Le 14 Mars « prêt à toutes les éventualités », souligne l’ancien président
Gemayel accuse l’opposition de vouloir « changer le système »
Gemayel accuse l’opposition de vouloir « changer le système »
L’ancien président de la République, Amine Gemayel, a accusé hier l’opposition de poser des « conditions rédhibitoires » à toute tentative de solution de la crise dans le but de changer le système. Estimant que l’opposition a « saboté » l’initiative de la Ligue arabe, il a indiqué que le 14 Mars continuerait d’œuvrer en vue d’une solution politique de la crise, mais qu’il était aussi « prêt à toutes les éventualités ».
M. Gemayel, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse à son domicile de Sin el-Fil, a commencé par saluer les efforts du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et affirmé que le camp du 14 Mars était disposé à coopérer pleinement pour aider au succès de sa mission.
« Il y a une harmonie totale entre la position du 14 Mars et l’interprétation donnée par la Ligue arabe » à son plan en trois points pour le règlement de la crise, a-t-il dit.
« Face à l’insistance de l’opposition pour une rencontre bilatérale avec le camp du 14 Mars, ce camp avait décidé de mandater l’un de ses membres chrétiens. Il a été d’abord décidé que ce serait l’un des deux candidats du 14 Mars à la présidentielle, Boutros Harb ou Nassib Lahoud. Le général Michel Aoun ayant insisté pour que le dialogue se fasse avec Saad Hariri, on a alors convenu avec le secrétaire général de la Ligue, et sur proposition de Samir Geagea, que je représente le 14 Mars aux côtés de Saad Hariri », a indiqué M. Gemayel.
« La réunion a donc eu lieu en toute bonne volonté et esprit d’ouverture. Nous sommes restés attachés à la candidature du général Michel Sleimane », a-t-il dit, précisant que la majorité avait mis au point un mécanisme d’amendement de la Constitution qu’elle exposera ultérieurement.
« Nous sommes aussi restés attachés au texte et à l’esprit du plan arabe, ainsi qu’à l’interprétation qui en a été faite par le secrétaire général et nous avons accepté d’abandonner la moitié plus un au sein du gouvernement, contre un abandon par l’opposition du tiers de blocage », a-t-il ajouté.
« Le secrétaire général de la Ligue et certains ministres arabes ont confirmé cette orientation et l’ont jugée conforme à leur interprétation du plan et à l’intérêt libanais. Mais l’opposition l’a rejetée », a-t-il noté.
« Nous nous sommes aussi montrés attachés à une loi électorale fondée sur le caza. Mais il nous est apparu, de manière incontestable, que l’opposition ne veut pas de solution. Chaque fois que nous progressons, nous nous heurtons à de nouvelles conditions rédhibitoires. Nous savons maintenant que même si nous acceptons d’accorder à l’opposition le tiers de blocage, il est absolument certain que celle-ci posera de nouvelles conditions rédhibitoires, comme par exemple un accord sur la déclaration ministérielle ou sur les noms de tous les ministres », a-t-il souligné.
Pas d’alternative
« Nous avons une conviction, née de ce que nous avons entendu au cours des rencontres : “ Nous cherchons à reconstituer le système”. Il est clair que l’opposition va bien au-delà d’une simple reconstitution du pouvoir, de la participation et du partenariat. Ce qu’elle veut, c’est changer le système au Liban, renverser le pacte et Taëf. Le plus dangereux c’est que nous ne savons pas quelle est l’alternative », a estimé M. Gemayel.
« L’opposition elle-même ne propose pas d’alternative. S’agit-il de perpétuer la vacance dans les institutions au bénéfice du mini-Etat du Hezbollah ? Cela d’autant que le Hezbollah est en train d’établir des institutions alternatives. L’objectif est-il de servir le pouvoir de décision du Hezbollah, surtout que ce dernier détient déjà celui de décréter la guerre et la paix ? Nous avons entendu le dernier discours de Hassan Nasrallah, dans lequel il se pose clairement en négociateur avec Israël. Où est donc le rôle de l’Etat ? s’est-il interrogé. Quel est le but derrière la volonté de faire échec à l’initiative de la Ligue arabe ? S’agit-il de revenir à l’unité de volet et de destin, chère à la Syrie ? Le vide sert les intérêts d’un camp particulier qui ne cache pas ses relations privilégiées et son alliance avec la Syrie », a-t-il encore dit.
A ce propos, M. Gemayel a évoqué les propos rapportés hier par le journal syrien al-Watan « qui laisse augurer de la reprise des enlèvements au Liban », ainsi que la campagne lancée par le quotidien Techrine contre le secrétaire général de la Ligue arabe. « Il semble que la Syrie cherche à vider le Liban de toute présence arabe et internationale afin de monopoliser à nouveau le pouvoir, par le biais de ses alliés », selon lui.
« Le sabotage de l’initiative arabe s’est accompagné d’une campagne menaçante dans la rue. Que personne ne nous dise que ces manifestations sont innocentes et apolitiques », a-t-il lancé.
Après avoir affirmé que la présidence de la République, le commandement de l’armée et le patriarcat maronite sont actuellement pris pour cibles, M. Gemayel a souligné la cohésion au sein du 14 Mars. « La solidarité entre les piliers de la révolution du Cèdre est aujourd’hui plus forte que jamais. Nous resterons constants. Nous ne céderons pas face aux menaces venant de la rue. Les manifestations qu’ils nous promettent ne nous font pas peur. Nous sommes déterminés à faire face à tous les événements. Nous sommes parfaitement conscients que la cause libanaise triomphera au bout du compte. Nous sommes prêts à toutes les éventualités. S’il y a des solutions politiques, nous sommes disposés à aller de l’avant. Dans le cas où d’autres méthodes étaient utilisées, il serait légitime pour chacun de défendre son droit », a-t-il conclu.