A deux semaines du sommet de Damas, la crise libanaise se transporte à Dakar
Alors qu’aux yeux d’une délégation allemande visitant le Liban, le Liban est désormais un cas d’école, le Premier ministre, Fouad Siniora, a quitté hier Beyrouth pour Dakar, où s’ouvre aujourd’hui la 11e session de l’Organisation de la conférence islamique.
Une très rude bataille attend le Premier ministre, dans la capitale sénégalaise. A l’ordre du jour de la session de l’OCI figure en effet une recommandation que l’organisation adressera aux protagonistes de la crise libanaise, les invitant à se conformer à l’initiative de règlement arabe telle qu’approuvée le 25 janvier dernier par la conférence des ministres arabes des Affaires étrangères lors de la réunion extraordinaire au Caire. Cette initiative prévoit l’élection sans délai du général Michel Sleimane à la présidence de la République, la formation d’un gouvernement d’union nationale où ni la majorité ni l’opposition ne disposeraient d’un pouvoir de décision absolu et l’élaboration d’une loi électorale représentative agréée de tous.
Mais l’adoption de cette recommandation n’ira pas de soi. Le sultanat d’Oman, encouragé par la Syrie, a en effet proposé une autre formule de règlement prévoyant la formation d’un gouvernement neutre qui expédierait les affaires courantes, tandis que l’on préparerait des élections anticipées qui se tiendraient avant la fin de 2008.
Cette initiative avait été lancée après le départ définitif de Amr Moussa de la capitale libanaise, et le refus de l’opposition de voir la majorité disposer d’un plus grand nombre de portefeuilles ministériels qu’elle au sein du gouvernement d’union.
Hier, c’est avec le ministre omanais des Affaires étrangères Youssef ben Alawi que M. Siniora s’est réuni dès son arrivée à Dakar, pour trouver en face de lui un homme plus convaincu que jamais de la justesse de son plan de règlement. Un homme qui, aux dires d’une source diplomatique, aurait été encouragé dans son initiative par ses pairs syrien, qatari et iranien, qu’il aurait rencontrés il y a quelques jours, à l’aéroport de Damas.
On s’attendait, de source diplomatique, à ce que de sérieuses divergences se manifestent, entre les délégations arabes à l’OCI, au sujet du projet de résolution du Liban, bien que cette motion n’ait aucune force exécutoire. La première des objections est d’ailleurs venue du ministre syrien des AE, Fayçal Mekdad, qui a mal réagi à une déclaration de M. Siniora demandant une élection « immédiate » d’un président de la République.
Ceci étant, il est quasi certain que le dossier libanais ne fera aucun progrès à Dakar et que, avec un nouveau report de l’échéance présidentielle, le sommet de Damas se tiendra en l’absence d’un président libanais, sachant par ailleurs que le Liban n’a pas encore été officiellement invité au sommet.
Sachant aussi qu’à deux semaines du sommet, le niveau de représentation de plusieurs pays, dont l’Arabie, la Jordanie et l’Egypte, n’a pas encore été décidé et que Damas s’obstine à dire que « le sommet n’a rien à voir avec l’élection d’un président au Liban ». Encore que la Syrie aurait fait une « concession » aux pays arabes modérés en n’invitant pas, comme de coutume, la Turquie et l’Iran à y assister en observateurs.
Quoi qu’il en soit, selon la source diplomatique citée, le Qatar et Oman s’emploieront à « adoucir » l’impact de la crise libanaise sur la session de l’OCI en formulant la résolution sur le Liban en une langue vernaculaire moins formelle que l’arabe classique. En somme, en escamotant une fois de plus la crise libanaise et en la noyant dans une rhétorique apparemment vertueuse dans laquelle on dénoncerait, par exemple, la présence de la flotte américaine au large des côtes libanaises, comme si c’était le gouvernement du président Siniora qui l’avait demandée. Comme si le gouvernement de M. Siniora n’était pas lui-même pris dans un tourbillon qui dépasse le Liban, le palais de Baabda et toutes les franges de la population libanaise confondues.