Sarkozy et Hariri prônent ensemble un soutien européen à la décision de la Ligue arabe

Lorsque les Syriens n’ont pas répondu aux appels de la France, j’en ai tiré toutes les conséquences », a affirmé le président français
Sarkozy et Hariri prônent ensemble un soutien européen à la décision de la Ligue arabe

 

Si le Liban n’a eu droit qu’à deux paragraphes dans l’intervention du président Nicolas Sarkozy hier matin à l’Elysée, lors de la conférence de presse de la présentation traditionnelle des vœux pour l’année 2008, la crise présidentielle à Beyrouth a été l’unique sujet discuté à midi lors du déjeuner qui a réuni dans un restaurant libanais de Paris (Le Pavillon Noura de l’avenue Marceau) le chef de l’Etat français et M. Saad Hariri, leader du Courant du futur.


Auparavant, devant quelque six cents journalistes présents, le président français a évoqué le Liban dans le cadre de la « politique de civilisation que la France veut faire avec l’Union de la Méditerranée ».


Le chef de l’Etat a ajouté : « Elle (La France) veut la faire en mettant tout en œuvre pour que le Liban voie son indépendance garantie, pour qu’il redevienne ce pays symbole de la diversité qu’il fut tout au long de son histoire. La diversité, ce sera, j’en suis convaincu, l’une des grandes valeurs universelles de la civilisation du XXIe siècle. » Sortant du texte écrit de son intervention, Nicolas Sarkozy a ajouté qu’Israël est également un symbole de diversité…


Le deuxième passage concernant le Liban portait également sur la politique de la civilisation voulue par la France qui reste, a-t-il dit, fidèle à ses valeurs et à ses amis, mais en parlant à tout le monde. « Je ne regrette pas d’avoir parlé à la Syrie », a dit notamment le président français, faisant allusion bien entendu à ses contacts avec Damas au sujet du Liban, « même si cela n’a pas produit de résultat car la France veut être de bonne foi, et, lorsque les Syriens n’ont pas répondu aux appels de la France, j’en ai tiré toutes les conséquences en condamnant l’attitude de la Syrie ».


En ce qui concerne le déjeuner de travail Sarkozy-Hariri et au-delà du communiqué officiel diffusé aux médias par les services du leader du Courant du futur, une personnalité proche de ce dernier a indiqué que les deux hommes ont procédé à une réévaluation de l’initiative française qui a été considérée comme étant complémentaire de l’actuelle initiative arabe que doit entreprendre à partir d’aujourd’hui à Beyrouth le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, sur la base de la déclaration d’entente unanimement décidée au Caire par les ministres arabes des Affaires étrangères.


Le président Sarkozy et son hôte auraient souligné avec force que cette résolution arabe et ce soutien unanime des pays frères du Liban sont une occasion unique qu’il ne faut surtout pas manquer. Ils auraient également souhaité que ce soutien arabe soit renforcé par un soutien européen et de l’ensemble de la communauté internationale pour que le Liban puisse élire dans les plus brefs délais un nouveau président de la République.
La discussion a également été marquée par un soutien ferme de la France à l’élection du général Michel Sleimane, candidat consensuel plébiscité par toutes les parties.

 

Aoun et les conditions


En début de soirée, M. Saad Hariri s’est adressé, dans le hall de l’hôtel Plaza Athénée, à un groupe restreint de journalistes libanais, livrant ses impressions sur son entretien avec le chef de l’Etat français.
« La France se tient toujours aux côtés du Liban », a commencé par dire M. Hariri, qui a ajouté : « Cette rencontre est une confirmation de cette attitude française qui ne laissera pas tomber le Liban et qui ne permettra pas que ce pays sombre dans le vide présidentiel. »


« Il existe aujourd’hui une initiative arabe soutenue par l’ensemble de la communauté internationale. Nous fondons de grands espoirs sur cette initiative car nous estimons que l’élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République ouvre la voie à un dialogue entre les Libanais », a-t-il ajouté.


A une question de L’Orient-Le Jour sur une éventuelle complémentarité entre l’initiative française et l’actuelle action arabe en faveur du Liban, M. Hariri a estimé qu’il y a en fait une complémentarité puisque la France avait initié un dialogue avec la Syrie en faveur de l’élection d’un nouveau président de la République et que les Arabes suivent aujourd’hui cette même voie.


« Ce qui intéresse la France au plus haut point est la stabilité du Liban », a ajouté M. Hariri, qui a estimé que « cela sera concrétisé par l’élection d’un président de la République, ce qui est, a-t-il dit, notre souhait principal ».
Le chef du Courant du futur s’est demandé pourquoi un tel retard est apporté à l’élection et pourquoi des conditions préalables sont posées non seulement à la majorité mais aussi au futur président de la République, conditions que Michel Aoun et ses alliés n’auraient eux-mêmes pas acceptées. « Je doute que M. Aoun puisse accepter de telles conditions, alors pourquoi les pose-t-il ? » s’est demandé le député de Beyrouth.
En tout état de cause, a poursuivi M. Hariri, nous allons de l’avant dans le sens de l’initiative arabe, et le président Sarkozy a exprimé l’appui de la France au Liban, concrétisant cela par la récente approbation par l’Assemblée nationale française d’un programme d’aide matérielle au Liban dans le cadre de ce qui avait été convenu lors de la conférence Paris III, aide qui se traduira par une allocation importante de fonds au Trésor libanais dans les prochains jours.


Prié par L’Orient-Le Jour de commenter les propos du président Sarkozy au cours de sa conférence de presse, où il affirmait ne pas regretter d’avoir parlé à la Syrie bien que cela n’ait pas produit de résultats et d’avoir ensuite interrompu les contacts avec Damas du fait du non-engagement du régime syrien pour faciliter l’élection présidentielle libanaise, M. Saad Hariri a dit : « Si le président Sarkozy a tenu ces propos devant plusieurs centaines de journalistes et plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs, c’est qu’il s’agit d’une position publique et que l’ouverture envers la Syrie était un geste dans l’intérêt du Liban qui va dans le sens de l’élection du président libanais. »


« Il est donc clair, a-t-il poursuivi, que l’interruption des contacts entre Paris et Damas est causée par une volonté syrienne de ne pas favoriser l’élection du président de la République libanaise, leur candidat étant le vide… »


« De toute manière, a encore dit M. Hariri, nous sommes en face d’une initiative arabe approuvée par le ministre syrien Walid Moallem, et nous verrons bien où cela nous mènera. » « Nous restons favorables à tout contact et notre objectif est de parvenir à la stabilité au Liban, à l’élection d’un président de la République qui conduirait le dialogue interlibanais et à un gouvernement qui concrétiserait le principe de la participation », a-t-il ajouté. Et de souligner : « Nous voulons un président qui soit l’arbitre de cette phase de notre histoire. »


En réponse à une question sur la concomitance ou l’ordre de priorité entre l’élection du chef de l’Etat et la formation d’un nouveau gouvernement, le député de Beyrouth n’a pas souhaité entrer dans de tels détails. Il a affirmé que les ministres arabes réunis au Caire savent parfaitement ce qui a été dit et se sont bien compris car l’initiative arabe est, selon lui, très positive, et la majorité parlementaire libanaise traitera avec le projet arabe dans un esprit positif et sincère.


Il a enfin suggéré que l’on ne qualifie plus le prochain gouvernement de gouvernement d’union nationale, mais de « gouvernement d’entente nationale », et que le général Michel Sleimane soit désormais présenté comme le (futur) président qui réalisera l’entente et non plus comme un candidat d’entente ou de consensus.

المصدر:
l"orient le jour

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