Présidentielle, cabinet restreint et élections anticipées : une proposition syrienne rejetée en bloc par la majorité

Présidentielle, cabinet restreint et élections anticipées : une proposition syrienne rejetée en bloc par la majorité


«Le sommet arabe sera un sommet palestinien par excellence », a indiqué hier l’ambassadeur de Syrie en Egypte, Youssef Ahmad, pendant qu’à Beyrouth, une source proche de la Ligue arabe assurait à la radio Voix du Liban que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ne sera pas de retour aujourd’hui à Beyrouth. Cette même source a ajouté qu’il n’y aura pas, « contrairement à ce qui a été véhiculé par les médias », de rencontre tripartite au Caire sous l’égide de M. Moussa. Elle a en outre précisé que « la visite et la nature de la mission de M. Moussa à Beyrouth sont toutes deux tributaires des résultats de la conférence des ministres arabes des Affaires étrangères ». En somme, Amr Moussa refuse de se rendre à Beyrouth « tant qu’il n’y aura pas du sérieux et du concret », a insisté une source bien informée.


Dans le même temps, au Caire, la majorité soumettait à Amr Moussa un mémorandum rédigé par l’Alliance du 14 Mars et qui sera lu par les ministres arabes des Affaires étrangères, alors que le ministre égyptien, Ahmad Aboul Gheit, confirmait, lors d’une conférence de presse conjointe avec la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, que « le sommet arabe aura lieu » à la date fixée. Pas de report donc, l’Arabie saoudite ayant envers et contre tout décidé d’y prendre part, même si elle a officieusement fait savoir que son niveau de participation serait revu à la baisse. Du côté de l’Egypte, même flou quant à sa présence à Damas le 29 mars. Idem pour les Emirats arabes unis qui, par la voix de leur ambassadeur au Liban, Mohammad Sultan Seif Souaidi, a indiqué que les Emirats participeraient, « du moins pour le moment », au sommet arabe.


C’est dans ce climat qu’est tombée hier en soirée la proposition faite par la Syrie à M. Moussa : l’élection du commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, le 11 mars, contre la mise en place d’un gouvernement transitoire restreint et la tenue d’élections anticipées, sur la base de la loi de 1960, dans les 6 mois qui suivraient la mise en place de ce gouvernement. Inutile de préciser que la majorité a rejeté d’emblée et en bloc ce qu’elle a immédiatement perçu comme étant une énième manœuvre syrienne. Pour l’Alliance du 14 Mars, seule l’initiative arabe et ses clauses sont susceptibles d’être discutées. Ainsi, toute tentative de dépasser la feuille de route de la Ligue est par hypothèse rejetée et, comme l’ont précisé des sources diplomatiques arabes au site Internet NowLebanon, « il n’y a pas du nouveau concernant l’initiative de la Ligue ».


Difficile ici de ne pas admirer la « créativité » syrienne qui parvient, à moins d’un mois d’un sommet arabe pourtant originellement présenté comme crucial pour le dossier libanais, à jouer sur tous les fronts en simultané. Ainsi, en proposant une nouvelle formule destinée, selon elle, à régler la crise libanaise, elle tente de se replacer au cœur des contacts arabes intensifs ayant pour but de résoudre un blocage institutionnel qui semble avoir trouvé un terreau plus que favorable au Liban. La Syrie a lancé ce que le président de la Chambre et chef du mouvement Amal a minutieusement qualifié depuis lundi d’idées « nouvelles » : une proposition dont elle savait pertinemment bien qu’elle ne serait jamais acceptée par la majorité au pouvoir. A cette manière habile de gagner du temps et du terrain, Damas a pris soin d’annoncer, par la voix de son ambassadeur au Caire, que le sommet arabe sera « palestinien par excellence ». Or, après avoir rallumé le feu dans les territoires palestiniens en poussant le Hamas à jouer les provocateurs face à Israël, la Syrie se pose aujourd’hui en pays soucieux de mettre fin au drame subi par les Palestiniens de Gaza. C’est du moins l’avis du ministre des Télécommunications, Marwan Hamadé, qui a souligné que la Syrie aurait poussé la situation dans les territoires autonomes vers la confrontation justement pour pouvoir, le 29 mars venu, présenter le drame de Gaza comme étant prioritaire à l’ordre du jour du sommet arabe. Un coup de maître réalisé par Damas, alors que, depuis plus d’un mois, la diplomatie arabe s’évertuait à présenter ce sommet comme une date butoir incontournable pour le dossier de la crise libanaise, désormais officiellement reléguée au second plan par le pays hôte du sommet arabe.


Dans les jours qui viennent, il est fort à parier que la problématique de la représentation libanaise au sommet de Damas sera d’actualité lorsque sera tranchée celle de l’invitation du Liban au sommet. Puisque, de toute évidence, le sommet va bel et bien avoir lieu, et que la Syrie n’ira pas jusqu’à défier le monde arabe en n’envoyant pas au Liban une invitation officielle, la question de la composition de la délégation sera forcément posée. A l’aune des divisions actuelles et du blocage qui s’en va crescendo, rien ne laisse croire à la possibilité de la mise en place d’une délégation libanaise unique et unifiée. Hier déjà, dans l’après-midi, des sources diplomatiques arabes indiquaient, depuis Le Caire que le Liban pourrait « se faire représenter par deux délégations ou par une seule composée, entre autres, du Premier ministre Fouad Siniora et du président de la Chambre Nabih Berry ».

المصدر:
l"orient le jour

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