Le chef des FL défend Taëf et critique les appels à « rétablir les prérogatives » du chef de l’Etat
Geagea : Le problème des chrétiens ne vient pas des autres, mais d’eux-mêmes
Geagea : Le problème des chrétiens ne vient pas des autres, mais d’eux-mêmes
Le chef du comité exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, a dénoncé au cours du week-end écoulé les surenchères chrétiennes sur la nécessité de rétablir les anciennes prérogatives du chef de l’Etat, soulignant que Taëf n’a fait qu’éliminer les pouvoirs purement théoriques dont jouissait le président de la République et a au contraire confirmé ses prérogatives « réalistes ». Condamnant les attaques contre le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, il a estimé que le problème des chrétiens dans ce pays ne vient pas des autres, mais des chrétiens eux-mêmes.
M. Geagea s’exprimait au cours d’un dîner offert en son honneur par l’ancien député de Jbeil Farès Souhaid à Qartaba. Le chef des FL était accompagné de son épouse, Sethrida.
Prenant d’abord la parole, M. Souhaid a rendu un hommage appuyé à Samir Geagea. Il l’a notamment félicité pour avoir rejeté, lorsqu’il était en prison, « les offres tentantes » qui lui étaient faites afin « d’influencer la rue chrétienne dans un sens favorable à la tutelle syrienne et contre les partenaires musulmans ».
« Vous aviez rejeté ces offres parce que vous croyez au Liban, à la coexistence et à l’accord de Taëf, ce que vous avez payé très cher », a-t-il dit.
« Nous luttons ensemble pour l’indépendance et la souveraineté du Liban, pour l’édification d’un Etat capable de nous protéger et d’assurer l’avenir de nos enfants. Cet Etat commence par l’élection d’un président de la République », a ajouté M. Souhaid.
« Comme nous l’avions dit par le passé, la présidence de la République maronite et le commandement maronite de l’armée sont pris pour cible. Mais aujourd’hui, le chef de l’Eglise maronite est aussi pris pour cible. Cela est totalement inacceptable. Plus d’un milliard de musulmans dans cet Orient se montrent soucieux de préserver le siège patriarcal et le patriarche maronite, et il se trouve des maronites pour attaquer le patriarche. Cela est-il concevable ? » s’est-il interrogé.
Pour sa part, M. Geagea, après avoir remercié M. Souhaid pour sa défense des FL lorsque leur chef se trouvait en prison, s’est aussitôt déchaîné contre les chrétiens qui se lancent dans des surenchères à propos des pouvoirs présidentiels.
« Il y en a qui ont peur d’une marginalisation de la présence chrétienne en Orient et du déclin des prérogatives du chef de l’Etat. Depuis quand la présence chrétienne est-elle liée à des postes politiques ? Ne sommes-nous donc plus capables de rester enracinés sur cette terre que si le président de la République est un dictateur ? » s’est demandé M. Geagea.
« Ne pouvons-nous plus vivre aujourd’hui que si nous avons un président jouissant de tous les pouvoirs, écrasant tout le monde et prenant toutes les décisions ? C’est une logique inacceptable », a-t-il dit.
« Lorsque le président avait tous les pouvoirs, était-il en mesure de les exercer tous ? A-t-il pu révoquer un seul gouvernement ? Le chef de l’Etat bénéficiait auparavant de prérogatives théoriques. La vérité est qu’avec l’accord de Taëf, ces pouvoirs théoriques ont cédé la place à des pouvoirs réalistes comme ceux que le président exerçait effectivement avant Taëf. Hélas certains leaderships chrétiens et certains responsables religieux démoralisent les gens sans justification », a-t-il souligné.
« Nous avons vécu 400 ans sous la domination ottomane. Nous n’avions ni ministres, ni députés, ni postes politiques. Nous étions interdits de marcher sur les routes. Nos ancêtres sont restés et ils ont pu survivre », a-t-il rappelé.
« Est-il permis que l’on considère que la fin du monde est proche parce qu’on a retiré quelques prérogatives théoriques au chef de l’Etat ? Je suis stupéfait quand j’entends certains parler de récupérer ces prérogatives. Depuis quand ces derniers sont-ils de vrais chrétiens ? Depuis quand pratiquent-ils la politique comme il le faut ? Ce ne sont que des contractants de dixième catégorie auprès de forces étrangères. Les Syriens nommaient un Gauleiter à Baabda et ils étaient heureux. Nous sommes réellement parvenus à une époque terrible du fait de certains leaderships chrétiens. Sans eux, le monde serait en bonne santé », a-t-il lancé.
« Un ver de terre nous ronge »
Evoquant les tentes du centre-ville, il a condamné une fois de plus « le sit-in du groupe des victoires divines et de leurs alliés ».
Evoquant les tentes du centre-ville, il a condamné une fois de plus « le sit-in du groupe des victoires divines et de leurs alliés ».
« Lorsque je suis sorti de prison, je croyais encore que Solidere est un projet appartenant à des musulmans. Depuis, j’ai appris que Nabil Boustany (ancien député du Chouf) en est le deuxième contributeur. Puis, lors de la tournée des patrons du centre-ville auprès des responsables politiques pour les informer des dommages qu’ils subissent du fait du sit-in, j’ai eu la surprise de découvrir que 60 à 70 % des exploitants sont des chrétiens. Pourquoi nous détruisons-nous nous-mêmes ? Voilà la principale faille dont nous souffrons », a-t-il dit.
« Il y a un ver de terre qui nous ronge. Si nous faisons une comparaison avec les responsables d’autres communautés, nous constatons que leur comportement est plutôt acceptable, contrairement à ce qui se passe chez nous. Par exemple, le patriarche n’a jamais cessé de critiquer les armes du Hezbollah. Or, nul au sein de la direction du Hezbollah n’a jamais répondu hors du cadre du respect et de la courtoisie. Il en est de même de Nabih Berry que le patriarche avait critiqué lorsqu’il avait annoncé qu’il était derrière Bkerké au sujet de l’élection présidentielle, au point où il l’avait presque qualifié de menteur. En revanche, des mots injurieux à l’encontre du patriarche sont sortis de chez nous. Cela est inacceptable quelle que soit notre évaluation politique », a-t-il encore dit.
« Le problème réside non pas chez les autres, à qui nous imputons toujours la responsabilité. La faille se trouve au sein de notre société (chrétienne). Nous devons, par les moyens politiques légitimes, en finir avec cette faille le plus rapidement possible », a conclu le chef des FL.