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L’objectif de Sleimane : assurer une indispensable couverture politique à l’armée

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Les manifestants assument une grande part de responsabilité dans les émeutes de dimanche : ils n’ont pas demandé de permis…
L’objectif de Sleimane : assurer une indispensable couverture politique à l’armée
Philippe ABI-AKL


Les incidents de Mar Mikhaïl du 27 janvier dernier continuent de cristalliser l’attention de l’ensemble de l’échiquier politique local, surtout après la publication du communiqué du juge Fahd et l’arrestation de onze militaires et de six civils. Surtout, aussi, que l’enquête est loin d’être terminée…


Justement : certains pôles politiques, judiciaires et militaires demandent que cette enquête soit élargie ; qu’elle touche tous ceux qui ont pris part à l’organisation de la manifestation et ceux qui ont fourni les pneus aux protestataires. Parce qu’il est à noter que plusieurs taxis-services ont multiplié les allers-retours pendant trois jours pour déposer ces matériaux hautement inflammables dans un dépôt du quartier. Voilà pourquoi ces gens-là demandent que soient sanctionnés les leaders des manifestants et qu’ils assument leurs responsabilités – sachant que s’ils avaient prévenu le ministère de l’Intérieur, s’ils avaient bien délimité l’itinéraire, le lieu et la date de cette manif, les autorités concernées auraient pris toutes les mesures pour protéger les citoyens et fait en sorte de dynamiter les velléités détestables des cinquièmes colonnes… En d’autres termes, tout aurait pu être évité avec la présence des brigades antiémeute et de la Défense civile ; à ce sujet, un homme politique relève que cette absence de permis a ouvert la manif à tous les vents mauvais, d’autant que le quartier choisi est particulièrement sensible et que tout le monde connaît la propension de certains à semer la discorde, leur volonté de déstabiliser autant que possible, d’essayer par tous les moyens de briser la confiance entre armée et Résistance. D’où la nécessité que l’enquête mette l’accent sur le silence des organisateurs de la manif, qui n’ont pas jugé utile d’en avertir le ministère de l’Intérieur.


Effectivement, d’aucuns pensent que la cible première des émeutes de Mar Mikhaïl était l’armée ; que les commanditaires souhaitaient ardemment saper la capacité de la troupe à assurer l’ordre et la sécurité. Quant aux responsables politiques, leurs positions divergent : certains, au sein de l’opposition, parlent de crime et attaquent frontalement l’armée en lui faisant assumer le rôle de bourreau ; d’autres, même appartenant au 8 Mars, disent que c’est une catastrophe et évitent d’employer de gros mots. Ces politiques tentent d’ailleurs de demander à l’opposition, et surtout au Hezbollah, pourquoi ses gens ne se sont pas précipités pour reprendre le contrôle de la situation, pourquoi, avant toute chose, le Hezb a accepté que la manif se déroule dans un quartier encore une fois hypersensible…


Quoi qu’il en soit, il est vite apparu, de par certaines positions au sein du 8 Mars et de par les médias qui leur sont inféodés, que l’armée et son commandement étaient bel et bien la cible de ces émeutes : pour preuve, tout ce qui a été dit à leur propos et au sujet de cette cinquième colonne au sein de la troupe ou d’une décision de tirer prise par des soldats sans ordre préalable de leurs supérieurs. Plus encore : les critiques ne se sont pas arrêtées aux plans militaire et sécuritaire, mais ont vite fait de se placer dans le champ politique. Sleimane Frangié a été clair en disant que le général Sleimane n’est plus un candidat consensuel et que la confiance en lui n’est plus ce qu’elle était… Sauf que d’autres, dans l’opposition, n’ont pas été, du moins officiellement, du même avis…

 

Un trait d’union


En attendant, d’aucuns se demandent : si le général Sleimane avait renoncé à la présidence et s’était concentré sur le commandement de l’armée, est-ce que les manifs se seraient arrêtées ? Aurait-on cessé de recourir à la rue pour décrédibiliser l’institution militaire ? Les autres, ceux qui ont confiance en Michel Sleimane, se demandent eux qui assure en ces temps très difficiles à l’armée la couverture politique dont elle a réellement besoin. Personne, puisque les ponts sont totalement rompus entre les deux camps : ainsi, c’est le patron de l’armée lui-même qui se trouve dans l’obligation de jouer, à la place du ministre de la Défense, le rôle de trait d’union, de pont entre les deux rives. Surtout entre l’institution militaire et les deux camps politiques. Ce que fait Michel Sleimane vise uniquement à assurer cette couverture politique à l’armée, à la soutenir dans sa mission sécuritaire, dans sa volonté de préserver son unité ; et les contacts qu’il entreprend, c’est en sa qualité de patron de l’armée et pas de candidat à la présidence.


Sauf que noyé de critiques et d’attaques en tout genre, et privé de toute possibilité de riposte, le général Sleimane pourrait un beau jour démissionner, remercier ceux qui l’ont soutenu et appuyé sa candidature. Que ferait tout le monde dans ce cas-là ? Et que se passera-t-il si l’armée reste la cible de mille et une agressions ? Que veulent-ils : paralyser la troupe ? L’empêcher de contrôler la rue ?


En attendant, des sources diplomatiques continuent d’espérer, et parlent même de développements positifs dans la région ; des développements qui pourraient même aboutir à une élection présidentielle le 11 février, une date chère au cœur des Arabes… Parce que, dit l’un d’entre eux, si cette échéance n’est pas respectée, la Ligue prendra une position différente, et les Syriens en ont été informés : le lieu du prochain sommet, dans un mois, ne serait plus Damas, mais une autre capitale arabe.

المصدر:
l"orient le jour

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