Le gouvernement amorce le dialogue avec les représentants des ouvriers, et l’armée avertit que l’ordre public est une « ligne rouge »
Grève dans les transports et l’agriculture, sur fond de dissensions syndicales
Grève dans les transports et l’agriculture, sur fond de dissensions syndicales
Dans un contexte de blocage politique, de stagnation économique et de flambée des prix, la CGTL et près d’une vingtaine de syndicats sectoriels proches de l’opposition, notamment dans les transports et l’agriculture, entrent aujourd’hui en grève pour une journée et organisent des manifestations dans plusieurs régions du pays. De leur côté, les formations ouvrières proches de la majorité boycottent un mouvement « politisé », privilégiant le dialogue avec le gouvernement et le patronat. En tout état de cause, et face aux craintes de débordements sécuritaires, l’armée a prévenu toutes les parties que l’ordre est « une ligne rouge qu’il est interdit de violer », indique-t-on de sources informées. Par ailleurs, soulignons que la grève pourrait affecter le ramassage scolaire, bien que le ministre de l’Education et de l’Enseignement supérieur ait annoncé que les écoles ouvriront normalement leurs portes aujourd’hui.
Plusieurs syndicats des transports ont ainsi publié un communiqué hier, déplorant l’attitude « des autorités qui ne prêtent aucune attention aux revendications des ouvriers (…) et tentent une fuite en avant en essayant de semer la discorde ». « Face aux positions irresponsables du président du Conseil, nous appelons à une grève démocratique et pacifique (aujourd’hui) jeudi, entre 6 heures et 18 heures », ont-ils ajouté.
Les organisations syndicales précitées ont en outre appelé les forces de l’ordre à « participer à la préservation du caractère pacifique du mouvement », avant de présenter leurs excuses aux usagers des transports en commun.
Pour sa part, le président de la CGTL, Ghassan Ghosn, a affirmé que les grévistes réclament la réévaluation à 900 mille livres du salaire minimum. « Nous ne voulons plus de promesses et nous réclamons la satisfaction immédiate de nos exigences », a-t-il poursuivi.
L’appui du CPL
De son côté, le syndicat des ouvriers agricoles a décidé de participer à la grève pour réclamer entre autres « le dédommagement des agriculteurs qui ont subi des pertes du fait de la guerre de juillet, la baisse du prix du mazout, le paiement du prix de l’huile d’olive et l’instauration d’une couverture sociale pour les agriculteurs ». Une dizaine d’autres formations syndicales ont également décidé de participer à la grève. Soulignons que plusieurs de ces organisations se sont déchaînées contre le gouvernement, dans leurs communiqués respectifs publiés hier, le qualifiant d’« amputé » et réclamant la formation d’un « gouvernement d’union nationale ».
Quant à la participation des parties de l’opposition à la grève, la section syndicale du Hezbollah a refusé de répondre à nos questions sur ce sujet. Le responsable de la section syndicale centrale au sein du CPL, Elie Hanna, a de son côté souligné, dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, que « le Courant patriotique soutient tout mouvement de revendication sociale », s’étonnant de l’attitude des syndicats qui ont décidé de boycotter la grève. « Ce ne sont pas les partisans du gouvernement qui se mobiliseront », a-t-il noté en revanche, indiquant que « le CPL ne forcera personne à participer aux défilés et n’interdira pas à ses militants de se joindre au mouvement ».
Du côté des détracteurs
Par contre, nombre d’organisations syndicales ont exprimé leur opposition à l’égard de la grève, déplorant le caractère politique du mouvement et insistant sur la nécessité du dialogue.
Par contre, nombre d’organisations syndicales ont exprimé leur opposition à l’égard de la grève, déplorant le caractère politique du mouvement et insistant sur la nécessité du dialogue.
Dans ce cadre, « le comité de salut » au sein de la CGTL et plusieurs délégués syndicaux des secteurs des transports, de l’agriculture et de l’éducation ont été reçus au Grand Sérail où ils ont évoqué les revendications sociales avec le Premier ministre Fouad Siniora. A l’issue de la rencontre, les syndicalistes Osmat Abdel-Samad, Youssef Muhieddine et Gaby Semaan ont tour à tour dénoncé la politisation des questions sociales, formulant des critiques à l’égard de l’action de la CGTL.
