Trois blessés par des balles perdues dimanche et lundi

Trois blessés par des balles perdues dimanche et lundi
Victime des tirs de « joie », Sonia Saadé échappe de justesse à la mort



On les appelle tirs de « joie », comme si ce qualificatif pouvait suffire à en faire des balles inoffensives… A chaque fois qu’un leader (qui qu’il soit) passe à la télévision, il faut que la ville brûle, et que les vies des citoyens et leurs propriétés soient mises en danger. Summum de l’irresponsabilité, actes nocifs et inutiles par excellence, démonstrations de force déplacées : y a-t-il des mots assez durs pour les condamner ? Ou pour dénoncer la passivité (faut-il dire la complicité) des responsables politiques ? Ou pour constater tristement combien loin nous sommes de l’éducation citoyenne, tant et si bien que mettre les autres en danger ne semble pas émouvoir outre mesure les « héros » des tirs de « joie » ?


Sonia Saadé, une habitante d’Achrafieh, a failli payer de sa vie les tirs intensifs qui ont accompagné le discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lundi soir. Elle se promenait avenue de l’Indépendance vers 17h30 quand, arrivée au niveau de Café Najjar, elle a senti une vive douleur un peu plus haut que la poitrine. Selon sa sœur, Viviane Ghawi, elle ne s’est pas tout de suite rendu compte de ce qui l’avait frappée, mais quand elle s’est effondrée, un couple qui passait par là a appelé la Croix-Rouge qui l’a transportée à l’hôpital Rizk tout proche. La proximité de l’hôpital lui a probablement sauvé la vie parce que son état s’est avéré extrêmement grave.
En effet, selon l’urgentiste de l’hôpital Rizk qui a traité la patiente, le Dr Fayez Abillamah, la balle a transpercé le poumon, le péricarde, le diaphragme et le foie. Elle a été opérée le soir même par trois chirurgiens, qui ont ouvert le thorax pour suturer le cœur, le diaphragme et le foie. « Sa situation était d’une grande gravité, mais elle se porte mieux aujourd’hui après l’opération, explique le médecin. Elle restera aux soins intensifs durant les 48 heures réglementaires. »


Tout cela pour une balle perdue… Une balle de Kalachnikov, faut-il préciser. Viviane Ghawi décrit l’état de révolte et de désarroi dans lequel la nouvelle a plongé la famille. Elle n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le « délire » qui accompagne les discours des leaders politiques. « C’est un pays de fous, dit-elle. Nous étions à l’hôpital le soir même, attendant nerveusement le verdict des médecins. Une nouvelle rafale s’est fait entendre. On nous a alors conseillé de nous abriter à l’intérieur. C’est un cauchemar. »


Les parents de la victime n’ont pas encore été contactés par les responsables politiques ou par quelque partie politique que ce soit. Les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont dressé un procès-verbal le soir même. L’hôpital a, quant à lui, donné aux proches des papiers à remplir et à présenter au ministère de la Santé, qui devrait donner à la famille une réponse aujourd’hui sur une éventuelle couverture de l’hospitalisation.
Mais qui est Sonia Saadé, tombée sous les balles destinées à être un message politique ? C’est une paisible habitante d’Achrafieh de 50 ans, vivant avec sa famille après des années passées à Paris, ne s’étant jamais intéressée ni de près ni de loin à la politique. Sonia Saadé est une passante innocente dont on a décidé de mettre la vie en danger. C’est chacun de nous en puissance.


Mais elle n’est pas la seule. Deux autres victimes sont tombées, selon les FSI : Fadi Ahmad Diab a été blessé à l’épaule le même soir, près de la Cité sportive, et transporté à l’hôpital des Makassed. La veille, en raison des tirs qui ont accompagné l’intervention du président du Parlement, Nabih Berry, à la télévision, un autre citoyen, Bassam Mohammad Misdi, a été touché à l’épaule, dans le quartier de Tarik Jdidé, et transporté aux Makassed également. Les deux blessés ont apparemment quitté l’hôpital. Selon une information non confirmée par les FSI, une personne aurait trouvé la mort dimanche soir dans la banlieue sud. Par ailleurs, des témoins ont raconté avoir observé des balles tomber non loin d’eux au centre-ville. Un homme a même vu le pare-brise de sa voiture voler en éclats devant son salon de coiffure à Furn el-Chebback.


Toutefois, selon une source des forces de l’ordre, ces soi-disant tirs de « joie » restent officiellement interdits, pour quelque raison que ce soit, et les tireurs pris en flagrant délit sont livrés au parquet militaire. Elle invoque les « îlots sécuritaires » pour expliquer pourquoi les tireurs n’ont pas été arrêtés ces derniers jours.


Quoi qu’il en soit, qui est chargé de mettre fin à ce phénomène absurde de manifestation de joie par les armes ? Qui est responsable de son amplification à la base ? Doit-on attendre passivement que d’autres victimes tombent avant de voir quelqu’un réagir ? Outre le danger qu’ils représentent pour les citoyens ordinaires, ces événements montrent aussi à quel point la possession et l’utilisation des armes se sont de nouveau banalisées. En faut-il plus pour tirer la sonnette d’alarme ?

المصدر:
l"orient le jour

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