Ni solution ni guerre, la tendance serait au maintien du statu quo…
Si le scénario de guerre, à la fois interne et régionale, développé la semaine dernière par une source proche de l’opposition paraît assez plausible aux différents milieux politiques, ceux-ci ne sont pas tous convaincus qu’il aura forcément lieu. Au contraire, depuis l’opération de Jérusalem contre une école talmudique jeudi dernier, de plus en plus d’analystes estiment que les risques de guerre sont en train de s’estomper. Ce qui ne signifie pas que le Liban se dirige vers une solution, mais plutôt que le statu quo actuel serait appelé à se prolonger.
Une source diplomatique libanaise explique à ce sujet qu’après la tension extrême de la semaine dernière, la tendance serait désormais à une sorte d’apaisement.
La source en question précise que cette tendance repose sur deux éléments fondamentaux : d’abord Israël ne serait pas prêt pour lancer une nouvelle guerre contre le Liban et même contre Gaza ; ensuite, l’Administration américaine n’aurait pas non plus les moyens d’entraîner la région dans une nouvelle guerre, en dépit des déclarations des responsables US et des gesticulations de leurs navires de guerre.
Dans le volet israélien, la source précitée considère que l’armée israélienne a eu de mauvaises surprises en lançant son opération à Gaza. D’abord, dans les combats de Jabalia, les combattants du Hamas ont tenu bon et montré un haut degré d’entraînement militaire. De même, pour la première fois dans l’histoire des affrontements dans cette bande, le Hamas a utilisé des missiles de type Grad, prouvant qu’il possède désormais un armement plus sophistiqué que les obus traditionnels de fabrication artisanale. Enfin, les bombardements massifs n’ont pas abouti à l’affaiblissement du Hamas, mais à la mise en cause de l’image de l’Etat d’Israël avec la mort d’enfants et les terribles conditions de vie imposées aux civils palestiniens de Gaza. A cela il faudrait ajouter, souligne encore la source diplomatique libanaise, le fait que la spectaculaire opération de Jérusalem jeudi dernier a montré aux Israéliens que même les Palestiniens de 1948 ne sont plus fiables et que le Hamas s’est désormais étendu dans tous les territoires occupés. De nouveaux bombardements sur Gaza ne serviraient donc qu’à renforcer encore plus le Hamas, au détriment de l’Autorité palestinienne déjà bien affaiblie, et pourraient pousser cette organisation à prendre aussi le contrôle de la Cisjordanie. Enfin, les derniers sondages d’opinion montrent que la majorité des Israéliens est désormais favorable à un dialogue avec le Hamas, et le gouvernement israélien a chargé l’Egypte de cette mission. L’Egypte qui est tellement effrayée par la contagion du Hamas aux Frères musulmans qu’elle est en train d’ériger un mur entre Gaza et sa propre frontière.
La source diplomatique libanaise poursuit son exposé, précisant qu’Israël n’est pas non plus prêt pour de nouveaux affrontements au Liban, sauf si le Hezbollah lui en donne le prétexte. De plus, si une guerre doit être menée contre le Liban, c’est le ministre de la Défense Ehud Barak qui devrait la diriger et ce dernier ne souhaiterait pas entreprendre une telle démarche dont les bénéfices seraient cueillis par l’actuel Premier ministre. Il préférerait attendre l’approche des élections israéliennes pour consolider ses chances d’être élu.
Concernant le Liban, la source diplomatique estime que le Hezbollah ne compte pas fournir le moindre prétexte à Israël, essentiellement en raison de son alliance avec le général Michel Aoun. Le Hezbollah sait que le chef du CPL serait en difficulté si le Liban devait subir une nouvelle agression israélienne suite à une opération du Hezbollah. Ce dernier estime en effet qu’il n’est pas tenu par des délais pour venger l’assassinat de Imad Moghniyé. Il prendra donc son temps et choisira le timing de son opération en toute connaissance de cause. Enfin, la même source estime que la Résistance est bien préparée à une attaque éventuelle et qu’elle dispose désormais d’un arsenal suffisant pour lui permettre de tenir quelle que soit la nature de l’agression israélienne. Ce serait aussi le cas de la Syrie, dotée de missiles antiaériens et de fusées pouvant atteindre le cœur d’Israël. Si l’Etat hébreu devait donc lancer une nouvelle attaque, il devrait s’attendre à ce que la guerre s’étende à ses villes principales. Et si les populations arabes sont habituées à subir les bombardements sans réagir, il n’en est pas de même pour les Israéliens…
Enfin, la source précitée considère qu’en dépit des efforts de l’Administration américaine pour pousser les « Arabes modérés » à isoler l’Iran, le président iranien multiplie les visites dans les capitales du Golfe et même en Irak, atterrissant même à l’aéroport de Bagdad contrôlé par les troupes américaines… Mahmoud Ahmadinajad pourrait aussi être invité au prochain sommet arabe de Damas. La source diplomatique libanaise considère ainsi que le projet de l’Administration américaine de lancer une guerre contre l’Iran est pratiquement irréalisable pour des raisons régionales et même internes aux Etats-Unis car les démocrates ne semblent pas prêts à la faciliter ou à en voter les crédits. Il faut toutefois préciser que cette Administration n’a pas encore dit son dernier mot, puisque le vice-président américain Dick Cheney se rendra bientôt dans la région, alors que George Bush doit y revenir en mai.
Sur le plan interne, cette même source est formelle : le Hezbollah ne veut en aucun cas être entraîné dans un affrontement sur la scène locale. Même s’il pouvait être en mesure de l’emporter militairement, il en sortirait perdant sur le plan politique et sur celui de l’image. Quant aux incidents qui se sont déroulés il y a quelques semaines, ils auraient permis aux différentes parties de tester leurs forces respectives et la conclusion aurait été qu’un affrontement ne serait dans l’intérêt de personne. Toutefois, la source estime que la tension est telle que de tels incidents pourraient se produire de nouveau, mais elle ne croit pas à un affrontement généralisé. Dans un proche avenir du moins.
A ce stade donc, le tableau général serait au maintien du statu quo, sans aucune solution en vue. Mais les développements sont si rapides dans cette région que tout peut changer d’une semaine à l’autre…