Au lendemain du départ de Moussa, des menaces pèsent lourdement sur la paix civile
Les nuages noirs s’amoncellent dans le ciel de la République éculée
Les nuages noirs s’amoncellent dans le ciel de la République éculée
Au final, les pérégrinations beyrouthines de Amr Moussa n’ont constitué qu’un simple intermède entre deux évènements de nature sécuritaire qui semblent indiquer que la médiation arabe est mort-née et qu’une issue au blocage actuel demeurera introuvable, du moins à court terme. Bien qu’il ait mieux réussi dans son échec que son prédécesseur français, vu qu’il a su se montrer plus intransigeant à l’égard de Damas qu’un prodigue Bernard Kouchner, l’émissaire arabe a fini par se résigner à partir bredouille. Et une ambiance électrique a rapidement submergé la scène libanaise, quelques heures seulement après son départ.
Ainsi, après l’attentat de La Quarantaine qui a accueilli Amr Moussa, une atmosphère tendue a régné hier soir dans la capitale libanaise où plusieurs personnes ont manifesté « pour dénoncer le rationnement du courant ».
La protestation en question aurait pu être fort légitime dans un pays où les coupures drastiques et fréquentes de l’électricité plongent régulièrement dans le noir le quotidien de toutes les régions du pays, sans aucune exception. Sauf que les protestataires ont repris les habitudes « divines » du « mardi noir » en coupant promptement les routes de Dennaoui, de Salim Salam, de Hayy el-Léja et de plusieurs autres quartiers de Beyrouth, notamment Zokak el-Blatt et Noueiry. Et les manifestations ont été accompagnées de jets de pierre contre les voitures et les forces de l’ordre, parallèlement à la mise à feu de pneus et au lancement de cocktails Molotov dans les bennes d’ordures.
Ce mouvement n’est certes pas dépourvu de messages politiques, eu égard au fait que les émeutiers sont issus des quartiers dominés par Amal et le Hezbollah. Certes, il ne s’agit pas d’imputer la responsabilité de ces débordements à la communauté chiite. Loin de là. Mais l’on peut légitimement douter de la spontanéité de ces émeutes, parties de zones quadrillées par le parti de Dieu, d’autant que l’époque de l’occupation syrienne n’a guère connu de pareilles manifestations, bien que l’état du courant n’était pas meilleur au cours des années 90, bien au contraire. D’ailleurs, on apprend de source sécuritaire que les incidents d’hier soir ont suscité une crispation dans la rue sunnite et que la situation aurait pu dégénérer, n’eût été la vigilance de l’armée. Les sources précitées ont également indiqué qu’elles s’attendaient à des tensions aujourd’hui dans le nord du pays, et précisément au Batroun où les partisans des composantes chrétiennes de l’opposition auraient été mobilisés. Un nouveau 23 janvier serait-il en perspective, un an après les fameux « mardi et jeudi noirs » de l’année dernière ?
En tout état de cause, cette crispation sécuritaire intervient à un moment où Damas lançait deux signes fort peu encourageants en direction du pays du Cèdre. D’un côté, la douane syrienne a sévèrement renforcé ses dispositions, au niveau des passages frontaliers entre le Liban et la Syrie, suite, semble-t-il, à une altercation entre camionneurs. Selon des sources proches du gouvernement, les véhicules transportant des denrées alimentaires à destination du Liban peineraient à traverser les frontières. Même s’il ne s’agit aucunement d’un blocus, il est toutefois indubitable que ce développement ne laisse présager rien de bon, vu que Damas a souvent laissé entendre qu’il pourrait asphyxier une économie libanaise déjà anémique.
D’un autre côté, le quotidien syrien « indépendant » al-Watan a subrepticement évoqué hier des menaces qui pèseraient sur les ressortissants étrangers au Liban. A en croire le journal, les ambassades redouteraient d’éventuels enlèvements qui pourraient viser des Occidentaux. Quelques jours après l’attentat contre un véhicule de l’ambassade des Etats-Unis, ces informations ne sont pas sans rappeler une des époques les plus odieuses de la guerre fratricide. Certaines parties chercheraient-elles donc à isoler le Liban de la scène internationale et à dissuader la communauté arabe d’intervenir à Beyrouth pour réitérer l’expérience macabre de la force de dissuasion arabe qui a pavé la voie à la consécration de la mainmise du régime du Baas sur le Liban ?
L’on a assez, bien entendu, de la théorie de la conspiration. Mais étrangement, plusieurs nuages sombres se sont simultanément amoncelés au-dessus de Beyrouth. L’opposition chercherait-elle à forcer un changement de système politique ? C’est contre ce danger qu’ont explicitement mis en garde hier l’ancien président Amine Gemayel, le chef des FL, Samir Geagea, et le patriarche maronite Nasrallah Sfeir. Reste à espérer que le 8 Mars puisse se départir de ses trop lourdes alliances régionales pour préserver la paix civile et que la Ligue arabe joigne la parole à l’acte en dénonçant clairement les parties régionales obstructionnistes, comme l’avait promis le chef de la diplomatie égyptienne. Mais ni les propos d’un Hassan Nasrallah, désormais expert en anatomie humaine, qui avait prévenu que l’opposition ne pourrait contrôler d’éventuels débordements, ni les informations selon lesquelles le 8 Mars participera activement à la conférence de l’opposition palestinienne à Damas le 23 janvier ne sont pour rassurer quant à l’avenir du pays.