Damas invite en catimini Beyrouth au sommet et Qatar déplore une « politique syrienne guère sage »
Après avoir entretenu le suspense pendant près de deux semaines (le Liban sera-t-il convié au sommet ? Oui ? Non ? Peut-être ?), le metteur en scène baassiste a vraiment raté (ou ingénieusement réussi ?) la chute de son intrigue. C’est, au final, un ambassadeur syrien qui, profitant de l’absence du Premier ministre Siniora, s’est faufilé en catimini à Beyrouth, pour remettre au ministre démissionnaire des AE l’invitation au sommet de Damas, avant de prendre la poudre d’escampette, par la porte arrière du palais Bustros, redoutant probablement tout contact avec la presse libanaise.
Malgré le caractère incongru, dans les coutumes diplomatiques arabes, du canal choisi par Damas pour transmettre au gouvernement son invitation, et bien que les Etats-Unis aient appelé les pays arabes à « réfléchir » avant de se rendre au sommet, nombre d’observateurs estiment que le régime syrien ressort gagnant de cette affaire, que le cabinet décide de boycotter la réunion ou d’y participer. En effet, après avoir subi d’intenses pressions de la part de plusieurs principaux Etats arabes qui avaient, à un moment, laissé entendre que la tenue du sommet serait conditionnée à l’élection d’un président, Damas a pu garantir le maintien de la réunion, la participation de Ryad et du Caire, et la présence de plusieurs chefs d’Etat, sans avoir accordé la moindre concession substantielle dans le dossier libanais. N’eût été la reconnaissance implicite par la Syrie de la légitimité du Premier ministre Siniora auquel a été adressée la lettre d’invitation.
De plus, la présence d’un délégué libanais au sommet permettrait au régime syrien de faire preuve de « bonne volonté » face à la communauté arabe. Alors que l’absence du Liban à la réunion faciliterait la tâche de Damas qui cherche de toute évidence à mettre en avant le dossier palestinien au détriment de la question libanaise, comme le montrent les déclarations de plusieurs responsables syriens qui avaient affirmé à plusieurs reprises que « le sommet de Damas sera celui de Gaza par excellence ».
Entre ces deux options, la majorité devrait choisir le moindre mal. Le député Walid Joumblatt a ainsi explicitement affirmé hier que la participation du Liban est inutile, si un chef de l’Etat n’est pas élu avant le 29 mars, vu que tous les pays arabes connaissent parfaitement la position du gouvernement, d’autant que le mécanisme choisi par Damas pour transmettre l’invitation « démontre que le régime syrien ne reconnaît toujours pas l’indépendance du Liban ». Pour le chef du PSP, aussi bien que pour les FL, l’envoi d’un émissaire à Damas serait une mesure pernicieuse « et ne servirait qu’à blanchir le régime syrien ». Même position du côté du Courant du futur dont des sources proches ont indiqué à L’Orient-Le Jour qu’ « il est injustifié de prendre part à la rencontre, tant qu’un président maronite ne sera pas élu, d’autant que le sommet est accueilli par l’Etat qui est responsable de la vacance de la magistrature suprême ».
Selon les sources précitées, les informations selon lesquelles l’Iran, le Qatar et Oman seraient en train de mener des concertations en coulisses pour déblayer le chemin du scrutin présidentiel « ne sont que des manœuvres visant à calmer le jeu à la veille du sommet ». Néanmoins, des sources informées ont fait état d’un projet qatari visant à accueillir, à Doha, une séance de dialogue entre majorité et opposition. Dans cette perspective, le Premier ministre qatari Hamad ben Jassem a affirmé que son pays « veut que le Liban demeure à l’abri de toute tutelle, y compris celle de la Syrie », martelant que « la poursuite de la politique syrienne actuelle ne serait pas sage ». De là à savoir pourquoi Doha a soutenu cette politique « pas sage », au cours des derniers mois…