LA situation – La séance de demain pour l’élection présidentielle sera vraisemblablement reportée
L’Iran s’active sur fond d’exacerbation des tensions entre le Hezbollah et Israël
L’Iran s’active sur fond d’exacerbation des tensions entre le Hezbollah et Israël
Le seizième report de la séance parlementaire de demain, en vue de l’élection du président de la République, ne surprendra personne. Le député du PSP Waël Bou Faour et son confrère du Hezbollah, Hassan Hoballah, l’ont d’ores et déjà prédit, bien avant le communiqué habituel que Nabih Berry devrait publier aujourd’hui, annonçant un seizième ajournement du scrutin présidentiel, faute de quorum ou plutôt d’« entente ».
Une entente qui ne semble pas possible dans les prochains jours, vu que le sort de l’échéance présidentielle semble plus que jamais tributaire de l’évolution de la conjoncture régionale. Or le Proche-Orient a connu au cours des dernières semaines une série d’événements majeurs qui ont provoqué une exacerbation dangereuse des tensions entre les bellicistes traditionnels, à savoir Israël et le Hezbollah.
En premier, nombre d’observateurs locaux et israéliens estiment que le gouvernement de l’Etat hébreu et son « establishment » militaire n’ont guère digéré les remontrances que leur a adressées le juge Winograd, dans son rapport sur la guerre du Liban. Autrement dit, pour les analystes, Israël ne pourrait se résigner à admettre son échec à éradiquer le Hezbollah, au risque de voir son image d’Etat guerrier sérieusement ébranlée par les défaillances de sa troupe pendant la guerre de juillet. Dans cette perspective, une revanche israélienne pourrait être envisageable, à moyen terme.
Le parti de Dieu a de son côté annoncé sans ambages qu’il vengera l’assassinat de Imad Moghniyé par une opération qu’il mènera « en dehors de nos frontières », selon l’expression de Hassan Nasrallah. Curieusement, ce dernier avait accusé Israël d’être derrière l’assassinat du haut responsable sécuritaire de son parti, sans attendre les résultats de l’enquête, contrairement aux conseils qu’il avait prodigués à ceux qui accusent la Syrie d’avoir assassiné Rafic Hariri.
En tout état de cause, le dernier attentat commis à Jérusalem et l’ambiguïté entourant l’identité de la formation politique qui l’a perpétré ne sont pas pour refroidir les ardeurs des deux parties. En effet, des sources palestiniennes ont indiqué au quotidien israélien Haaretz que Ala Abu Dhaim, l’homme qui a attaqué l’école talmudique, « a agi suite à des instructions qui lui ont été données par les chefs du Hamas à Damas, en coordination avec le Hezbollah ». De plus, des sources sécuritaires israéliennes citées par le Jerusalem Post ont affirmé que « les enquêteurs cherchent à savoir si le Hezbollah est impliqué dans l’attentat ».
Sur un autre plan, un haut responsable israélien qui a assisté hier à la réunion de son gouvernement a également déclaré à l’AFP que « la principale menace stratégique vient de l’Iran, de son programme nucléaire et du rôle pivot que ce pays joue au sein de l’axe des pays arabes et musulmans radicaux ». En parallèle, un haut responsable du Hamas a affirmé, dans une interview avec le Sunday Times, que quelque « 300 combattants de son mouvement ont été formés en Iran, par les gardiens de la révolution ».
Les services de renseignements israéliens ont de leur côté noté, dans un rapport soumis au gouvernement de Tel-Aviv, « un renforcement de la coopération militaire entre le Hezbollah et les organisations palestiniennes ». « Les chances d’une reprise des hostilités du Hezbollah contre Israël s’accroissent », ont-ils ajouté. Enfin, des sources diplomatiques arabes citées par le quotidien koweïtien al-Watan ont indiqué qu’Israël pourrait riposter à l’attentat de Jérusalem, en attaquant la Békaa « où le Hezbollah et les pasdaran entraînent des combattants libanais, palestiniens et irakiens ».
A l’aune de ces développements, la probabilité d’« une guerre ouverte » entre le parti de Dieu et Israël semble s’accroître de jour en jour. Mais dans cette perspective, le Hezbollah se lancera-t-il dans une nouvelle confrontation avec l’armée israélienne, sans avoir auparavant assurer ses arrières ?
Il est difficile de croire que le parti de Dieu puisse se lancer dans une aventure sanguinaire outre-frontière, alors que la crise libanaise est à son apothéose. L’élection d’un président pourrait aider le Hezb à neutraliser la scène locale et à éviter tout dérapage sécuritaire interne.
Cette hypothèse pourrait fournir un élément au dynamisme soudain de Téhéran dans le dossier libanais. Le ministre iranien des Affaires étrangères a en effet rencontré son homologue saoudien, au Caire, en marge des travaux de la réunion des chefs de diplomatie de la Ligue arabe. Manouchehr Mottaki s’est également rendu samedi à Damas où il a conféré avec Walid Moallem « de la situation au Liban et dans les territoires palestiniens ». Les deux ministres ont en outre tenu hier, dans la capitale syrienne, une réunion quadripartite avec leurs homologues qatari et omanais. Ce dernier s’est aussi entretenu, par téléphone, avec le Premier ministre Fouad Siniora.
En parallèle, pour la première fois depuis plusieurs années, un ambassadeur saoudien est arrivé au Qatar, signe d’un réchauffement des relations entre Ryad et l’émirat qui est l’un des rares pays arabes à être proches de l’Iran. La crise entre l’Arabie saoudite et la Syrie semble toutefois demeurer au point mort, vu que les responsables wahhabites ont reçu leur invitation au sommet de Damas des mains du ministre d’Etat syrien aux Affaires du Croissant-Rouge ! Les caciques du régime du Baas ont dû probablement penser que leurs relations avec Ryad ne pouvaient être sauvées que par un secouriste…