De son côté, le président de l’Association des industriels Fadi Abboud a indiqué que son organisme ne prendra pas part aux protestations « qui sont déplacées dans le contexte politique actuel », alors que des boulangeries ont annoncé qu’elles travailleront normalement demain.
Le président de l’Union des syndicats unis, Moussa Féghali, a quant à lui accusé la CGTL d’avoir organisé le mouvement social « à la demande de l’opposition ». « La confédération n’a pas bougé au cours des dernières années, bien que le problème de l’érosion des salaires se pose depuis 1996 et que les gouvernements étaient considérés légitimes par tout le monde », a-t-il lancé.
Pour sa part, Nabil Kharrat, membre de la direction de l’ordre des médecins, a souligné que son organisation ne manifestera pas « aux côtés de forces syndicales liées à des parties politiques ».
Même position du côté de l’Association des agriculteurs dont le président Antoine Hoayeck a affirmé que « la majorité et l’opposition sont autant responsables l’une que l’autre des conditions déplorables » des ouvriers du secteur. « Nous ne permettrons pas aux politiciens de nous imposer un calendrier de mouvements sociaux », a-t-il martelé.
Le point de vue du gouvernement
Interrogé par L’Orient-Le Jour, le ministre des Finances, Jihad Azour, a précisé que l’invitation à la rencontre du Grand Sérail a été adressée à tous les représentants des travailleurs des secteurs concernés, « sans exception, car il y a un besoin de rassembler le monde syndical ». Il a aussi indiqué que le comité de l’indice des prix devrait se réunir aujourd’hui, en présence des ministres concernés, « pour étudier la question du renchérissement des produits de consommation et élaborer des solutions ad hoc à ce problème, tout en prenant en considération la situation politique ». « Seul le rétablissement de la croissance peut améliorer les conditions sociales », a-t-il ajouté.
Interrogé par L’Orient-Le Jour, le ministre des Finances, Jihad Azour, a précisé que l’invitation à la rencontre du Grand Sérail a été adressée à tous les représentants des travailleurs des secteurs concernés, « sans exception, car il y a un besoin de rassembler le monde syndical ». Il a aussi indiqué que le comité de l’indice des prix devrait se réunir aujourd’hui, en présence des ministres concernés, « pour étudier la question du renchérissement des produits de consommation et élaborer des solutions ad hoc à ce problème, tout en prenant en considération la situation politique ». « Seul le rétablissement de la croissance peut améliorer les conditions sociales », a-t-il ajouté.
Prié de dire si une éventuelle réévaluation du salaire minimum est envisageable, Jihad Azour a souligné que «le gouvernement ne se montrera pas rigide à cet égard, mais l’on ne peut pas fixer a priori l’issue des négociations qui viennent de commencer ». « Seul le dialogue peut préserver les questions sociales des méandres de la politique et des pièges du populisme », a-t-il martelé.
Selon le ministre, les agriculteurs seront dédommagés des pertes qu’ils ont subies lors de la guerre de juillet 2006, après évaluation du montant des dommages causés par les bombardements, « car l’on ne peut pas dilapider l’agent du contribuable ». D’ailleurs, le Premier ministre a enjoint à la commission de secours de l’armée de procéder à l’évaluation des dommages causés par la guerre de juillet et par les intempéries. Sur un autre plan, Fouad Siniora a enjoint au ministre des Travaux publics et des Transports par intérim de suivre l’élaboration de la loi sur les transports publics avec les syndicats concernés et s’est engagé à régler le reste des sommes dues aux caisses scolaires.
Jihad Azour a en outre rappelé que les agriculteurs bénéficient de subventions de leurs exportations à hauteur de 60 milliards de livres, que les prêts agricoles sont subventionnés à hauteur de 85 milliards de livres et que les agriculteurs du tabac reçoivent quelque 85 milliards de subventions.