Siniora appelle les Libanais à se rendre « place de la Liberté » pour une journée d’« unité »
Le Liban politiquement divisé célèbre aujourd’hui la disparition de deux hommes que tout sépare. Dans la banlieue sud, le Hezbollah procédera à l’enterrement de Imad Moghniyé – cerveau militaire et numéro 9 du parti – assassiné hier à Damas par l’explosion de sa voiture qui avait été piégée. Au même moment, dans le centre-ville de la capitale, les partisans et sympathisants de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri assassiné le 14 février 2005 célébreront son souvenir pour la troisième année consécutive. En effet, et en dépit des tensions qui n’arrêtent pas de s’exprimer dans le pays sous forme de propos belliqueux et d’accrochages – notamment, dernier incident en date, celui de Mazraa mardi soir entre partisans du Courant du futur et sympathisants du mouvement Amal – les appels à la mobilisation se sont poursuivis hier en vue d’une participation massive au rassemblement qui débute à 10h place des Martyrs.
Prenant la parole en soirée dans un message à la nation, le Premier ministre Fouad Siniora a indiqué depuis le Sérail que « la troisième commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri intervient à l’heure où le Liban cherche encore la justice, la sécurité et la stabilité ». « Le Liban est à la recherche de l’Etat, celui de Taëf (…) Le pays attend aussi la justice, même si les coupables ont commencé à ressentir la menace que constitue pour eux le tribunal spécial pour le Liban. Toutefois, le tribunal ne les a toujours pas appréhendés », a souligné le Premier ministre.
Pour lui, « c’est le tribunal qui rend les ennemis de la justice aujourd’hui plus enragés encore » que par le passé. « Le rêve et la détermination demeurent, la détermination est forte », a martelé le Premier ministre, avant de souligner que l’ancien Premier ministre assassiné, Rafic Hariri, avait pour objectif de tisser des liens avec « tous les pays arabes, et en premier lieu avec la Syrie, un pays frère. Il désirait que les relations avec tous les pays arabes soient solides et équilibrées ». Le Premier ministre assassiné désirait également « que le Liban puisse s’ouvrir sur tous les pays du monde sauf Israël, parce que ce pays-là viole constamment le territoire libanais ». Appelant tous les Libanais à se rendre « demain (aujourd’hui) place de la Liberté, place des Martyrs », il a souhaité que cette journée puisse être celle du souvenir et a indiqué que « ceux qui n’y seront pas devraient réfléchir et trouver un moyen pour qu’à l’avenir, toutes les manifestations se fassent dans l’unité et pour que les victoires soient celles de tous les Libanais ». « La cause du Liban n’est pas la cause d’une fraction seulement du pays. Elle est celle de tout un pays, pas uniquement celle de la majorité ou de l’opposition. Cette cause a pour but de permettre aux Libanais de vivre librement, dignement » dans ce pays. « Pour toutes ces raisons, il faut se retrouver demain (aujourd’hui) place de la Liberté, parce que le peuple libanais désire compléter le processus amorcé par le président Hariri », a ajouté M. Siniora, tout en espérant que cette journée soit une journée d’unité. Il a relevé qu’il « ne faut pas oublier que l’élection d’un président de la République reste la priorité, la priorité de tous les Libanais ».
Le mufti
Plus tôt dans la journée, le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, avait visité le mausolée de Rafic Hariri à la tête d’une importante délégation de muftis, d’ulémas et de juges religieux. Mohammad Rachid Kabbani a indiqué que « les Libanais attendent du tribunal spécial pour le Liban une décision et des sanctions historiques ». A noter que l’ambassadeur de Russie Sergueï Boukine visitera également la tombe de Rafic Hariri ce soir à 19h et y déposera une gerbe de fleurs à sa mémoire.
De son côté, le ministre démissionnaire des Affaires étrangères (AE), Faouzi Salloukh, a publié hier une circulaire adressée à toutes les ambassades libanaises dans laquelle il a invité tous les ressortissants libanais à participer « à la commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri (…) Il convient à cette occasion de s’attacher aux valeurs défendues par ce grand homme dont la présence était facteur de tranquillité » pour le pays, a précisé M. Salloukh.
La Rencontre libanaise unie a pour sa part exhorté les habitants du Nord à une large participation au meeting d’aujourd’hui. A l’issue de la réunion qui a eu lieu à Tripoli, la Rencontre a souhaité que les Libanais prennent part à cette commémoration car « la participation massive et efficace (…) permet de consolider l’unité nationale et la coexistence (…) et de préserver les institutions ainsi que la souveraineté et l’indépendance » du pays. Dans ce même contexte, les jeunes du Courant du futur ont tenu un meeting également à Tripoli, dans l’enceinte de la faculté de droit de l’Université libanaise (UL). Ils ont affirmé à cette occasion que « la révolution du Cèdre se poursuivra et ne s’arrêtera qu’avec le retour de la démocratie et des institutions ».
Les Forces libanaises
A Batroun, au cours du dîner annuel du parti des Forces libanaises à l’occasion de la fête de la Saint-Maron, le parti a appelé ses sympathisants à « participer massivement à la commémoration du 14 février pour que la révolution du Cèdre » puisse être consolidée et poursuivie.
Dans la Békaa, le Parti national libéral (PNL) a appelé ses sympathisants à se rendre en nombre, place des Martyrs, « en signe de loyauté au martyr Rafic Hariri et afin de soutenir la révolution du Cèdre ».
A Beyrouth, les ligues et associations de Tarik Jdidé ont organisé hier un rassemblement populaire sur le thème de « La pensée et la vie de Rafic Hariri ». L’une des participantes, Nohad Zeidan, a assuré que « les dames de Beyrouth seront au rendez-vous, le 14 février, place des Martyrs ».
L’ancien Premier ministre Rachid Solh a quant à lui exprimé sa « profonde tristesse pour l’absence du président Hariri » et a souhaité que « tous les responsables se montrent compréhensifs les uns avec les autres pour sauver le Liban ». L’ancien député Hussein Yatim a pour sa part espéré que la journée du 14 février puisse être « un jour d’amour et d’entente » et qu’il débouche sur l’élection du nouveau président de la République.
Les syndicats et associations ont également appelé à une grande participation demain. Ainsi la Chambre de commerce et d’industrie de Beyrouth et du Mont-Liban a insisté sur « la nécessité de participer à la commémoration du martyre » de Rafic Hariri. De même le syndicat des sociétés touristiques de Beyrouth a souhaité que « le rêve de Rafic Hariri puisse être réalisé », soulignant que pour que ceci devienne possible, il fallait participer au meeting, place des Martyrs.