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La majorité projette un élargissement du cabinet à 30 ministres

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L’Europe pourrait voler au secours de l’initiative arabe
La majorité projette un élargissement du cabinet à 30 ministres


La question de la participation du Liban et des autres pays arabes au sommet de Damas a nourri toutes sortes de spéculations au cours des dernières semaines. Mais avec l’approche du 29 mars, date à laquelle Bachar el-Assad devrait accueillir ses homologues arabes dans le royaume du Baas, le paysage s’est quelque peu éclairci et le sommet en tant que tel a quasiment perdu tout intérêt. Du moins pour le dossier libanais.


En effet, la totalité des gouvernements arabes, à l’exception du Liban, devraient prendre part à la rencontre, à travers des délégations de niveau plus ou moins faible ou élevé. De son côté, Beyrouth continue d’atermoyer, tout en sachant qu’une visite du Premier ministre Siniora à la capitale syrienne est bien évidemment à exclure. Le gouvernement ne devrait pas se prononcer à cet égard avant le 25 mars prochain, afin de coordonner sa position avec ses alliés arabes et avec toutes les composantes de la majorité, mais aussi pour rendre la pareille au régime syrien, en répondant à la dernière minute – par l’affirmative ou la négative – à l’invitation que Damas lui a transmise in extremis, et de surcroît d’une manière incongrue.


Aujourd’hui, les considérations liées au sommet en lui-même sont quelque peu dépassées. Bachar el-Assad aura son banquet de chefs d’Etat arabes, bien qu’il ne l’ait aucunement mérité, bien au contraire. Mais ceci est avant tout le problème des pays arabes qui n’ont pas tenu leurs promesses à l’égard du Liban et qui ont fini par céder face à l’intransigeance du régime du Baas.


Et c’est la question de l’après-29 mars qui se pose actuellement avec d’autant plus d’acuité que les préparatifs de cette période ont déjà commencé en coulisses et que la situation interne semble s’orienter vers une nouvelle escalade dans le conflit politique qui oppose les deux visions antagonistes de la majorité et du Hezbollah.
Seule l’élection d’un chef de l’Etat pourrait ouvrir la voie à une période de trêve ou d’accalmie. Pour un haut responsable de la majorité, la tenue du scrutin présidentiel au lendemain – voire à la veille – du sommet est « fort peu probable mais pas impossible pour autant ». Selon lui, le régime syrien pourrait adoucir ses positions au Liban, en facilitant l’élection d’un président pour bloquer ensuite la formation du nouveau cabinet, cédant ainsi aux pressions de la Russie. Par ce biais, Moscou, dont le chef de la diplomatie est arrivé hier à Damas, chercherait à neutraliser la situation libanaise, redoutant une guerre régionale qui mettrait dans le pétrin ses proches au Proche-Orient, et notamment l’Iran.


Mais si Sergueï Lavrov ne réussissait pas à obtenir gain de cause auprès des caciques de Damas, la première victime de l’obstruction de l’échéance présidentielle ne serait autre que l’initiative de la Ligue qui perdrait l’unique source de son élan précaire, à savoir le dossier du sommet. Et c’est probablement pour étayer la médiation Moussa et la sauver de la désuétude que l’Union européenne s’est activée sur le front libanais, dépêchant Javier Solana au Liban et laissant entendre, par la voix de Bernard Kouchner, qu’elle pourrait entamer une nouvelle initiative au cours des prochaines semaines. Même si elle échouait, la nouvelle médiation européenne aura le mérite de ne pas pouvoir surpasser les dégâts de celle qui l’a précédée et dont le résultat a été de pousser le dernier pilier de la communauté chrétienne droit dans les filets de la souricière du régime syrien…


En attendant le nouvel épisode de la valse diplomatique, les milieux proches de la majorité brandissent de nouveau la menace d’un élargissement du gouvernement, pour empêcher les institutions de sombrer dans la léthargie. Le front majoritaire estime en effet que l’Etat est en mesure de résister aux retombées néfastes de la crise, aussi bien au niveau sécuritaire que financier. De source informée, on indique que le gouvernement a même élaboré une formule qui lui permettrait de reconduire Michel Sleimane – qui doit partir à la retraite en septembre – à la tête de l’armée, sans qu’il y ait nécessité de voter une loi au Parlement, dans l’hypothèse où la vacance de la magistrature suprême perdurerait au cours des prochains mois.


La majorité estime donc qu’il ne reste plus qu’à renforcer l’autorité politique incarnée par le cabinet, en nommant de nouveaux ministres. Ceci accorderait une marge de manœuvre confortable au gouvernement pour gérer les affaires du pays, vu qu’actuellement l’absence de deux ministres empêche le Conseil de se réunir, faute de quorum. Selon des sources gouvernementales, cette procédure pourrait être menée en trois temps. En premier, un ministre chrétien sera nommé pour succéder à Pierre Gemayel. Ensuite, la démission de Yaacoub Sarraf sera acceptée, vu que ce dernier n’expédie pas les affaires courantes, et un nouveau responsable remplacera le ministre proche d’Emile Lahoud. Enfin, le gouvernement sera élargi à trente membres, sans que les démissions des cinq ministres chiites ne soient acceptées. Cinq nouveau ministres d’Etat seront alors probablement nommés parmi les pôles de la majorité.


Mais quelle serait la réaction du Hezbollah et de ses alliés face à un éventuel remaniement ministériel ?
Il convient de souligner à cet égard que dernièrement, le président de la Chambre a affirmé à plusieurs reprises que « le gouvernement Siniora est un fait accompli », taxant le cabinet d’ « illégitime » sans employer l’épithète « anticonstitutionnel ». Si Nabih Berry a son mot à dire au sein de l’opposition, ses propos signifieraient purement et simplement que le 8 Mars se contentera d’accueillir l’élargissement du gouvernement par une nouvelle vague d’attaques verbales, et peut-être en insufflant un peu de vie à son sit-in fantôme qui continue de terroriser le centre-ville.

المصدر:
l"orient le jour

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