Le Liban contraint de revoir à la baisse les espoirs qu’il fondait dans le sommet arabe

Le Liban contraint de revoir à la baisse les espoirs qu’il fondait dans le sommet arabe

 
C’est au milieu d’un chaos régional marqué par l’attaque à Jérusalem-Ouest, hier, d’une école talmudique, revendiquée par le « Groupe du martyr Imad Moghniyé », ainsi que d’incertitudes concernant une éventuelle incursion de l’armée israélienne dans le secteur du Wazzani, au sud du pays, que les principaux protagonistes de la crise ont poursuivi hier leurs joutes verbales, assorties d’accusations et de contre-accusations.
A l’heure où le Liban ne s’est toujours pas vu remettre d’invitation pour prendre part au sommet arabe, la majorité parlementaire a pris soin de consolider sa position en justifiant les motifs qui l’ont poussée à rejeter en bloc la dernière proposition syrienne en trois points, à savoir : présidentielle, gouvernement transitoire et élections anticipées.

 

L’Alliance du 14 Mars a ainsi rappelé que le simple fait pour la Syrie de présenter des propositions concernant la crise libanaise est une ingérence manifeste qui devrait à tout prix être contrée. Cette proposition est donc par « essence » piégée. Il y a quelques semaines, l’opposition avait, elle, refusé d’examiner une proposition faite par la majorité et qui consistait à adopter la formule gouvernementale 13 (pour la majorité) + 7 (pour l’opposition) + 10 (pour le président de la République), justement parce qu’elle émanait du camp adverse.


Le quotidien saoudien al-Watan a, d’une manière peut-être prémonitoire, relevé que « la crise libanaise est entrée dans un tunnel obscur et aucun signe ne laisse présager qu’elle va en sortir ». Le quotidien conforte ces arguments en ajoutant que « toutes les idées qui sont en train d’être échangées ne sont pas aptes à se transformer en solution viable, à l’aune des divisions internes et arabes ». Une source du 14 Mars a relevé dans ce contexte que, « s’il est vrai que les problèmes syro-libanais ont leurs caractéristiques propres (la tutelle sur le Liban et le tribunal international), il n’en reste pas moins que c’est aussi la politique syrienne exercée au Liban qui est contre les Arabes et contre les intérêts arabes ».

 

Un statu quo dangereux


Un statu quo qui, en somme, ne présage rien de bon, et c’est probablement cette ambiance malsaine qui a été à l’origine de l’altercation qui a opposé le ministre des Affaires étrangères (AE) par intérim, Tarek Mitri, à son homologue syrien, Walid Moallem, lors de la réunion des ministres arabes des AE au Caire mercredi dernier. « Le Liban n’est pas une arène », où les comptes régionaux peuvent être réglés, a ainsi affirmé Tarek Mitri à M. Moallem. Ce dernier s’est emporté, a lancé des insultes et s’en est pris à l’ONU, qu’il a qualifiée de partiale. Un malaise si oppressant entre les deux pays qu’il a fini par sortir au grand jour, en plein milieu de la réunion des ministres arabes des AE. Pour le quotidien koweïtien al-Raï, cette tension est due au fait que des pays comme « la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Egypte » demeurent attachés au dossier libanais et veulent qu’il soit prioritaire à l’ordre du jour du sommet arabe. Mais il est illusoire de croire que le Liban et la crise lancinante retrouveront leur place prioritaire, même si, à en croire Tarek Mitri, le Liban finira par être invité au sommet le 29 mars. De plus, au niveau diplomatique, la Syrie aura réussi à rouler son voisin dans la boue en ne l’y invitant qu’à la dernière minute. Quant à la question de la date exacte de l’invitation, une source diplomatique estime que Damas attendra après le 11 mars, dans une attitude « utopique » tendant à faire croire qu’un président libanais sera réellement élu à cette date. Toujours est-il qu’une source européenne citée par notre correspondant au palais Bustros Khalil Fleyhane a affirmé qu’il existait une possibilité de voir un président libanais élu entre le 17 et le 25 mars, encore qu’il n’existe aucune garantie sur ce plan.


Il reste que le Liban est l’un des deux derniers pays, avec l’Arabie saoudite, à ne pas avoir été invité au sommet, mais les ministres libanais et saoudien des AE ont paradoxalement préparé mercredi dernier, au Caire, avec les autres ministres arabes des AE un sommet auquel ils n’étaient même pas conviés. « C’est une honte et c’est une première », estime à cet égard une source diplomatique, car « cela ne s’est jamais fait jusque-là ». Une fois encore, le Liban est donc victime de ses dissensions internes qui l’empêchent de faire face, uni, aux « forts tiraillements régionaux qui ont lieu actuellement entre la Syrie et les pays qui lui sont opposés », pour reprendre les termes du quotidien koweïtien al-Raï. Des tiraillements qui, selon ce journal, s’articulent autour de la mise en place prochaine du tribunal spécial pour le Liban, une échéance « importante mais dangereuse », estime al-Raï. C’est dans ce contexte que le député Samir Frangié a relevé que l’opposition est actuellement en train d’œuvrer pour que le Liban « soit représenté au sommet par une délégation à deux têtes ». L’objectif étant bien évidemment de présenter le Liban comme un pays divisé au niveau interne aux yeux de la communauté régionale et internationale.


Après avoir réussi à rendre inapplicable la feuille de route de la Ligue arabe, voilà que la participation du Liban à un événement diplomatique qui se présentait comme une occasion unique pour ce pays – malgré l’incapacité notoire des Arabes à résoudre leurs propres problèmes – devient tributaire du bon vouloir du pays hôte : la Syrie. De plus, alors que certains pays membres de la Ligue arabe avaient affirmé qu’ils n’assisteront pas au sommet au cas où la crise libanaise ne sera pas résolue avant le 29 mars, le président émirati cheikh Khalifa ben Zayed al-Nahyane a déclaré hier qu’il prendrait part au sommet.


Au milieu de ce dangereux blocage politique à l’heure où la tension régionale monte chaque jour d’un cran, le député Walid Joumblatt a contacté par téléphone le président de la Chambre Nabih Berry. Des sources bien informées ont placé cette prise de contact dans le cadre « des liens politiques minimaux » qu’il convient de préserver en période de crise, mais il n’est pas à exclure que cet appel téléphonique ait un lien, de près ou de loin, avec la situation fragile qui prévaut à la frontière sud du pays. Cette prise de contact est intervenue alors que le numéro deux du Hezbollah, Naïm Kassem, s’est demandé hier lors d’une allocution « pourquoi la majorité n’a-t-elle pas voulu donner le tiers de garantie à l’opposition, et pourquoi, au lieu de donner ce tiers, elle n’a pas accepté de signer des garanties écrites ». Naïm Kassem a également menacé Israël, affirmant que ce pays « découvrira le poids du sang de Imad Moghniyé, ce poids est plus lourd que ce qu’il peut supporter ».

 

Le mouvement Amal s’est aussi empressé de son côté d’accuser le ministre égyptien Ahmad Aboul Gaith de « partialité », avant de mettre en garde : « Le temps, a-t-il dit, n’est en faveur d’aucun des deux camps. »
En effet, le temps n’est définitivement pas en faveur du Liban, tous les regards étant désormais tournés vers les violences qui embrasent actuellement Israël et les territoires occupés, alors que, il y a seulement quelques semaines, la crise libanaise figurait en tête des priorités régionales.

المصدر:
l"orient le jour

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