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Moussa de retour demain à Beyrouth alors que le différend syro-saoudien demeure à son apogée

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L’opposition rejette la formule gouvernementale 13+7+10 et exige la 10×3, sans droit de vote pour les ministres du chef de l’Etat
Moussa de retour demain à Beyrouth alors que le différend syro-saoudien demeure à son apogée



Comment semer la peur en quelques jours… D’abord, l’Arabie saoudite conseille à ses ressortissants de ne pas se rendre au Liban, et le même jour, la France décide de fermer « provisoirement » deux centres culturels rattachés à son ambassade. Quelques jours plus tard, c’est au tour de l’ambassade du Koweït d’être menacée directement, et par téléphone interposé : « Je vais tirer deux roquettes sur l’ambassade pour la détruire sur vos têtes », a ainsi indiqué sans ambages un inconnu à Tarek el-Hamad, le chargé d’affaires de l’ambassade. Une heure plus tard, le Koweït conseillait à ses ressortissants de s’abstenir de se rendre au Liban. Même si le Premier ministre Fouad Siniora a choisi depuis Paris de minimiser l’événement, en affirmant que « c’était simplement une mesure de précaution qui a été donnée par l’ambassadeur du Koweït et je suis persuadé qu’elle ne doit pas être exagérée », il n’en reste pas moins que des rumeurs ont également circulé concernant un éventuel retrait du contingent espagnol de la Finul. Il y a quelques jours, le Qatar retirait son contingent de la force de maintien de paix, prétextant « une décision de longue date ».

 

 Mais concernant un éventuel retrait du contingent espagnol, une source diplomatique interrogée par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, a déclaré à cet égard que « certains misent sur la détermination du Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero. Ce dernier avait promis de retirer ses troupes d’Irak, et il l’a fait. Certaines parties misent sur un parallèle qui serait fait avec le Liban, surtout que 6 Casques bleus espagnols ont déjà péri dans un attentat au sud du pays, l’année dernière ». L’ambassade espagnole s’est toutefois empressée de démentir ces rumeurs.


Quoi qu’il en soit, le climat qui règne n’est pas de nature à rassurer les Libanais. Tout se passe comme s’il existait une volonté délibérée de vider le Liban de toute présence étrangère afin de l’isoler concrètement et physiquement. Refermer le pays sur lui-même, l’éloigner de l’attention que la communauté internationale lui porte, et peut-être couper court dans une dernière tentative, aussi désespérée qu’inutile, à la mise en place du tribunal spécial pour le Liban. Ces signaux, à la veille de l’arrivée du secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa à Beyrouth – qui de surcroît a ajourné son arrivée à demain samedi alors qu’il était supposé atterrir ce soir à l’aéroport de Beyrouth – ne laissent pas présager le succès de son énième entreprise.


« Il y a du nouveau » dans l’initiative arabe, a laissé pourtant entendre Hicham Youssef, le chargé d’affaires de Amr Moussa. M. Youssef a en effet tenté de proposer à l’opposition la formule 13+7+10, mais cette dernière l’a rejetée en soutenant que celle-ci avait été avancée par la majorité, et qu’elle est donc, par hypothèse, inacceptable. Ensuite, le 8 Mars a posé ses conditions à Hicham Youssef : soit le tiers de blocage, soit 10+10+10, mais dans ce cas, les ministres affiliés au président de la République seraient privés du droit de vote en Conseil des ministres… Cela en dit long sur la confiance témoignée par l’opposition à un Michel Sleimane qui, depuis Yarzé, a pourtant assuré qu’il n’accepterait « jamais d’être élu à la majorité absolue », car il se considère comme « un candidat de consensus, non de confrontation ».

 

Le différend syro-saoudien
au cœur du blocage


C’est dans ce contexte que le président français, Nicolas Sarkozy, a appelé hier « à la mise en œuvre du plan arabe (…) et à l’élection sans délai de Michel Sleimane à la présidence de la République du Liban avant le sommet arabe de Damas ». M. Sarkozy, tout en réitérant la « totale disponibilité » de la France pour aider à la résolution de la crise, a soutenu qu’une action « dans le cadre arabe restait la solution la plus propice ».

 

 Il n’y aura donc pas, comme le laissaient entendre certaines sources diplomatiques, de délégation conjointe arabo-européenne dont le rôle serait de donner encore plus de poids à la feuille de route arabe, qui décidément se perd de plus en plus dans les dédales de la politique libanaise. Une décision de l’Administration américaine mérite toutefois d’être relevée : le gel des avoirs d’un cousin du président syrien Bachar el-Assad, l’homme d’affaires Rami Makhlouf. Ce dernier est considéré comme étant le numéro 5 de la famille « régnante » syrienne. Autant dire que l’étau se resserre, mais que de toute évidence, ces pressions demeurent insuffisantes pour assouplir le blocage syrien au niveau de l’échéance présidentielle, car le cœur du problème se situerait actuellement au niveau des relations syro-saoudiennes. A en croire un responsable saoudien, qui a requis l’anonymat, cité par l’AFP, « les relations avec le gouvernement syrien sont en crise et la raison principale en est le Liban, Damas n’ayant pas adhéré aux différents efforts déployés, dont l’initiative arabe, pour l’élection d’un président de consensus ». Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud el-Fayçal avait d’ores et déjà lancé un appel mercredi « à tous ceux qui ont de l’influence pour favoriser le succès de l’initiative arabe », avertissant que le Liban était « au bord de la guerre civile ». Le royaume estime ainsi que le gouvernement syrien « bloque le dernier plan arabe, pourtant adopté avec l’accord de la Syrie », a également rappelé à l’AFP Mohammad al-Zulfa, membre du Conseil consultatif saoudien. Ryad est, en outre, « contrarié par l’influence croissante de l’Iran au Liban et dans la région aux dépens des intérêts arabes, avec l’aide de la Syrie ». « La question du tribunal international (…) est une autre cause de la crise », a aussi indiqué l’universitaire saoudien Khaled al-Dakhil. « Damas définit ses relations avec les autres pays en fonction de l’attitude de ceux-ci à l’égard du tribunal. Et comme Ryad soutient l’instauration du tribunal, le régime syrien y voit une position inamicale, voire hostile, ce qui a conduit à la crise » entre les deux pays, a-t-il expliqué.

 

 Le régime syrien accuse Ryad « de chercher à internationaliser la crise libanaise, estimant que la récente tournée du prince Saoud à Paris, Berlin, Londres, Moscou, Washington et New York avait été effectuée à cette fin, mais aussi pour hâter l’instauration du tribunal », a d’autre part affirmé à l’AFP un diplomate arabe à Ryad.


Dans ce contexte, il convient de rappeler que le royaume wahhabite n’a toujours pas, à l’heure qu’il est, été convié à prendre part au sommet arabe, dont il assure néanmoins la présidence. Pourtant, le 29 mars prochain, Ryad devrait passer le flambeau à Damas pour l’année 2008. Le Liban non plus n’a pas encore été convié, faute de président de la République en exercice.

المصدر:
l"orient le jour

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