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Moussa reprend jeudi sa médiation, alors que l’armée et son patron sont sur le gril

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Bernard Kouchner accuse l’Elysée d’être responsable du « fiasco franco-syro-libanais »
Moussa reprend jeudi sa médiation, alors que l’armée et son patron sont sur le gril


Ironiquement, à chacun de ses retours au Liban, le secrétaire général de la Ligue se trouve confronté à une situation encore plus inextricable et plus explosive qu’elle ne l’a été lors de sa précédente tournée beyrouthine. Ainsi, à la fin janvier, Amr Moussa avait quitté Beyrouth sur un constat d’échec, mais tout en étant du moins consolé par la certitude que l’armée fait l’objet du soutien unanime et inébranlable de toutes les parties, et que nul ne conteste la candidature « consensuelle » de Michel Sleimane à la présidence.


Mais la certitude orpheline de l’émissaire arabe semble avoir été balayée par les émeutes de Chiyah et la campagne menée dans l’ombre par les médias de l’opposition et les cercles proches de Damas contre l’armée et son patron. D’autant que, pour la première fois depuis Taëf, le Hezbollah s’en est directement pris à l’armée par la voix de son député Hussein Hajj Hassan, alors que l’ancien ministre Sleimane Frangié avait de son côté affirmé que « la candidature de Michel Sleimane est devenue moins consensuelle à (ses) yeux ».


« Notre problème n’est pas avec l’armée en tant que telle, mais avec certains de ses officiers qui servent les intérêts d’autres parties et non ceux de l’armée », a ainsi martelé le député du Hezbollah, avant de s’en prendre au chef du Courant du futur « dont la milice a tiré contre la troupe (en janvier 2007) sans que cette dernière ne riposte ».


Les propos tenus hier par Hussein Hajj Hassan ont résonné comme la détonation d’une charge explosive qui a atteint plusieurs cibles en même temps. En effet, Michel Sleimane a beau être l’unique candidat en lice à la magistrature suprême, il demeure avant tout le commandant en chef de l’armée. Une attaque verbale contre des subalternes traîne dans son sillage un message adressé directement au patron de la troupe.


Le Hezbollah serait-il donc redevenu réticent à l’élection de Michel Sleimane à la tête de l’Etat ? Des sources proches des milieux de Yarzé indiquent à cet égard que Hassan Nasrallah aurait contacté par téléphone le commandant en chef de l’armée hier, pour l’assurer de son plein soutien et lui indiquer que son parti n’est pas impliqué dans les campagnes médiatiques qui ont ciblé le général présidentiable et l’institution militaire au cours des dernières semaines. Pourtant, plusieurs ténors du parti de Dieu ainsi que son organe central, la chaîne al-Manar, avaient explicitement et à plusieurs reprises accusé l’armée d’avoir eu la gâchette facile dans la banlieue sud depuis 1993, ce qui ne manquera pas d’attiser la colère des habitants du fief hezbollahi – qui ont déjà les FSI dans leur collimateur – contre les forces de l’ordre.


Au-delà des méandres de l’élection présidentielle en tant que telle, plusieurs observateurs estiment que les propos de Hussein Hajj Hassan et plus généralement le discours du Hezbollah ont pour objectif de discréditer l’armée afin d’obliger cette dernière à s’enfermer dans ses casernes, si l’opposition décidait d’investir les rues, et de signifier par là même que la troupe n’est pas à même d’assumer les responsabilités de la défense nationale. Le gouvernement étant assiégé dans son Sérail, le Parlement paralysé et la magistrature suprême vacante, la troupe demeure en effet la dernière institution au sein de laquelle les Libanais, toutes appartenances confessionnelles confondues, se rencontrent. Saper les fondements de sa crédibilité permettrait d’ouvrir la voie à toutes sortes d’aventures sanglantes, similaires à la guerre de juillet ou aux incidents du 23 janvier 2007, transposés à plus grande échelle.


De plus, la conjoncture internationale n’est pas à l’avantage du Liban, selon certains milieux diplomatiques. Les Etats-Unis sont en effet submergés par la campagne électorale qui bat son plein quelques modestes mois avant le départ de George Bush. Alors qu’en France, un différend substantiel est apparu entre Bernard Kouchner et l’équipe de Nicolas Sarkozy, le patron du Quai d’Orsay ayant imputé à l’Elysée la responsabilité du « fiasco franco-syro-libanais », selon le quotidien Le Monde.


Amr Moussa retrouvera donc jeudi un Liban que l’on se plaît à faire danser encore plus près du bord du précipice. Et rien ne laisse présager que sa médiation pourrait aboutir à un dénouement miraculeux de la crise. D’ailleurs, après tout, comment un émissaire étranger réussira-t-il à sauver un pays dont une partie de la population est pyromane et s’obstine à vouloir l’incendier ?

المصدر:
l"orient le jour

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