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L’arrivée du « USS Cole » brouille les calculs politiques des deux camps

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L’arrivée du « USS Cole » brouille les calculs politiques des deux camps


Le Liban, arène régionale et internationale. C’est principalement cette symbolique que véhicule la présence, au large de ses côtes, d’un navire de guerre aussi impressionnant que le USS Cole. Pour la petite histoire, c’est ce même bâtiment de guerre qui a été la cible d’une attaque terroriste alors qu’il se trouvait à quai, dans le port de Aden. Les kamikazes s’étaient tellement approchés du bateau qu’ils avaient même eu le temps de saluer les marins américains afin de ne pas attirer les soupçons. L’explosion a fait 17 morts et 30 blessés parmi les membres de l’équipage. Hier, le USS Cole a mouillé au large des côtes libanaises, « mais pas dans ses eaux territoriales », a précisé la chargée d’affaires des Etats-Unis au Liban, Michelle Sisson, depuis le Sérail où elle avait été convoquée par un Premier ministre, Fouad Siniora, très surpris, voire excédé de ne pas avoir été informé de ces manœuvres stratégiques américaines.


« A l’instar de la majorité des Libanais, Fouad Siniora n’était pas au courant du stationnement du USS Cole face aux côtes libanaises », ont en effet indiqué des sources ministérielles à notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhan. Ces mêmes sources ont précisé que M. Siniora s’est senti « gêné » lorsqu’il a appris la nouvelle et c’est ce qui l’a poussé à convoquer la diplomate américaine au Sérail.


Pas plus loin que jeudi soir, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Jeffrey Feltman, affirmait qu’« aucun deal américain ne se fera aux dépens du Liban ». L’arrivée du USS Cole constitue-t-elle une traduction concrète de ces propos, des propos que les Libanais ne croient plus d’ailleurs qu’à moitié, étant donné le stade de dégénérescence démocratique auquel leur pays est arrivé ? Mais si cela est réellement le cas, pourquoi le gouvernement libanais n’en a-t-il pas été informé ?


L’arrivée de ce bâtiment de guerre est survenue un jour seulement avant le changement de commandement de la Finul maritime et la publication du rapport du secrétaire général de l’ONU sur l’application de la résolution 1701. Dans son rapport, Ban Ki-moon a affirmé sans détour que « la rhétorique » du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est « contraire à l’esprit et aux objectifs de cessez-le-feu permanent de la 1701 ». De son côté, l’Administration américaine a indiqué hier qu’elle n’excluait pas la possibilité de continuer à imposer des sanctions unilatérales aux responsables proches du régime syrien, si cela s’avérait nécessaire.
Trop de coïncidences, trop de concordances viennent donc s’inscrire dans un enchaînement des faits, dont la rapidité contraste singulièrement avec les mois d’immobilisme qui ont précédé.


Réagissant pour sa part au quart de tour, le Hezbollah a immédiatement qualifié l’initiative US d’« ingérence militaire » et de « menace à la stabilité du Liban », mais la surprise n’était pas non plus absente dans les rangs de l’opposition hier – qui, elle aussi, semble-t-il – a été prise de court par la clarté du message adressé par les Etats-Unis à la Syrie et à ses alliés libanais.


A la veille du sommet arabe de Damas – auquel le Liban n’a d’ailleurs toujours pas été convié – il est légitime de se demander si l’opposition, Hezbollah en tête, va choisir d’aller vers des élections présidentielles ou si elle va préférer emmener le Liban vers un chaos aux contours flous, même pour le Hezbollah.


Faut-il le rappeler ? Lors des funérailles du cadre militaire du Hezb, Imad Moghniyé, Hassan Nasrallah s’était certes emporté et avait menacé Israël d’une « guerre ouverte ». Mais ses déclarations publiques ont mal réussi à masquer le malaise ressenti par le Hezbollah à l’annonce de l’assassinat à Damas de Moghniyé. Des sources de la majorité affirment à cet égard qu’il est légitime de se demander si le Hezb va saisir la gravité de cet événement pour consolider sa position sur la scène interne en procédant à l’élection de Michel Sleimane et en levant le sit-in fantôme du centre-ville.


De plus, cette même majorité, si elle est réellement embarrassée par l’arrivée non annoncée du USS Cole près des eaux territoriales, sera également très tentée d’aboutir à un compromis politique permettant d’élire Michel Sleimane et d’immuniser ainsi le Liban afin de lui éviter, si possible, de se transformer une fois encore en un défouloir régional, voire international.


Toutefois, il reste une inconnue au tableau : l’attitude que compte adopter l’Iran face à ce grincement de dents américain. La République islamique va-t-elle opter pour la confrontation, comme le prône son président Mahmoud Ahmadiejad ou, au contraire, la ligne du compromis va-t-elle être adoptée, conformément aux déclarations de l’ayatollah iranien Sadeq Rouhani – un proche de Khamenei – qui affirmait il y a quelques jours que « même le Prophète concluait des ententes avec ses ennemis » ? C’est de cette attitude que dépendra probablement l’évolution de la crise libanaise. Certains journaux arabes, à l’instar du koweitien al-Siyassa, prédit d’ores et déjà le pire, en soulignant que « quelque chose » risque de se produire au Liban dans les mois, voire dans les semaines qui viennent. Le quotidien se fonde pour cela sur des rapports sécuritaires indiquant que le Hezbollah comme la Finul sont dans un état d’alerte maximal. Ces mêmes rapports, selon le journal, soulignent que le Hezb se prépare actuellement au Nord du Litani à des « combats de rue », ce qui laisserait entendre qu’ « une grande partie du sud va être occupé, par Israël, pour une période plus ou moins longue »…

المصدر:
l"orient le jour

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