Dimanche noir – Les conclusions de l’enquête révèlent

Dimanche noir – Les conclusions de l’enquête révèlent le manque total de coopération du mouvement Amal et du Hezbollah
Jean Fahd tient promesse et engage des poursuites contre les militaires et les civils impliqués dans la tuerie de Mar Mikhaël


Le parquet militaire a tenu parole. Deux semaines après les émeutes du « dimanche noir » de Chiyah-Mar Mikhaël (27 janvier), qui ont fait 7 morts et une cinquantaine de blessés, le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Jean Fahd, a engagé les poursuites dans cette affaire, au terme d’une réunion de synthèse tenue sous la présidence du procureur général près la Cour de cassation, Saïd Mirza, en présence d’un certain nombre d’officiers de sécurité.


Le commissaire du gouvernement a notamment souligné que les balles qui ont provoqué la mort de six civils ont été tirées « sans intention de tuer ». Les poursuites sont engagées contre deux militaires et 53 civils « en absence ».


La série de poursuites judiciaires se présente comme suit :
– Poursuites contre inconnu pour le meurtre d’Ahmad Hamzé (le responsable d’Amal tué au début des émeutes).


– Poursuites contre deux officiers et 11 soldats, dont deux en absence, pour avoir contrevenu aux consignes militaires et tiré en direction des manifestants, sans intention de tuer, provoquant la mort de 6 civils et en blessant d’autres.


– Poursuites contre un officier et cinq soldats pour avoir contrevenu aux consignes militaires dans l’exercice de leurs fonctions, sans atteinte à autrui.


– Poursuites contre des civils arrêtés pour port d’arme sans permis, participation aux émeutes, violence contre des militaires.


– Poursuites contre 58 civils, dont 53 en absence, ainsi que tout autre personne que révélera l’enquête, pour participation aux émeutes et violence à des militaires.


– Poursuite contre tout civil que l’enquête identifiera pour incendies de véhicules civils, atteinte à la propriété d’autrui, tentative de meurtre de militaires et de civils par balle et par grenade à main, dont un officier atteint à son casque, tirs sur des véhicules militaires.


– Poursuite contre toute personne identifiée comme ayant jeté une grenade à main dans le quartier de Aïn el-Remmaneh, dans le but de tuer ceux qui se trouvaient dans la rue.

 

L’absence de coopération


Ces poursuites appellent, bien entendu, des commentaires. Plus tôt dans la journée, par la voix du député Ali Khraiss, le mouvement Amal avait de nouveau réclamé hier « la poursuite de l’enquête sur le crime du dimanche noir à Mar Mikhaël », qui avait provoqué le décès de l’un de ses membres, Ahmad Hamzé.
C’est également l’une des priorités des enquêteurs, avait souligné une source indépendante, qui avait affirmé que l’enquête se heurtait à la difficulté d’identifier certains des manifestants, en raison du manque de coopération des organisations présentes dans la banlieue sud.


Notons qu’Ahmad Hamzé, responsable du comité de coordination du mouvement Amal, est la seule victime dont on est certain qu’il n’a pas été abattu par l’armée, puisqu’il est tombé sous une balle de kalachnikov, une arme que ne possédait pas la troupe déployée alors dans le secteur.


Les poursuites engagées établissent ce fait, ainsi que le manque de coopération d’Amal et du Hezbollah, puisque sur 58 civils poursuivis, seuls 5 sont arrêtés !


En outre, la mort de Hamzé continue de constituer une énigme pour les enquêteurs. L’hypothèse avancée par certains selon laquelle il aurait été abattu par un franc-tireur, à partir du toit d’un immeuble à Aïn el-Remmaneh, a été totalement exclue, après une vérification rigoureuse et le visionnage de tous les films tournés par les télévisions ainsi que l’interrogatoire de tous les correspondants de presse ayant couvert les incidents, et ayant parlé – hâtivement – de francs-tireurs.


Ce fut même l’une des grandes priorités des enquêteurs, qui se félicitent d’avoir pu, de la sorte, épargner au pays les éventuelles retombées confessionnelles des émeutes du dimanche noir.


Selon un document officiel communiqué à la presse la semaine dernière, les enquêteurs ont interrogé, en tout, 85 témoins oculaires civils, recueilli les dépositions des personnes blessées dans les incidents, les dépositions de 120 membres de la troupe, et ont parfaitement identifié toutes les personnes qui ont été filmées sur les toits des immeubles. Il s’agit exclusivement de militaires qui avaient été affectés à ces postes, qui ont été tous identifiés.

 

« Sans intention de tuer »


Par ailleurs, il est précisé dans les poursuites que les militaires ont tiré sur la foule « sans intention de tuer ». Cette précision confirme des explications avancées par des sources informées proches du dossier, qui ont attribué à « un moment de panique » le nombre élevé de morts et de blessés lors des émeutes.


Selon cette source, l’une des causes de cette panique était la crainte de voir les manifestations dégénérer et prendre une tournure confessionnelle, au voisinage immédiat du quartier à prédominance chrétienne de Aïn el-Remmaneh, où des jeunes gens prêts à l’action s’étaient massés.


Et la source d’expliquer aussi que les règles d’engagement au sein de l’armée ne sont pas celles qui ont cours au sein des FSI, soulignant en outre la pauvreté des moyens de la troupe, qui ne disposait même pas de grenades lacrymogènes, pour ne rien dire des balles en caoutchouc ou de canons à eau pour disperser les manifestants.

المصدر:
l"orient le jour

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