Berry ne participera pas à la réunion de Damas et l’opposition n’y enverra pas de délégation
Scénarios divers pour un sommet arabe
Scénarios divers pour un sommet arabe
Près de deux semaines avant le sommet de Damas, et quelques jours avant la réunion des ministres arabes des AE qui devrait le préparer, le Liban n’a toujours pas été convié à la rencontre. Aux dires de Amr Moussa, l’invitation du Liban ne saurait tarder, et devrait être adressée aux autorités du pays « dans les prochains jours ». Néanmoins, le retard dans l’envoi de l’invitation officielle semble loin d’être fortuit, vu que tous les autres gouvernements arabes ont déjà reçu ce fameux carton qui leur ouvrira les portes de la réunion qu’accueillera Bachar el-Assad.
Alors que l’opposition s’est prudemment gardée de se prononcer sur le sujet, la majorité a interprété la temporisation de Damas à cet égard comme étant un acte délibéré qui démontre, une fois de plus, le refus du régime du Baas de reconnaître l’indépendance du Liban. D’autant que selon plusieurs informations, la Syrie ne devrait pas dépêcher d’émissaire à Beyrouth pour remettre au gouvernement une lettre officielle, conformément aux usages diplomatiques dans ce domaine, et devrait se contenter de transmettre le message par le biais du secrétariat général de la Ligue.
« Inacceptable », juge la majorité qui semble de plus en plus pencher pour un boycott de la réunion, même en cas d’invitation. Néanmoins, de source informée, on indique que le Premier ministre Fouad Siniora n’écarte pas l’éventualité d’une participation au sommet, eu égard au fait que le dossier sensible et crucial des relations syro-libanaises pourrait être évoqué par les chefs d’Etat de la Ligue. Mais le président du Conseil préfère donc attendre, avant de se prononcer en la matière, pour prendre une décision ad hoc, à la lumière des développements que devraient connaître les prochains jours.
Si le gouvernement devait décider éventuellement de prendre part au sommet, la position de la majorité à l’égard de la représentation du Liban est sans équivoque. Si un président n’est pas élu avant le 29 mars, il appartient au Conseil des ministres de désigner la délégation libanaise.
Néanmoins, du côté de l’opposition, les choses semblent moins claires. En effet, cette question a suscité l’apparition d’une nouvelle divergence entre le CPL et le Mouvement Amal, après le désaccord entre Nabih Berry et Michel Aoun au sujet de la formule des 3×10, le premier ayant adopté avec enthousiasme cette proposition, le second l’ayant rejetée sans autre forme de procès. Ainsi pour le CPL, le gouvernement est « illégitime et n’a pas le droit de représenter le pays ». Le Courant a même laissé entendre qu’il serait favorable à l’envoi du président de la Chambre à Damas. « Pas question ! réplique une source proche de Aïn el-Tiné. Le président Berry refuse d’être chargé de cette mission et ne voit aucun inconvénient à ce que Fouad Siniora s’exprime au nom du Liban, lors de la réunion, surtout que l’opposition n’a pas l’intention d’y assister. Il faut respecter les règles et les coutumes de la Ligue arabe qui régissent le fonctionnement des sommets. »
Un président avant le 29 mars
Des sources informées estiment toutefois qu’il n’est pas à exclure qu’un président soit élu avant le 29 mars, et qu’il incombe alors au nouveau chef d’Etat de former la délégation libanaise. « Nous sommes dans une période d’accélération des évènements. Rien n’est encore joué », acquiesce un parlementaire du 14 Mars.
Pour des sources occidentales, les concertations diplomatiques que mènerait le trio Iran-Qatar-Oman depuis deux mois, avec les protagonistes arabes impliqués dans le dossier libanais, et notamment avec Ryad, Le Caire et Damas, pourraient déboucher sur une ébauche de réconciliation interarabe qui serait concrétisée par l’élection de Michel Sleimane le 25 mars prochain. Le sommet de l’Organisation islamique auquel des représentants des six pays en question et le Premier ministre Siniora participeront demain pourrait fournir la bonne occasion pour parachever un éventuel accord, ajoutent ces sources.
Il semble que l’action de Téhéran soit essentiellement motivée par un souci de résorber les tensions interlibanaises pour se prémunir contre un risque de dérapage sécuritaire qui affaiblirait considérablement le Hezbollah et le noierait dans les marécages d’un conflit interconfessionnel. Le pari de l’Iran, selon les sources précitées, consisterait à permettre au patron de la troupe d’emménager à Baabda, quatre jours avant le sommet qui sera une occasion pour lui de rencontrer les responsables syriens, dès son avènement à la magistrature suprême. Une sinécure pour les caciques de Damas qui n’ont plus vu d’officiels libanais depuis près de trois ans. De plus, ce plan ne démunirait pas le régime baassite de son pouvoir d’obstruction au Liban, vu qu’une fois Michel Sleimane élu, le gouvernement Siniora sera de facto démissionnaire, ce qui réduirait drastiquement sa marge de manœuvre. Si Damas n’est toujours pas satisfaite du cours des choses, elle pourrait alors enjoindre à ses alliés locaux d’entraver la formation d’un nouveau cabinet et de paralyser donc l’Exécutif. Blanc bonnet et bonnet blanc…
Si ce plan réussissait, la crise ne serait que formellement amoindrie, généreusement voilée par les propositions du régime des mollahs. Et le Liban demeurera « comme un roseau dans le vent », selon la troublante expression du patriarche Sfeir qui a une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme hier, avertissant que l’avenir de la communauté chrétienne est plus que jamais menacé, sa situation dangereusement précaire. Les « patriarches politiques de la rue chrétienne » daigneront-ils écouter les avertissements du chef de l’Eglise maronite ?