Joumblatt prévient : Le Hezbollah peut glisser vers un « terrorisme à la Abou Nidal »

Le chef du PSP poursuit sa campagne contre le parti de Dieu
Joumblatt prévient : Le Hezbollah peut glisser vers un « terrorisme à la Abou Nidal »


Le chef du PSP, Walid Joumblatt, a prévenu hier que le Hezbollah, qu’il n’a pas explicitement nommé, pourrait glisser progressivement vers un terrorisme façon Abou Nidal. Poursuivant sa campagne contre le parti de Dieu, il a fustigé ses « guerres ouvertes » et estimé que « les récents événements ont montré que ceux qui montent à la tribune ne sont pas ceux qui ont le pouvoir de décision », suggérant ainsi que Hassan Nasrallah joue un rôle subalterne au sein de sa formation.


« Une fois de plus, les hommes libres du Liban ont démontré leur attachement au système démocratique, et leur détermination à parachever le processus de souveraineté et d’indépendance en dépit de toutes les tentatives de semer la terreur et de tous les assassinats politiques perpétrés ces derniers mois », écrit M. Joumblatt dans le cadre de son intervention hebdomadaire dans l’organe du PSP, al-Anba’.


« Ces tentatives ont visé à anéantir tous les fondements de la paix civile ainsi que les grands succès réalisés par Rafic Hariri avec toutes les forces démocratiques du Liban », selon lui.


« Les hommes libres du Liban ont relevé le défi et montré qu’ils ne se soumettraient pas au chantage politique, au piratage et à la terreur, et qu’ils n’ont aucun respect à l’égard de pratiques qui contredisent leur patrimoine politique et les règles minimales de l’action démocratique », ajoute-t-il.


« Le public du 14 Mars a prouvé qu’il était capable d’exprimer ses aspirations politiques de façon civilisée et pacifique, conformément aux règles démocratiques. Tout le contraire des scènes de pneus brûlés, de routes fermées, de voitures cassées, d’agressions sur les biens publics et privés, et de populations terrorisées. Ces scènes tiennent davantage des thrillers de terrorisme que de la liberté d’expression », souligne M. Joumblatt.
« La scène du rassemblement des hommes libres, le 14 février, a donné l’image réelle d’un Liban qui a toujours été le phare de la liberté face aux dictatures, une position avancée de la démocratie dans la confrontation avec les tyrans. Inversement, d’autres scènes ont offert la noirceur totale comme modèle de l’avenir qu’ils ambitionnent pour le Liban et le discours fondé sur les accusations de trahison comme alternative à l’action politique. Mais surtout, elles ont montré la consécration publique du concept du Liban théâtre de conflits, un concept dont ils ont érigé les fondements en sabotant systématiquement les institutions, la Constitution et Taëf », poursuit-il.


« Leur discours a illustré parfaitement le divorce total d’avec le projet de l’Etat et leur volonté de persévérer dans leur propre projet au détriment de la formule libanaise. Ils veulent maintenir leurs armes jusqu’à la fin du conflit arabo-israélien et garder le Liban comme théâtre de confrontation ouverte, où les guerres sont déclenchées conformément à leurs calculs, leurs intérêts et leurs conditions. Et cela en dépit du fait que le territoire libanais a été entièrement libéré, à l’exception des fermes de Chebaa, dont la libanité doit encore être déterminée en vertu d’un tracé de la frontière avec la Syrie », dit-il.


« Ils ont clairement évoqué une transposition du terrain de la bataille, comme si le territoire syrien occupé ne convenait pas à la guerre. L’objectif est toujours de négocier à travers le Liban et en utilisant exclusivement son territoire », accuse M. Joumblatt.


« Ainsi, des rapports turcs et autres dévoilent qu’il y a eu de nouvelles rencontres entre le négociateur syrien Ibrahim Sleimane et des responsables israéliens en Turquie, et en présence de dirigeants turcs. La question qui se pose est de savoir pourquoi le Syrien négocie alors que son territoire est occupé, et pourquoi le Libanais fait la guerre alors que le sien est libéré », souligne-t-il.

 

Pas de représentant syrien aux funérailles de Moghniyé


« Quel est donc le rôle de la Résistance après la libération de la terre ? Au moment où le dialogue national s’était rapproché de l’examen de la stratégie défensive et des moyens de protéger le Liban (juin-juillet 2006), la guerre de juillet a éclaté, puis on a vu le sabotage et les accusations de trahison se succéder », lance-t-il.
« Si cette Résistance ne souhaite pas s’intégrer à l’Etat et à ses institutions, en vertu d’une stratégie défensive claire, cela la conduira progressivement à glisser vers un terrorisme façon Abou Nidal (chef du Fateh-CR, aujourd’hui décédé, auteur de nombreuses opérations terroristes dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix). Cela anéantira définitivement ce qui a été acquis au niveau de la libération du territoire. Car il est très facile de mener des opérations militaires et d’allumer des guerres, mais le résultat en sera de nouveau une destruction de la patrie, un exode de plus des habitants du Sud qui ont souffert durant des décennies et un surcoût financier énorme pour le Liban », ajoute-t-il.


« Le modèle des mouvements d’émancipation qui ont adhéré à la démocratie et au pluralisme a été extrêmement rare, surtout lorsque ces mouvements sont soutenus par des dictatures répressives. C’est hélas ce qui se passe au Liban », relève-t-il. « Allons-nous donc nous attendre à ce que des forces qui œuvrent sous des slogans locaux, mais qui sont soutenues régionalement, soutiennent la formule unique du Liban dans la coexistence ?  demande-t-il. Et si ce soutien régional s’efface par moments, dans la mesure où l’on n’a vu aucun émissaire syrien aux funérailles de Imad Moghniyé, un tel abandon dans des instants difficiles ne suscite-t-il pas des interrogations ? »


« La pratique des forces résistantes dans divers domaines suscite des questions, comme par exemple celle des débris humains dont on parle de temps à autre. Pourquoi ces débris ne sont-ils pas remis à l’Etat libanais pour que lui-même négocie dans ce dossier ? Et qu’en est-il du dossier de Ron Arad, qui apparaît parfois et disparaît à d’autres moments, en fonction de circonstances et de données qui ne correspondent pas nécessairement à l’intérêt national supérieur ? » s’interroge-t-il encore.


« Les derniers événements, notamment les liquidations qui ont eu lieu et les discours qui ont suivi, tendent à suggérer que ceux qui montent sur les tribunes ne sont pas nécessairement ceux qui ont le pouvoir de décision. Ils ne sont peut-être que chargés de rendre publiques ces décisions. Il est clair qu’il existe une structure politico-militaire au-dessus des têtes de ceux qui hurlent et menacent, note-t-il. Voilà pourquoi il faut dire :

 

assez, assez de miser sur l’étranger, assez de guerres absurdes ouvertes, assez de projets parallèles, voire en contradiction avec le projet de l’Etat libanais. Il est temps d’entrer totalement dans le projet de l’Etat, seul capable de dissiper les craintes de tous les Libanais et prendre sous sa protection toutes les orientations. »
« Et ne quitteront le Liban que ceux qui rejettent le caractère définitif de la nation, et refusent de reconnaître son Etat et son système démocratique », conclut-il en réponse à Hassan Nasrallah.

المصدر:
l"orient le jour

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