« J’aurais aimé que l’on puisse conclure cette réunion avec un brouillon d’accord complet », a déclaré le secrétaire général de la Ligue arabe
Après 8 heures d’intenses concertations, Moussa repart bredouille sans fixer de date pour son retour
Après 8 heures d’intenses concertations, Moussa repart bredouille sans fixer de date pour son retour
Même si cela est insoutenable pour la majorité silencieuse des Libanais qui ne demandent qu’à tourner la page de cette crise politique, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a bel et bien déclaré forfait hier puisqu’il a quitté Beyrouth sans avoir réussi à fixer la date d’une nouvelle réunion Amine Gemayel-Saad Hariri-Michel Aoun ni mis en place un brouillon d’accord pour un début de solution. Quelques heures après la fin de la réunion, Amr Moussa quittait Beyrouth pendant que le président de la Chambre, Nabih Berry, reportait pour la 15e fois la séance électorale présidentielle initialement prévue pour le 26 février. La très hypothétique séance électorale est ainsi désormais fixée au 11 mars.
La réunion tripartite organisée sous l’égide du secrétaire général de la Ligue arabe, place de l’Etoile hier, s’est achevée aux alentours de 16h sans que les trois protagonistes Amine Gemayel, Saad Hariri et Michel Aoun ne parviennent à fixer la date de la prochaine réunion du même genre. Environ une heure plus tard, Amr Moussa a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il n’a pas manqué de manifester son irritation face à une question posée par un journaliste et dans laquelle ce dernier demandait quelle influence avaient eue les Etats-Unis dans les négociations autour de la feuille de route arabe. « Ecoutez, a affirmé M. Moussa d’un ton sévère, j’ai eu de nombreuses discussions avec les responsables libanais des deux bords, et je peux vous dire une seule chose, cette habitude de percevoir des parties externes derrière chaque protagoniste, c’est une maladie.
« Entre hier (dimanche) et aujourd’hui (hier), il y a eu plus de 8 heures de discussions. Cela veut dire que les positions libanaises concernant une série de questions sont en train d’être débattues. La réunion était sereine et il y a eu consensus sur un grand nombre de points. Toutefois, des questions fondamentales, comme le nombre de portefeuilles au sein du gouvernement, ne sont pas encore résolues », a indiqué d’une traite Amr Moussa. En langage diplomatique, cela signifie faire du surplace. « J’aurais aimé que l’on puisse conclure cette réunion avec un brouillon d’accord complet, mais il est apparu que cela nécessite encore plus de temps », a ajouté M. Moussa, qui a aussi souligné qu’« en dépit de tout cela, les contacts ininterrompus entre les deux parties me laissent croire qu’il est temps d’élire un président de la République ». « Je quitte Beyrouth aujourd’hui parce que j’ai achevé la mission qui m’était impartie jusque-là dans le cadre de l’initiative arabe et qui consistait à sauver la situation au Liban », a affirmé tout de go Amr Moussa, qui a aussi fait savoir qu’il allait prendre contact avec Nabih Berry pour le tenir au courant des résultats de la réunion. « Même si l’on ne parvient pas à des résultats concrets, je souhaite que toutes les parties au Liban s’abstiennent d’aller vers l’escalade et qu’au contraire, elles s’emploient à calmer les esprits », car « l’espoir existe », a-t-il relevé. Quant à la date à laquelle devrait se tenir une éventuelle prochaine réunion, Amr Moussa a révélé qu’aucune date n’avait encore été fixée, même si les protagonistes restaient « convaincus de la nécessité de se réunir ».
Peu après la fin de la réunion, Amr Moussa s’est donc rendu à Aïn el-Tiné où il s’est réuni à huis clos avec Nabih Berry afin de l’informer de la teneur des propos qui y ont été tenus. Les deux hommes s’étaient déjà réunis dans la matinée. De son côté, Saad Hariri a également pris contact avec Nabih Berry. Le secrétaire général de la Ligue s’est également rendu au Sérail où il a affirmé qu’aucune « escalade de violence » n’était à craindre et que « les circonstances » permettaient à l’heure actuelle de « procéder à l’élection d’un président ».
Les formules gouvernementales et la loi électorale de 1960
Interrogé sur la tenue du sommet arabe le 29 mars prochain à Damas et sur la participation du Liban, le diplomate a souligné que « de toute façon, le Liban est membre de la Ligue arabe, et sa présence dans le cadre du sommet est d’ores et déjà acquise », même si Beyrouth n’a toujours pas reçu d’invitation en ce sens.
Sur le « tiers de blocage » au sein du gouvernement, Amr Moussa a déclaré que « tout le monde » était désormais « d’accord sur le tiers, mais la question de la paralysie est celle qui a pris le plus de temps. L’opposition aura 10 sièges. Quant à la manière dont les 20 sièges restants vont être répartis, c’est justement cela qui fait débat ». « Les gens ont le droit de savoir ce qui s’est passé. Dans le cadre de cette initiative, nous sommes en train de discuter l’élection du président de la République. Il y existe un consensus sur la loi électorale (…) et sur la personne du candidat à la présidentielle. C’est là un volet de l’initiative qui est resté inchangé », a souligné le secrétaire général de la Ligue arabe, avant d’ajouter que « toutes les initiatives qui se passent au Liban ont donné lieu à beaucoup de points positifs » et que « des garanties ont été discutées ». Malgré tout cela, « nous ne sommes pas parvenus à tomber d’accord sur le texte de l’entente ». Concernant la loi électorale, le diplomate a souligné que les débats avaient été axés sur « la loi électorale de 1960, qui se fonde sur le système du caza comme circonscription ».
