Strugar met en garde contre les tentatives de déstabilisation au Liban-Sud
La Finul visée par un nouvel attentat à Rmeilé : deux Casques bleus blessés
La Finul visée par un nouvel attentat à Rmeilé : deux Casques bleus blessés
Deux Casques bleus irlandais de la Force intérimaire des Nations unies au Liban-Sud (Finul) ont été blessés hier dans un attentat sur l’autoroute de Rmeilé, à un kilomètre au nord de la rivière Awali. Une bombe actionnée à distance a explosé au passage de leur véhicule. C’est le troisième attentat qui vise la Finul depuis son élargissement en août 2006. Présent sur les lieux de l’attentat, le conseiller politique de la Finul, Milos Strugar, a indiqué, en réponse à une question de L’Orient-Le Jour, qu’avec les roquettes ayant explosé dans la nuit de lundi à Shlomit en Israël et l’attentat contre les Casques bleus « il y a certes une tentative de déstabilisation du Liban-Sud ».
Il était environ 15 heures quand une bombe actionnée à distance a explosé à Rmeilé, au niveau de l’autoroute reliant Beyrouth au Liban-Sud. L’attentat visait une jeep de la Finul à bord de laquelle se trouvaient deux Casques bleus irlandais, John Channick, 28 ans, et David Williams, 25 ans. Le gros du contingent irlandais, qui comptait 160 soldats et qui avait pour quartier général la base « Ida » qu’il partageait avec les Casques bleus finlandais à Ibl el-Saki, avait quitté le Liban-Sud en octobre dernier. Il reste cependant quelques militaires qui font toujours partie de la Finul et qui dépendent directement du commandement de Naqoura.
La bombe avait été placée au bord de la route, à proximité d’un panneau publicitaire, à droite de la chaussée. Elle a fait un cratère d’une soixantaine de mètres de profondeur et occasionné des dégâts à 300 mètres à la ronde.
Malgré l’explosion et les dégâts qui ont touché le véhicule onusien, notamment son pare-brise, le chauffeur a roulé une centaine de mètres, prenant sa droite, avant d’arrêter la jeep Nissan Patrol comme s’il voulait la garer.
Les deux soldats ont été transportés à l’hôpital Hammoud à Saïda. Ils souffrent de blessures légères, dues aux débris de verre et aux gravats, notamment au visage.
Hier en soirée, on ignorait toujours le poids de la charge qui a visé la Finul. Les habitants de Rmeilé ont rapporté que le bruit de la déflagration était très puissant, et même si beaucoup d’entre eux n’ont pas vu la fumée rougeâtre, propre aux explosions, ils ont rapidement deviné que c’était une explosion.
« Nous nous sommes tout de suite demandés qui elle visait », explique Zaher, qui tient une épicerie.
Debout devant son domicile situé entre la route maritime de Rmeilé et l’autoroute, un homme montre les dégâts occasionnés par l’explosion : des vitres brisées et des cadres de fenêtres défoncés.
Un peu plus haut, les maisons faisant face à l’autoroute offrent le même spectacle.
L’armée a bouclé le secteur, coupant l’autoroute Rmeilé-Saïda. Alors que des enquêteurs libanais et onusiens entamaient leur travail sur le terrain, un hélicoptère de la Finul survolait les lieux.
Présent sur place, le conseiller politique des Casques bleus, Milos Strugar, a indiqué que « la Finul a ouvert une enquête en coopération avec les autorités libanaises », soulignant que c’est trop tôt pour se prononcer sur l’identité des poseurs de la bombe. Il a aussi noté que la Finul prend au sérieux les menaces dont elle fait l’objet et qui ont pour sources divers groupes islamistes, notamment el-Qaëda.
Interrogé par L’Orient-Le Jour sur de possibles liens entre les deux roquettes lancées sur Shlomit, en Israël, dans la nuit de lundi, et l’attentat de Rmeilé, il a indiqué qu’il « est difficile de se prononcer sur une telle affaire. Mais les deux incidents ont en commun la volonté de déstabiliser la situation au Liban-Sud ».
M. Strugar a aussi indiqué que la Finul est plus que jamais attachée à sa mission de paix au Liban-Sud, mettant également l’accent sur les mesures de sécurité prises pour éviter de tels attentats.
Nord du Litani
En fait, un peu moins de trente mille soldats sont déployés au sud du Litani depuis la fin de la guerre de juillet 2006, parmi eux plus de 13 000 Casques bleus et plus de 15 000 soldats libanais.
Le premier attentat qui avait visé, le 24 juin dernier, à Khiam un tank du contingent espagnol de la Finul avait fait six morts, trois soldats espagnols et trois colombiens. Une camionnette piégée, actionnée à distance et stationnée sur la chaussée, avait explosé à leur passage.
Le 16 juillet dernier, une charge actionnée à distance plantée au bord de la route avait visé un poste d’observation fixe de la Finul, tenu par des soldats tanzaniens, à Qasmieh, non loin du pont qui enjambe le fleuve Litani et à quelques centaines de mètres d’un barrage de l’armée libanaise. L’attentat n’avait pas fait de victimes.
Hier, le même système de bombe actionnée à distance, posée en bord de route, a visé une jeep de la Finul. A une différence près, l’attentat a eu lieu pour la première fois au nord du Litani, zone qui ne relève pas de la Finul élargie, et sur une route empruntée au quotidien par les Casques bleus, notamment pour leurs convois de ravitaillement.
Hier, à Naqoura, le commandant par intérim de la Finul, le brigadier général Jai Prakash Nehra, a qualifié l’acte d’ « abominable », déclarant dans un communiqué qu’il s’agit d’une « tentative » de « saper les efforts de l’armée libanaise et de la Finul pour assurer la stabilité et la paix dans le Sud ». Il a également mis l’accent sur l’attachement de la Finul à sa mission de paix au Liban.
De son côté, Andrea Tenenti, attaché de presse des Casques bleus, a indiqué à L’Orient-Le Jour que « la Finul est toujours en état d’alerte, adoptant d’importantes mesures de sécurité pour diminuer au minimum les risques d’attentats ».
Sur le terrain, l’enquête a été entamée. Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Jean Fahd, et le premier juge d’instruction militaire, Rachid Mezher, ont inspecté les lieux.
Une réunion conjointe entre les chefs de la police militaire et des responsables de la Finul s’est tenue en fin de journée pour un échange d’informations sur l’attentat.