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Paradoxe d’une scène locale : le come-back du 14 Mars et le 16e report de la présidentielle

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Paradoxe d’une scène locale : le come-back du 14 Mars et le 16e report de la présidentielle


Le silence radio de l’opposition qui a plané sur la journée du samedi 8 mars en dit long sur le climat de confusion qui règne désormais au sein de ce camp. L’opposition, faut-il le rappeler, est communément désignée par l’expression « 8 Mars », en référence à la date à laquelle une manifestation monstre a été organisée à Beyrouth en 2005, en signe d’allégeance au régime de Damas, portraits du président syrien Bachar el-Assad à l’appui.


Toutefois, et comme pour toute démonstration de sympathie forcée, le soutien populaire apporté au camp du 8 Mars s’est rapidement étiolé. Le sit-in fantôme qui continue de sévir au centre-ville par la seule force des équations et autres bras de fer régionaux en est d’ailleurs le silencieux témoin. Le 8 mars dernier, aucune manifestation, aucune commémoration, aucune volonté affichée de poursuivre la ligne adoptée il y a trois ans n’a donc émané de l’opposition. L’attentat à Damas contre Imad Moghniyé est-il venu remettre en question les liens qui unissent les pôles de l’opposition ? Possible. La violence de la réaction affichée par le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah lors des funérailles de ce cadre militaire du parti a-t-il pris de court ses alliés au sein de l’opposition ? En tout cas, cette violence – marquée par les menaces conditionnées de guerre ouverte – a eu pour effet d’isoler le Hezbollah sur le plan interne en remettant en question l’unité de l’opposition. En défiant Israël, le Hezb a en effet remis sur le tapis la problématique du pouvoir de décider de la paix et de la guerre. Si ce parti est effectivement capable de décider de la teneur et du timing de la confrontation, selon quelle logique recherche-t-il une participation gouvernementale adéquate qu’il prétend ne pas avoir ?


L’alliance du 14 Mars, quant à elle, a décidé de revenir sur le devant de la scène, quelques jours seulement avant la date anniversaire de ce qui peut être considéré comme le point de départ d’une vision souverainiste et démocratique du Liban. Une manière de dire à l’opinion publique qu’il n’est jamais trop tard de tenter de redresser la barre. Les déçus de la grand-messe du 14 mars 2005, ceux qui ne se font plus d’illusions sont nombreux, certes. Les maladresses, les calculs politiques inadaptés, les rendez-vous manqués, tout cela figure au registre d’un mouvement dont l’âme et l’esprit se sont petit à petit dilués dans la politique politicienne.

 

Aujourd’hui, le 14 Mars tente d’ « assurer une jonction entre toutes ses composantes », comme le souligne un député de la majorité et membre actif de l’Alliance, de démontrer qu’il est par essence pluriel, et surtout qu’il n’appartient pas à une ou plusieurs tendances politiques déterminées. Assurer un lien un temps perdu avec les citoyens, avec ceux et celles qui ont fait le 14 Mars, voilà l’objectif affiché de cette alliance politique.

 
« Le 14 février dernier a donné un coup de fouet au mouvement. Les gens ont démontré qu’ils étaient plus mobilisés, cela nous a permis d’aller de l’avant, de cesser d’attendre… Nous ne sommes plus, comme nous l’étions à une époque, persuadés que la solution est proche», ajoute ce député. Même si le contexte actuel est peut-être encore plus complexe qu’il y a trois ans, les pôles du 14 Mars ont donc décidé de mettre au point un programme, de communiquer leur vision d’avenir sur les grandes lignes, et c’est ce programme qui sera dévoilé vendredi prochain. « Il s’agit de dire : c’est comme cela qu’un pays devrait être », précise le député, abstraction faite du contexte local et régional.

 

Un nouveau souffle


Sur le plan local en effet, le 14 Mars aura à batailler dur avec la léthargie et l’indifférence généralisée de tous face à une échéance présidentielle qui, au fil des reports, semble de plus en plus improbable. Comment, dans un pays démocratique, faire d’une élection présidentielle un non-événement, voilà le tour de force qu’auront réussi les hommes politiques de ce pays. Un seizième report qui n’attire même plus l’attention des médias, encore moins des Libanais, blasés par le lot de déceptions auxquels ils doivent périodiquement se résigner.

 

 Cette initiative des forces du 14 Mars peut donc paraître paradoxale – surtout que des ateliers et des forums de discussion sont prévus vendredi prochain, une manière comme une autre de familiariser les participants à la démocratie de proximité – puisqu’elle servira à présenter un programme d’avenir, une sorte de programme politique global, alors que le siège de la magistrature suprême à Baabda reste désespérément vide, la séance électorale ayant été reportée hier au 25 mars prochain, soit quatre jours seulement avant la tenue du sommet arabe prévu à Damas.


Sur le plan régional, cette vision d’avenir, mise en avant par la majorité au pouvoir, risque fort bien de passer au second plan si les violences qui sévissent à Gaza s’étendent au Liban. En effet, les menaces proférées par le Hezbollah au lendemain de l’assassinat de Moghniyé, l’attentat de Jérusalem contre une école talmudique et les rumeurs qui ont circulé concernant une éventuelle implication du Hezb, ainsi que les survols de Beyrouth par l’aviation israélienne qui ont suivi, sont autant de signaux inquiétants qui sont de nature à hypothéquer la stabilité de la région dans les mois à venir.


Néanmoins, et malgré tout, la journée du vendredi se veut un message d’espoir, un second souffle pour une intifada de l’indépendance qui s’est maintes fois perdue en cours de route.

المصدر:
l"orient le jour

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