A l’aéroport, et après s’être réuni à huis clos avec le ministre démissionnaire des Affaires étrangères Faouzi Salloukh, Amr Moussa a laissé entrevoir sa déception face aux journalistes en disant qu’il pensait que « le temps d’élire un président était venu, même si la séance a été reportée au 11 mars ». Le diplomate arabe n’a pas manqué de relever qu’il « aurait été possible d’élire un président en février et de cette manière, le mois de mars aurait commencé, avec ses 14 et ses 8, de manière confortable pour un président qui aurait déjà été élu. L’habileté de Nabih Berry l’a d’ailleurs poussé à fixer la date de la prochaine séance électorale pour le 11 mars, qui tombe entre le 8 et le 14 ». Sur les « chiffres » des formules gouvernementales examinées, M. Moussa a indiqué avoir proposé « 13+7+10 », et « cela peut tout aussi bien être 14 pour la majorité et 6 pour le président de la République », mais qu’aucun accord n’avait été possible sur les chiffres.
Une impasse et deux
approches différentes
A L’Orient- Le Jour, Amine Gemayel a indiqué, pour sa part, qu’il y avait eu, durant la réunion avec Amr Moussa, « deux approches ». « Le 14 Mars a une approche respectueuse de la Constitution, des institutions et de Taëf », alors que l’autre camp a une autre approche et poursuit « des objectifs occultes », a affirmé M. Gemayel à notre correspondante, Hoda Chedid. « L’opposition manœuvre en marge de la Constitution et des institutions. Réagissant à cela, Amr Moussa a tenté de réintégrer les propositions de l’opposition dans un cadre constitutionnel acceptable pour tous en proposant la formule gouvernementale 13 (pour la majorité) +7 (pour l’opposition) +10 (pour le président de la République) », a ajouté Amine Gemayel. « La majorité a réagi avec un esprit positif » tout au long des efforts fournis pas la Ligue arabe et par M. Moussa, a relevé M. Gemayel.
approches différentes
A L’Orient- Le Jour, Amine Gemayel a indiqué, pour sa part, qu’il y avait eu, durant la réunion avec Amr Moussa, « deux approches ». « Le 14 Mars a une approche respectueuse de la Constitution, des institutions et de Taëf », alors que l’autre camp a une autre approche et poursuit « des objectifs occultes », a affirmé M. Gemayel à notre correspondante, Hoda Chedid. « L’opposition manœuvre en marge de la Constitution et des institutions. Réagissant à cela, Amr Moussa a tenté de réintégrer les propositions de l’opposition dans un cadre constitutionnel acceptable pour tous en proposant la formule gouvernementale 13 (pour la majorité) +7 (pour l’opposition) +10 (pour le président de la République) », a ajouté Amine Gemayel. « La majorité a réagi avec un esprit positif » tout au long des efforts fournis pas la Ligue arabe et par M. Moussa, a relevé M. Gemayel.
L’ancien président de la République a affirmé dans ce contexte que le diplomate arabe avait conclu à « la difficulté » qu’il y avait de trouver un moyen terme entre deux logiques opposées, mais qu’il avait insisté sur la nécessité de « garder les canaux de communication ouverts » entre les parties. Pour M. Gemayel, l’initiative arabe ne pourra revivre que si elle est animée par « de nouvelles idées » qui peut-être pousseront M. Moussa à reprendre le chemin de Beyrouth. Mais, pour le moment, « nous n’avons pas réussi à résoudre les problèmes, à l’instar de ce qui s’est passé auparavant avec l’initiative française véhiculée par Bernard Kouchner et l’initiative de Baalbeck proposée par Nabih Berry lui-même », a-t-il précisé, avant de relever que le Liban est une nouvelle fois « devant une impasse, au pied du mur », et que les efforts arabes nécessitaient désormais, et pour réussir, de nouvelles idées.
Le numéro deux du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, a de son côté estimé qu’il n’y aura pas de solution « en dehors d’une participation » réelle et que « les conflits externes » étaient en train de laisser leur empreinte à l’intérieur. « Nous nous montrons positifs en tant qu’opposition, mais ils refusent tout », a indiqué Naïm Kassem, dans une allusion à la majorité au pouvoir. « Les conflits des autres laissent leur empreinte à l’intérieur et nous empêchent de parvenir à une solution. Il est devenu clair qu’à chaque fois que nous parvenons à un compromis, l’équipe au pouvoir se dresse pour empêcher toute avancée parce qu’elle ne veut pas accepter les deux tiers », a aussi déclaré M. Kassem.