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14 février 2008 Pour sauver le Liban

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14 février 2008 Pour sauver le Liban


Des dizaines de milliers de Libanais se sont retrouvés sur la Place des Martyrs pour rendre hommage à Rafic Hariri, trois ans après sa mort. A quelques kilomètres de là, dans la banlieue sud, en début d”après-midi, le Hezbollah et ses partisans ont enterré l”un des leurs, Imad Moughnié, assassiné deux jours auparavant dans un attentat à la voiture piégée à Damas.


Le temps n”est pas vraiment de la partie pour célébrer le troisième anniversaire de la mort de Rafic Hariri. La pluie tombe presque sans discontinuer en ce début de matinée. Sur la route menant au centre-ville, les partisans du 14 mars ont troqué le drapeau libanais contre le parapluie. Les couleurs de la patrie, ils les portent en foulard sur les épaules. Mais ça n”empêche pas quelques dizaines de milliers de personnes (des centaines de milliers selon les organisateurs) d”affluer vers la place. A 13h, de nouveaux partisans continuent à rejoindre le centre-ville. Et, pour éviter les embouteillages à l”entrée de Beyrouth, des navettes ont transporté les manifestants par la mer depuis le nord de Beyrouth vers le port de Saint-Georges. «On ne va pas rester à la maison et rater ça sous prétexte d”être mouillé!», s”amuse Christine. La trentenaire n”en est pas à sa première manifestation. Elle vient chaque année. «J”apporte ma petite pierre à l”édifice de la liberté», s”exclame-t-elle. «Et je continuerai tant que notre souveraineté ne sera pas absolue».


De toute façon, les organisateurs ont paré aux intempéries. Ils jettent à la foule des Kways pour les protéger de la pluie. Du coup, la manifestation a des airs d”après-naufrage… et parfois même de décharge. A 9 heures déjà, des bouteilles d”eau vides et des emballages plastiques recouvrent la place parsemée de flaques d”eau.
Si la plupart des Kways sont bleus, on en trouve aussi étrangement des jaunes ou orange, couleurs attribuées normalement à l”opposition. Un homme muni de l”un d”eux d”un jaune translucide se vexe quand on lui demande s”il est un partisan de Hezbollah. «C”est important de montrer qu”on n”oublie pas Rafic Hariri, que son héritage est préservé. C”est un jour triste, puisque c”est l”anniversaire de sa mort. Mais en même temps, nous venons faire la fête, montrer à tout le monde que personne ne pourra nous reprendre notre indépendance!». «Un très vieux monsieur m”expliquait gaiement que c”était la fête de l”Indépendance pour lui aujourd”hui. Il se réjouissait de cette manifestation», raconte Nayla, une journaliste, elle aussi d”humeur radieuse. D”ailleurs, quelques groupes de jeunes, au son de la musique et des tambours, dansent la dabké, malgré les flaques d”eau qui dévorent la place. Rania, un professeur d”arabe, est là, car «cheikh Hariri nous l”a demandé». «Il nous a demandé de venir montrer notre refus de voir la Syrie et l”Iran mettre la main sur notre pays. Je ne pouvais pas ne pas répondre à cet appel».


Pour assurer une participation massive au rassemblement, tous les ténors du 14 mars s”étaient lancés depuis plusieurs jours dans une campagne de mobilisation de leurs partisans.


Liberté, souveraineté, indépendance, le slogan de 2005 est toujours présent dans les esprits. «C”est pour ça que je suis là», explique Wafa, venue accompagnée de son fils. «Pour ma patrie». Wafa reconnaît que chaque Libanais a sa propre définition de la patrie. «On ne pourra changer ça que grâce à l”éducation. C”est à l”école d”apprendre à nos jeunes à devenir de véritables citoyens, pour qu”enfin, le Liban réunisse tout le monde, pour qu”il n”y ait plus deux clans opposés».


Si Wafa a un discours pacifique, certains manifestants montrent clairement leur hostilité à l”autre camp. Un jeune garçon plante un coup de pied rageur dans une pancarte représentant le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, ce qui fait rire à gorge déployée ses comparses. Un homme plus âgé dresse un panneau représentant Michel Aoun avec une légende pour le moins insultante. Bachar el-Assad fait aussi partie des vilipendés. D”ailleurs, comme pour inaugurer l”événement, les manifestants s”essuient les pieds sur une affiche du président syrien.


