Moussa de retour pour une ultime médiation ; majorité et opposition s’accusent mutuellement d’entraver l’initiative arabe
Gemayel, Hariri et Aoun se sont rencontrés hier au Parlement et devraient poursuivre leur dialogue aujourd’hui
Gemayel, Hariri et Aoun se sont rencontrés hier au Parlement et devraient poursuivre leur dialogue aujourd’hui
Au moment où le monarque saoudien s’entretenait de la crise libanaise avec le président égyptien à Ryad, le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa est revenu hier à Beyrouth, pour poursuivre sa mission de bons offices. L’émissaire arabe devrait tenter d’arracher un accord de dernière minute aux protagonistes libanais, afin de faire appliquer la feuille de route arabe et de mettre un terme à la vacance de la magistrature suprême qui semble menacer de plus en plus la tenue du sommet de Damas.
C’est donc dans un climat régional fort tendu que Amr Moussa a parrainé hier soir une nouvelle réunion au Parlement entre l’ancien président Amine Gemayel, et les députés Saad Hariri et Michel Aoun, après avoir tenu un huis-clos avec le chef du CPL. La réunion entre les représentants de la majorité et de l’opposition a duré plus de quatre heures, avant d’être levée peu après minuit. Les trois pôles devraient se rencontrer de nouveau aujourd’hui pour poursuivre leur dialogue et tenter de parvenir à un accord.
Des sources diplomatiques informées ont indiqué à cet égard à notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, que l’émissaire de la Ligue n’a pas désespéré de pouvoir faciliter le dénouement de la crise, d’autant que l’essence du différend réside dans la composition du prochain cabinet, alors que les premier et troisième points ne suscitent aucun problème. Selon les sources précitées, la majorité aurait mal interprété les exigences de l’opposition en matière de garanties, et qui lui ont été transmises par le directeur du cabinet de Amr Moussa, l’ambassadeur Hicham Youssef.
Auparavant, Amr Moussa avait rencontré le président de la Chambre Nabih Berry, en présence du député du mouvement Amal, Ali Hassan Khalil. L’émissaire arabe et le chef d’Amal ont ensuite conféré à huis-clos près d’une heure durant. De source informée, on indique que Nabih Berry aurait expliqué les revendications de l’opposition au patron de la Ligue. Le secrétaire général de la Ligue a ensuite quitté Aïn el-Tiné, sans faire de déclaration à la presse.
Au Grand Sérail, Amr Moussa s’est entretenu pendant quelques minutes avec le chef du PSP Walid Joumblatt, qu’il a croisé à sa sortie d’une rencontre avec le Premier ministre Fouad Siniora. Le secrétaire général de la Ligue arabe a ensuite conféré avec le président du Conseil.
Les réactions de la majorité et de l’opposition
Amr Moussa s’est également rendu à Koraytem, où il été reçu par le chef du Courant du futur Saad Hariri, en présence de l’ancien président de la République Amine Gemayel, du vice-président de la Chambre Farid Makari, de l’ancien député Ghattas Khoury, de l’ambassadeur Abdel-Rahmane Solh et de l’ambassadeur Hicham Youssef.
Par ailleurs, plusieurs personnalités des deux camps ont réagi à la poursuite de la médiation de Amr Moussa à Beyrouth.
Ainsi, le député du PSP Waël Bou Faour a accusé le 8 Mars de « chercher à provoquer l’échec de l’initiative arabe, en imposant des conditions rédhibitoires, consistant à démunir les ministres du président de la République de leur droit de vote lors des réunions du Conseil, à astreindre tous les gouvernements futurs à adopter la déclaration ministérielle du cabinet actuel et à imposer la règle des 3×10 comme coutume à respecter dans la formation de tous les gouvernements à venir. Les propos tenus par le député Michel Aoun qui avait affirmé qu’il n’est nul besoin d’organiser une nouvelle réunion au Parlement s’il n’y a rien de nouveau montre que le 8 Mars cherche à enterrer la feuille de route arabe », a-t-il ajouté.
De son côté, le député Samir Frangié a souligné que « le sommet arabe de Damas ne sera pas tenu si un chef de l’Etat n’est pas élu », avant de déplorer « les interminables exigences de l’opposition ». Le député des FL Antoine Zahra a pour sa part réitéré l’attachement de la majorité à l’initiative arabe, accusant le 8 Mars, l’Iran et la Syrie de chercher à entraver l’application du plan de la Ligue.
Du côté de l’opposition, le député du mouvement Amal Ayoub Hmayyed a invité « les pays arabes à jouer un rôle efficace pour mettre un terme à la crise et préserver la formule libanaise ». « Toute proposition ne garantissant pas de vrai partenariat entre toutes les parties libanaises est biaisée en faveur d’un camp, au détriment d’un autre », a-t-il estimé.
Déplorant les propos « de ceux qui cherchent à établir un lien de causalité entre l’élection d’un chef de l’Etat et la tenue du sommet arabe », Ayoub Hmayyed a affirmé que « le Liban qui a remporté l’unique victoire de l’histoire du conflit israélo-arabe ne doit pas être sacrifié sur l’autel des différends interarabes ». « Ce n’est pas l’opposition qui veut transformer le Liban en arène mais celui qui visite les capitales internationales, pour encourager l’ingérence étrangère », a-t-il aussi souligné, en allusion à la tournée européenne du Premier ministre Siniora, avant d’ajouter que l’opposition est toujours attachée à l’initiative arabe.
De son côté, le député du CPL Ibrahim Kanaan a considéré que « l’initiative arabe demeurera dans la forme, tant que le camp loyaliste campera sur ses positions ».
Ripostant aux propos du chef du Courant du futur qui avait affirmé que la formule des 3×10 est « de fabrication syrienne », Ibrahim Kanaan s’est interrogé sur le fait de savoir pourquoi le député Hariri « a évoqué cette proposition avec le général Aoun ».