Exacerbation de la tension entre Damas et Ryad lors de la réunion des ministres arabes des AE au Caire
La Ligue appelle à l’élection de Sleimane dès le 11 février et charge Moussa de suivre l’application de son plan
La Ligue appelle à l’élection de Sleimane dès le 11 février et charge Moussa de suivre l’application de son plan
Après plus de 24 heures de concertations intensives, les chefs de diplomatie arabes qui se sont réunis hier au Caire n’ont réussi qu’à réitérer leur soutien unanime à l’initiative élaborée par le conseil de la Ligue. Alors que les rues libanaises étaient embrasées par les émeutiers qui ont attaqué les forces de l’ordre, les ministres arabes ont échoué à s’entendre sur une formule unique et concrète qui puisse faciliter le dénouement de la crise, et régler la question épineuse de la composition du prochain gouvernement.
Dans les faits, le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa et les chefs de diplomatie égyptien, saoudien, qatari, omanais et syrien ont mené à huis clos des concertations intensives au cours des dernières heures, pour essayer de régler le différend portant sur la répartition des portefeuilles ministériels au sein du futur cabinet. Il semble que des divergences aiguës soient apparues dès samedi soir entre les ministres saoudien, Saoud Fayçal, et égyptien, Ahmad Aboul-Gheit, d’un côté, et le chef de la diplomatie syrienne Walid Moallem de l’autre. La journée d’hier a alors connu une valse diplomatique menée par les 5 ministres arabes directement concernés et par le patron de la Ligue. Mais les 22 ministres de la Ligue se sont enfin réunis avec plus de deux heures de retard, alors que les émeutes avaient déjà éclaté dans les rues de Beyrouth, avant de gagner la Békaa et le sud du pays. Signalons que le représentant de l’Arabie saoudite, le prince Saoud Fayçal, visiblement agacé, a quitté la séance avant sa fin, refusant de répondre aux questions de la presse. Il s’agit probablement d’un signe reflétant les tensions entre Ryad et Damas. D’autant que, selon certaines sources, la menace de l’Egypte et de l’Arabie saoudite de déplacer le prochain sommet arabe, qui doit se tenir à Damas en mars prochain, devenait plus précise.
En tout étant de cause, le conseil ministériel de la Ligue a fini par publier un communiqué commun en sept points. En premier, les ministres arabes ont réitéré « leur soutien unanime à l’initiative de la Ligue », et affirmé qu’« ils continueront de déployer des efforts pour permettre l’application des tous les points de ce plan ». Ils ont également salué les efforts déployés par Amr Moussa – accusé par les journaux syriens de partialité en faveur de la majorité – et exhorté les parties libanaises à « poursuivre les rencontres entre l’opposition et la majorité, qui ont été amorcées par le secrétaire général de la Ligue, et à élire le candidat consensuel le général Michel Sleimane dès la prochaine séance parlementaire, prévue pour le 11 février ». Ils ont également appelé la majorité et l’opposition à mener « des consultations pour parvenir à un accord sur la formation d’un gouvernement d’union nationale et commencer à travailler pour l’élaboration d’une nouvelle loi électorale dès la formation du (nouveau) gouvernement ».
Pas de tiers de blocage
Les ministres arabes ont en outre mandaté le secrétaire général de la Ligue pour « aider les parties libanaises à régler leurs différends portant sur la composition du prochain gouvernement et à élaborer une entente entre elles ». « A l’ombre des divergences interlibanaises actuelles, la Ligue recommande aux parties libanaises de se baser sur le communiqué ministériel du cabinet en place, pour définir les orientations politiques du prochain gouvernement », a ajouté le communiqué.
Les chefs de la diplomatie arabe ont aussi incité les protagonistes locaux à « échanger des garanties pour rétablir entre eux une confiance mutuelle ». Ils ont par ailleurs déploré « les tensions qui règnent dans les rues libanaises ainsi que les échanges de campagnes médiatiques », exhortant les forces politiques à « faire preuve de retenue pour permettre l’application du plan arabe ». Le conseil ministériel de la Ligue a enfin annoncé qu’il gardera ses réunions ouvertes « pour suivre les prochains développements ».
Les ministres ont par ailleurs publié un second communiqué pour condamner fermement l’assassinat du commandant Wissam Eid, et insister sur l’importance de « la solidarité interlibanaise ».
A l’issue de la réunion, Amr Moussa a affirmé en réponse aux questions des journalistes que « les pays arabes se sont entendus à l’unanimité sur la candidature consensuelle du général Sleimane et se sont accordés sur le fait qu’il ne devrait pas y avoir d’obstacles constitutionnels entravant son élection ». « Nous nous sommes également entendus sur la formation d’un gouvernement d’union nationale au sein duquel aucune partie ne doit avoir la majorité absolue des sièges. De plus, l’opposition ne doit pas avoir le tiers de blocage. Reste à régler la question de la composition de ce gouvernement, en ce qui concerne les parts respectivement octroyées à chaque camp », a-t-il ajouté.
« Il faut élaborer une solution consensuelle et non pas adopter la vision de tel ou tel camp», a en outre martelé le secrétaire général de la Ligue. « Si le sang continue de couler, il sera impossible d’appliquer l’initiative. De nombreuses parties refuseront le chaos au Liban et adopteront une nouvelle approche à cet égard », a-t-il averti.
Un ministre, deux
délégations parlementaires
Samedi, le ministre de la Culture et des Affaires étrangères par intérim Tarek Mitri s’était rendu au Caire pour représenter le Liban à la réunion de la Ligue, aux côtés du secrétaire général par intérim du ministère des Affaires étrangères Bassam Nehmani, de l’ambassadeur Mohammad Hajjar et du conseiller Ibrahim Assaf. Les représentants officiels du gouvernement se sont retrouvés à bord du même vol que deux délégations de la majorité et de l’opposition qui se rendaient également au Caire pour soumettre séparément leurs mémorandums respectifs aux chefs de diplomatie arabes.
délégations parlementaires
Samedi, le ministre de la Culture et des Affaires étrangères par intérim Tarek Mitri s’était rendu au Caire pour représenter le Liban à la réunion de la Ligue, aux côtés du secrétaire général par intérim du ministère des Affaires étrangères Bassam Nehmani, de l’ambassadeur Mohammad Hajjar et du conseiller Ibrahim Assaf. Les représentants officiels du gouvernement se sont retrouvés à bord du même vol que deux délégations de la majorité et de l’opposition qui se rendaient également au Caire pour soumettre séparément leurs mémorandums respectifs aux chefs de diplomatie arabes.
Les députés de la majorité Samir Jisr, Jawad Boulos, Fayçal Sayegh, Kassem Abdel-Aziz et Antoine Zahra ainsi que Michel Moukattaf ont remis le document du 14 Mars au ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmad Aboul-Gheit. De leur côté, les députés Sélim Aoun, Oussama Saad et Nawwar Sahili, ainsi que le secrétaire général du Parlement ont remis leur mémorandum au directeur du cabinet de Amr Moussa, l’ambassadeur Hicham Youssef.
Avant son départ pour le Caire, le député Sahili a affirmé que l’opposition « demande aux ministres arabes d’être équitables et impartiaux ». « L’essence de la crise libanaise relève avant tout de la question de la participation au pouvoir et du partenariat dans la prise de décision », a-t-il ajouté.