la sagesse et de la modération », a-t-il noté, dans une allusion aux dernières attaques du chef du CPL contre le patriarche Sfeir.


Walid Joumblatt ne s’est pas privé aussi de dénoncer « la campagne sectaire, hypocrite et dangereuse » menée par le CPL et ses alliés contre Fouad Siniora au sujet des prérogatives du président. « Veulent-ils transformer le Liban en Bagdad, Mogadiscio, Kaboul ou encore le Waziristan ? » s’est-il interrogé.


S’en prenant à la logique de l’opposition, qui souhaite d’après lui imposer le compromis qui lui convient, Walid Joumblatt a lancé sous forme de boutade : « Mais qu’est-ce que c’est que cette opposition enfin… ? Je n’ai jamais vu une opposition pareille à celle-là. Ségolène Royal a-t-elle importé des missiles à Paris pour faire de l’opposition ? Les démocrates américains ont-ils fait l’acquisition de rangées de missiles sans que je ne sache ? Est-ce là une nouvelle forme d’opposition ? »


Et de clôturer sur un message fort au régime syrien et à ses alliés au Liban, le Hezbollah en tête : « Le Liban n’est pas le Djebel druze, ni Alep. Le Liban n’est pas une province syrienne. Il est temps que le régime syrien le comprenne. »

المصدر:
l"orient le jour

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