Pour la majorité, l’opposition pave la voie à un retour de Damas

En prolongeant la crise, on cherche à imposer une nouvelle fois le remède syrien
Pour la majorité, l’opposition pave la voie à un retour de Damas 
Philippe ABI-AKL


Dans les milieux de la majorité, on affirme ne pas comprendre l’attitude de l’opposition à l’égard du plan de la Ligue arabe, en particulier les conditions posées au général Michel Sleimane dès avant son élection à la présidence de la République.


Ces milieux se montrent d’autant plus étonnés par cette attitude que l’opposition brandit le slogan de la défense des droits des chrétiens et celui du recouvrement de la position de la présidence et de son rôle effectif dans le pays. Or, souligne-ton dans ces milieux, l’initiative arabe confirme le projet d’élection du général Sleimane en qualité de candidat consensuel, avalisant ainsi l’option d’une présidence forte, et donne au futur chef de l’Etat le pouvoir de faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre au sein du gouvernement.


En dépit de cette position arabe, ajoute-t-on, certaines parties de l’opposition traitent l’initiative avec mépris et s’abstiennent de saisir cette occasion de rétablir le rôle de la première présidence et de mettre un terme à la vacance du siège.


En fait, souligne-t-on de mêmes sources, cette attitude de l’opposition dissimule une volonté étrangère de maintenir la vacance. Chaque fois que l’opposition se trouve dans une position délicate ou malaisée, on la voit opérer une fuite en avant et susciter de nouveaux sujets qui flattent les sentiments de l’opinion, comme par exemple la question de l’implantation des Palestiniens, en accusant certaines parties au sein de la majorité de comploter à cette fin. Mais les milieux du 14 Mars s’interrogent sur ce que fait l’opposition pour empêcher une telle implantation, à part lancer des accusations à droite et à gauche.


Pour un homme politique de la majorité, celui qui évoque l’implantation et en souligne la gravité contribue dans les faits à préparer le climat propice à la réalisation de cet objectif. Il le fait en favorisant la vacance du pouvoir et en empêchant les institutions capables de barrer la route à l’implantation de jouer leur rôle.


D’abord la présidence de la République, dont la vacance pourrait être durable. Ensuite l’armée, dont certains cherchent à paralyser le rôle en continuant à soutenir formellement la candidature de Michel Sleimane tout en s’abstenant de toute décision susceptible de faciliter son élection. Ainsi, le général Sleimane est à la fois commandant en chef de l’armée et candidat consensuel à la présidence, ce qui le place dans une situation fragile qui permettrait à certains d’exploiter toute mesure qu’il prendrait.


Enfin, il y a Bkerké, dont le rôle national est également la cible de certaines parties, qui s’emploient à suggérer qu’il s’agit uniquement d’un rôle religieux et non politique.


L’opposition contribue à paralyser ces institutions qui, d’une manière ou d’une autre, constituent des garde-fous face à l’implantation des Palestiniens, souligne-t-on.


D’autre part, relèvent les milieux de la majorité, l’opposition continue de réclamer le tiers de blocage au sein du gouvernement avant l’élection du président de la République.


Dans le passé, la minorité sanctionnait le gouvernement et la majorité au sein de la Chambre. Jamais elle ne demandait d’avoir le tiers de blocage au gouvernement. Aujourd’hui, l’insistance de l’opposition à cet égard est due à des considérations extérieures. En effet, la Syrie, qui a perdu la présidence de la République après le départ d’Emile Lahoud, et dans l’impossibilité de faire élire un nouveau président qui lui soit totalement acquis, tente de compenser cette perte en obtenant le pouvoir de veto au sein du Conseil des ministres.
Voilà pourquoi il est impossible que l’opposition abandonne l’exigence du tiers de blocage, à moins d’un bazar régional.


Toujours dans les mêmes milieux, on note qu’en proposant la tenue d’une réunion de dialogue en présence des ministres des Affaires étrangères de cinq pays arabes – Arabie saoudite, Egypte, Syrie, Qatar et Oman – l’opposition cherche à permettre à la Syrie de revenir par la fenêtre arabe sur la scène libanaise.


Rappelant le précédent de la Force de dissuasion arabe, créée en 1976, lorsque la Syrie a évincé progressivement les autres contingents arabes pour rester seule maîtresse au Liban, ces sources estiment que Damas s’efforce de rééditer ce précédent par la voie politique et sans présence militaire sur le terrain.
En résumé, souligne-t-on, l’opposition cherche à prolonger la crise et maintenir la vacance afin de répandre la conviction que la Syrie doit être chargée de régler une fois de plus le contentieux libanais, sans même avoir à faire entrer son armée au Liban.

المصدر:
l"orient le jour

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