Le chef des FL laisse entrevoir la possibilité d’une réédition du 23 janvier 2006
Geagea : A une mobilisation « civile », nous riposterons de façon encore plus « civile »
Geagea : A une mobilisation « civile », nous riposterons de façon encore plus « civile »
Le chef du conseil exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, a vertement riposté hier aux menaces brandies par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, de recourir à une mobilisation « civile » au cas où les conditions posées par l’opposition pour le déroulement de l’élection présidentielle ne sont pas prises en compte. M. Geagea a déclaré rejeter la logique des menaces et des ultimatums, et laissé entendre que la majorité ne resterait pas les bras croisés face à toute action de la part du camp du 8 Mars.
M. Geagea s’exprimait à l’issue d’une longue rencontre à Meerab avec l’ambassadeur des Etats-Unis à Beyrouth, Jeffrey Feltman. Ce dernier s’est abstenu de toute déclaration à la presse à sa sortie.
« L’élection présidentielle demeure liée à trop de conditions. A la base, il s’agit d’un acte entier en soi, comme toutes les autres élections », a déclaré M. Geagea, jugeant « inacceptable » la logique de Hassan Nasrallah.
« Ce qui est acceptable, c’est d’élire d’abord le président de la République, ensuite d’exposer les doléances au sujet du gouvernement au moment de sa formation. Et enfin, le gouvernement est soumis à l’approbation du Parlement. Voilà comment doivent se passer les choses », a-t-il ajouté.
« D’ailleurs, comme le 8 Mars a des doléances, nous avons aussi les nôtres. Tout d’abord, nous voulons une position claire de la part de ces forces au sujet de tous les assassinats et attentats, au sujet de l’édification de l’Etat et du monopole des armes dans le cadre de cet Etat. Que se passerait-il si tout le monde exposait ses doléances en même temps ? Où irions-nous ? » s’est-il interrogé.
En réponse à une question sur la mobilisation à laquelle procéderait l’opposition dans un délai de dix jours, M. Geagea a déclaré : « Nous ne marchons pas. Nous ne nous soumettrons pas à la logique des délais, des ultimatums et des menaces, qu’elles soient implicites ou franches. »
« Nous continuerons pendant les dix prochains jours à faire ce que nous avons fait les dix derniers jours, c’est-à-dire faire pression pour que la Chambre se réunisse, amende la Constitution et élise le général Michel Sleimane à la présidence de la République », a-t-il poursuivi.
Selon lui, les propos de Haasan Nasrallah selon lequel il n’y aura pas d’élection si l’opposition n’obtient pas le tiers de blocage au sein du gouvernement « prouvent clairement que le camp du 8 Mars ne veut pas d’une élection présidentielle. Tant qu’ils ne font pas confiance au général Sleimane, ils ne feront confiance à personne d’autre ».
Pour ce qui est des affirmations selon lesquelles l’opposition affronte le « projet américain » dans la région, M. Geagea a dit : « Si le projet américain constitue un danger pour le Liban, le peuple libanais tout entier, et non seulement une fraction, devra l’affronter, sinon ce serait inutile. Mais d’abord, il faudrait s’entendre sur cette théorie sur la table de dialogue plutôt que de discuter d’autre chose, comme par exemple des parts au sein du gouvernement. Nous devons donc nous asseoir avec sayyed Nasrallah pour discuter du projet américain, le définir et établir une stratégie pour l’affronter ou ne pas l’affronter en fonction de l’intérêt du peuple libanais, ni plus ni moins. Et cela s’applique à tout projet, qu’il soit syrien, américain, israélien ou français. »
Prié de dire qui est visé par les accusations des évêques maronites, affirmant dans leur dernier communiqué que « l’histoire ne pardonnera pas à ceux qui entravent l’élection », il a répondu : « Il serait préférable de poser la question aux évêques. Quant à nous, nous considérons que c’est le 8 Mars qui, dès le début, ne veut pas d’élection présidentielle, chacune de ses fractions pour des raisons différentes des autres. Le général Michel Aoun n’en veut pas sauf s’il est lui-même président, la Syrie pour démontrer que les Libanais sont incapables de se gouverner par eux-mêmes et les autres pour d’autres raisons encore. »
Interrogé sur les propos du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, qui a affirmé que Damas a interrompu ses discussions avec la France au sujet de la crise libanaise, M. Geagea a lancé : « M. Moallem peut dire ce qu’il a envie de dire, mais c’est la France qui a gelé les négociations et non la Syrie. »
Face aux propos de M. Moallem sur la nécessité pour ceux qui veulent dialoguer de s’adresser au général Aoun, M. Geagea a répliqué de manière sarcastique : « Dieu, comme le monde change ! »
Enfin, au sujet de mesures « civiles » que prendrait l’opposition, il a dit, plus ironiquement encore : « Nous prendrons des mesures encore plus civiles », laissant ainsi entendre que toute action de l’opposition similaire à celle du 23 janvier 2006 se heurterait à la même réaction de la part de l’Alliance du 14 Mars.