#adsense

La majorité presse les composantes du 8 Mars d’accorder leurs violons

حجم الخط

L’opposition n’a fait aucun pas positif en contrepartie de la série de concessions consenties par le 14 Mars
La majorité presse les composantes du 8 Mars d’accorder leurs violons 
Philippe ABI-AKL


Les milieux politiques locaux sont depuis le week-end dernier dans l’attente du retour à Beyrouth, prévu demain, mercredi, du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui doit relancer ses efforts de conciliation afin d’amener les différentes fractions locales à faciliter l’élection du commandant en chef de l’armée libanaise, le général Michel Sleimane, à la présidence de la République. Mais les observateurs ne fondent pas vraiment beaucoup d’espoir dans la nouvelle initiative de la Ligue arabe en raison notamment des blocages régionaux qui continuent d’entraver la solution à la crise politique chronique qui déstabilise le pays depuis plus d’un an.


Certes, la dernière conférence extraordinaire des ministres arabes des Affaires étrangères qui s’est tenue récemment au Caire a débouché sur une ébauche de règlement, approuvée à l’unanimité. Les grandes lignes de ce règlement avaient été définies et avalisées en présence du ministre syrien des AE, Walid Moallem, au cours d’une réunion tenue au domicile de Amr Moussa, au Caire, avec la participation des ministres des AE d’Arabie saoudite, d’Egypte, du Qatar et du sultanat d’Oman. Le projet de règlement en question était axé sur les trois points suivants : élection « immédiate » du général Sleimane à la présidence de la République ; formation d’un gouvernement d’union au sein duquel l’opposition ne bénéficierait pas de la minorité de blocage et la majorité n’aurait pas la possibilité de monopoliser le pouvoir de décision ; approbation d’une nouvelle loi électorale.


Sur le plan du principe, le fait que cette « feuille de route » ait été agréée en présence des ministres syrien et saoudien aurait dû avoir pour conséquence immédiate de paver la voie à l’élection présidentielle. Mais il ne s’agissait là que de la partie visible de l’iceberg. Lors des entretiens qu’il a eus à Beyrouth la semaine dernière, le secrétaire général de la Ligue a réalisé en effet que l’opposition campe toujours sur ses positions et a donné à l’initiative arabe une interprétation qui est loin d’être conforme à ce qui avait été convenu au Caire. Le général Michel Aoun, notamment, insiste toujours pour un accord sur un « package deal global » qui précéderait l’élection du nouveau président. Le leader du mouvement Amal (et par ailleurs chef du Législatif), Nabih Berry, a réclamé pour sa part une combinaison ministérielle basée sur le principe des trois tiers : un tiers des portefeuilles au nouveau chef de l’Etat, un tiers à la majorité et un tiers à l’opposition. Le secrétaire général de la Ligue n’a pas caché ses réserves au sujet de ces conditions posées par le 8 Mars, soulignant à qui veut bien l’entendre que les grandes lignes de l’initiative de la Ligue sont suffisamment claires et ne se prêtent nullement à des interprétations fantaisistes.

 

La manœuvre syrienne
Les positions en flèche du 8 Mars s’accompagnent d’une attitude syrienne qui laisse planer des doutes sur les intentions réelles du régime en place à Damas. Officiellement et publiquement, les dirigeants syriens affirment en effet qu’ils sont favorables à l’initiative arabe, mais que la solution se trouve à Beyrouth, plus précisément entre les mains du général Michel Aoun, soulignant la nécessité sur ce plan de discuter et de négocier avec le chef du CPL afin de trouver une issue à la crise.


Pour les milieux proches de la majorité, la manœuvre est évidente : pointé du doigt par la communauté internationale, plus particulièrement par le président français Nicolas Sarkozy, ainsi que par les principaux pôles de la Ligue arabe, en raison de la politique délibérément obstructionniste qu’il applique sur la scène libanaise, le régime syrien cherche à se dédouaner en affichant publiquement sa volonté de coopérer et en affirmant que le blocage se manifeste non pas à son niveau, mais plutôt au niveau de l’opposition à Beyrouth. « Nul n’est dupe », soulignent à ce propos les milieux de la majorité qui relèvent qu’en réalité, Damas continue de télécommander bel et bien les diverses composantes de l’opposition qui sont ainsi placées sur le devant de la scène afin de détourner les regards du pouvoir de nuisance auquel la Syrie continue d’avoir recours au Liban.