La manifestation a été placée sous haute sécurité pour parer à tout dérapage. La circulation des motos a été interdite. Les commerces et les écoles sont restés fermés en cette journée décrétée fériée. Pour arriver à la Place des Martyrs, après de nombreuses déviations, il faut d”abord montrer patte blanche. Les policiers ont placé des barrages et fouillent les manifestants. Le service d”ordre du 14 mars revêtu de bleu veille lui aussi au grain. En 2007, on craignait des dérives entre partisans de la majorité et de l”opposition à cause du village des tentes installées face à la Place des Martyrs. Le rideau de fer séparant les deux places est toujours là. Les forces spéciales de sécurité se tiennent en cordon devant lui. Derrière, les soldats sont postés sur les tanks. Mais de toute façon, le village semble quasi désert.

 

Mettre fin à l”impunité


Parmi les portraits de Rafic Hariri brandis, Tania tranche dans la foule. Elle a préféré se munir de l”effigie de Michel Sleimane. «C”est le président que tous les Libanais veulent, que le 14 mars soutient. Une fois qu”il sera élu, tout rentrera dans l”ordre. Quand est-ce que l”opposition va le comprendre? Le 8 mars se moque du pays, ce sont des marionnettes de la Syrie. Nous, nous voulons le bien du Liban», dit-elle. C”est l”un des objectifs fixés par Saad Hariri lors de son appel aux Libanais à venir manifester: réclamer l”élection d”un nouveau président en passant par le Parlement. Zeinab porte un autocollant marqué The Truth sur le front: «Nous voulons toujours la même chose: que le tribunal international juge les assassins de Rafic Hariri. Nous voulons la vérité!».


Ahmed est venu pour dire non aux ingérences étrangères. «Nous ne voulons pas que la Syrie et l”Iran s”occupent de nos affaires», affirme ce jeune étudiant. Mais qu”en est-il des ingérences des Etats-Unis et de la France? «Ca n”a rien à voir. Je préfère que les Américains et les Français nous soutiennent. Ils donnent de l”argent pour le Liban, ils créent des entreprises», explique ce détenteur d”une licence, actuellement au chômage. Pour Zulficar, installé sous la statue des Martyrs, sur laquelle les partisans sont en train de grimper, la manifestation a plusieurs significations: «Refuser l”impunité au Liban, refuser les attentats commis par la Syrie. Le 14 mars se bat contre ça. C”est bien pour ça que ses députés sont toujours la cible des terroristes. On ne veut plus d”insécurité. On veut la paix!». Rabih est venu avec ses enfants et ceux de son frère. Les six gamins sont trempés, ils semblent transis de froid. Mais, pour Rabih, il n”était pas question qu”ils n”assistent pas au rassemblement. «C”est l”avenir de notre pays qui est en jeu», dit-il en désignant la foule. «C”est ce que je veux pour mes enfants, l”indépendance, la paix. Qu”ils puissent grandir dans un climat normal!».
Le matin même, dans un taxi, une vieille femme se lamentait: «La place Riad el-Solh est pour le Hezbollah, la Place des Martyrs pour Hariri et ses alliés, Sassine pour les Forces libanaises. Et le Liban dans tout ça? Khalass!». Tout ce qu”elle voudrait, elle, c”est voir son pays uni et non deux camps s”entredéchirer.

 

Inauguration du parc
A 10h, le frère de Rafic Hariri, Chafic Hariri, a inauguré le nouveau mémorial en l”honneur de l”ancien Premier ministre. Une flamme a été allumée au nom de Rafic Hariri et des personnes décédées avec lui dans l”attentat du 14 février 2005. Dans un discours enregistré, l”épouse du défunt, Nazek Hariri, a dénoncé l”instabilité et les attentats que connaît le pays des Cèdres depuis 3 ans, avant d”appeler à l”union des chrétiens et des musulmans, «un seul cœur, un seul drapeau, un seul impératif, le Liban». A 12h55 ­ heure du décès de Rafic Hariri ­ , la flamme du jardin s”est allumée pour la première fois, tandis que retentissaient les cloches et les minarets.

المصدر:
l"orient le jour

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