Dans le cadre de cette manœuvre, le 8 Mars s’emploie à rejeter sur la majorité la responsabilité du blocage en accusant les forces du 14 Mars de torpiller la présidentielle, sous l’impulsion des Etats-Unis. L’opposition avance pour preuve à ce sujet le refus du chef du Courant du futur, Saad Hariri, de rencontrer en tête à tête le général Aoun en vue d’aboutir à un accord global susceptible d’accélérer l’accession du général Sleimane à la magistrature suprême. Cet argument est toutefois réfuté par le 14 Mars qui souligne que rien ne justifie un tête-à-tête Hariri-Aoun après l’échec des trois premières rencontres entre les deux hommes et qu’il serait donc préférable d’initier un dialogue élargi auquel devraient participer les principaux pôles de la majorité et de l’opposition, à l’instar de la conférence de dialogue qui s’était tenue au siège du Parlement.

 

Dissonances au sein de l’opposition


La situation dans ce contexte se complique encore davantage par les dissonances qui semblent se manifester dans les rangs de l’opposition, plus particulièrement entre Nabih Berry et le général Aoun. Selon diverses sources toutes concordantes, des divergences opposent en effet le leader d’Amal au chef du CPL au sujet du mécanisme de l’élection du général Sleimane à la présidence de la République et des conditions du règlement qui devrait être négocié avec la majorité.


M. Berry est ainsi opposé à un amendement constitutionnel en vue de l’élection du commandant en chef de l’armée et insiste pour que cette élection se fasse sur base d’une simple interprétation de la Loi fondamentale, basée sur l’article 74 de la Constitution. Le but du chef du Législatif à cet égard est d’éviter que le gouvernement de Fouad Siniora soit associé au mécanisme constitutionnel devant mener au scrutin présidentiel afin que la légitimité du cabinet ne soit pas reconnue de facto par l’opposition.


L’approche du leader d’Amal est cependant contestée par le général Aoun qui insiste pour que l’élection du général Sleimane se fasse conformément aux termes de la Constitution, c’est-à-dire sur base d’un amendement de l’article 49 qui impose des restrictions à l’accession des fonctionnaires de première catégorie (et donc du commandant de l’armée) à la magistrature suprême. Le chef du CPL s’oppose ainsi catégoriquement à une élection présidentielle conformément à une simple interprétation de la Loi fondamentale.


Mais la dissonance au sein de l’opposition ne se limite pas à ce mécanisme constitutionnel. Le président de la Chambre prône ainsi la répartition des portefeuilles ministériels dans le futur gouvernement suivant l’équation 10-10-10 (pour le président de la République, la majorité et l’opposition), ce qui revient pour le 8 Mars à abandonner sa revendication portant sur le tiers de blocage. Le général Aoun s’oppose à une telle formule et continue de réclamer le tiers de blocage pour le 8 Mars au sein du prochain gouvernement, dans le cadre du package global que l’opposition devrait négocier avec la majorité.


Face à ces divergences dans les rangs du 8 Mars, la majorité souligne qu’il faudrait en priorité que les différentes composantes de l’opposition accordent leurs violons au sujet du mécanisme constitutionnel et des conditions politiques devant paver la voie à l’élection du général Sleimane à la présidence de la République.

 

Pour le 14 Mars, il serait vain en effet de poursuivre les efforts de conciliation déployés par le secrétaire général de la Ligue si les forces du 8 Mars ne s’entendent pas sur une position unique concernant les principaux dossiers en suspens.


Par ailleurs, la majorité met l’accent sur la série de concessions qu’elle a consenties afin de débloquer la situation : le 14 Mars a ainsi accepté d’abandonner les candidatures des personnalités qu’il avait pressenties pour la présidence de la République (l’ancien député Nassib Lahoud et le député Boutros Harb) ; il a donné son aval à l’élection du général Sleimane en dépit de sa position de principe hostile à l’accession d’un militaire à la magistrature suprême ; de même, il a accepté l’amendement constitutionnel malgré son opposition à une telle mesure ; il a ensuite été jusqu’à accepter l’élection du général Sleimane sur base d’une simple interprétation de la Constitution, c’est-à-dire sans une implication du gouvernement de Fouad Siniora dans la présidentielle ; et enfin, le 14 Mars a accepté d’abandonner la majorité des deux tiers dont il bénéficiait au niveau de l’Exécutif.

 

Les milieux de la majorité soulignent qu’en dépit de cette série de concessions, les forces du 8 Mars n’ont en contrepartie fait aucun pas en direction du 14 Mars et continuent de camper sur leurs positions de départ sans consentir la moindre concession.


Pour aboutir à un compromis, il faut être deux. Or pour l’heure, seul le camp du 14 Mars s’est concrètement engagé sur la voie d’un règlement acceptable par les deux parties en présence. Les conciliateurs sont ainsi dans l’attente d’un geste de la part du 8 Mars. Ou plutôt de la part de ses parrains régionaux.

المصدر:
l"orient le jour

خبر عاجل