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Mémorandum du 14 Mars aux participants au sommet arabe

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Mémorandum du 14 Mars aux participants au sommet arabe
La majorité appelle à un maximum de pressions sur Damas
Le document énumère les différentes étapes de la guerre menée par la Syrie contre le Liban


La majorité a appelé hier les participants au sommet arabe à exercer un « maximum de pressions sur le régime syrien, afin de mettre fin à ses visées chroniques au Liban, à ses tentatives répétées de rétablir son hégémonie et sa tutelle (sur le pays), d’entraver l’édification d’un Etat, de porter un coup à la stabilité et la sécurité, ainsi qu’à la poursuite des assassinats politiques ». Dans un mémorandum qu’elle a adressé aux chefs d’Etat et responsables arabes à la veille de l’ouverture du sommet, la majorité a estimé que la Syrie doit reconnaître l’entité libanaise, et accepter de délimiter sa frontière avec le Liban et d’établir des rapports diplomatiques avec le pays.


Le secrétariat général des Forces du 14 Mars a tenu hier une conférence de presse à l’hôtel Le Bristol pour annoncer le texte du mémorandum, en présence des députés Samir Frangié, Elias Atallah, Moustapha Allouch, Waël Bou Faour, Amine Itani, Hagop Kassardjian, Azzam Dandachi, et les anciens députés Farès Souhaid et Camille Ziadé.


M. Souhaid, qui a présenté le texte, a d’emblée affirmé le soutien du 14 Mars à l’équipe Siniora, soulignant que « ce premier gouvernement de l’indépendance après le départ des troupes syriennes du Liban confirme jour après jour que les mesures qu’il prend pour consolider la souveraineté et l’indépendance libanaises s’accordent parfaitement avec les vœux de la majorité des Libanais ».


Il a ensuite affirmé regretter que le sommet qui s’ouvrira samedi soit le moins réussi, estimant que Damas « fait rater au monde arabe l’occasion de se retrouver et la capacité de régler les problèmes épineux, à commencer par celui de la Palestine ». Extrêmement sévère à l’égard du régime syrien, M. Souhaid a estimé que celui-ci « sert d’une manière ou d’une autre l’alliance démoniaque israélo-iranienne » et lui a attribué « la responsabilité des divisions arabes », avant de présenter le mémorandum qui expose de manière détaillé les exactions et agressions syriennes au Liban.


Le mémorandum fait remarquer que le sommet se tient « alors que le régime syrien poursuit la campagne la plus large et la plus agressive jamais lancée par un Etat arabe contre la souveraineté, la sécurité et l’entité d’un autre Etat arabe », rappelant que cette campagne se poursuit depuis la prorogation du mandat de l’ancien président Emile Lahoud.


Après avoir mis l’accent sur « le refus permanent de Damas de reconnaître l’indépendance et la souveraineté du Liban, et de le traiter sur un pied d’égalité et avec respect », le texte donne une série de détails sur « les étapes et les faits de cette campagne ». L’objectif de cette énumération est de montrer que le régime syrien « n’est pas apte à présider ou à accueillir une réunion arabe, quel que soit son niveau, au moment où il persiste à violer quotidiennement la souveraineté, la sécurité et la Constitution du Liban, membre fondateur de la Ligue des Etats arabes ». Le texte est subdivisé en plusieurs chapitres rappelant le rôle syrien au niveau de la déstabilisation et du blocage des institutions au Liban. Le document souligne notamment que la guerre menée par la Syrie contre le Liban s’est faite en trois étapes.

 

Etape 1 : intimider les forces indépendantistes


(…) « Estimant que la prorogation du mandat du président Lahoud n’était plus suffisante pour assurer sa pérennité au Liban, le régime syrien a recouru à la politique de menaces et au terrorisme, en tentant d’assassiner le député Marwan Hamadé, qui a miraculeusement échappé à la mort (1er octobre 2004), puis en assassinant l’ancien Premier ministre Rafic Hariri (14 février 2005) ».
Rappelant que l’assassinat de Hariri a créé des circonstances favorables au lancement de « l’intifada de l’indépendance », le mémorandum relève qu’à la suite du 14 mars 2005, le leadership syrien a lancé une campagne d’intimidation contre le Liban et ses forces indépendantistes en assassinant Samir Kassir (2 juin 2005) et Georges Haoui (21 juin 2005), et en tentant d’assassiner le ministre Elias el-Murr (12 juillet 2005) et la journaliste May Chidiac (25 septembre 2005). Il rappelle les attentats itinérants à l’explosif dans diverses zones résidentielles et commerciales qui avaient commencé le 19 mars 2005, les agressions récurrentes contre les forces de sécurité « par des groupuscules palestiniens inféodés à la Syrie » dans la Békaa et à Naameh, ainsi que la fermeture répétée des frontières libano-syriennes à partir de juin 2005.

 

Etape 2 : œuvrer pour le renversement du pouvoir légitime et entraver la mise en place du tribunal international


« Après la publication du premier rapport de la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Hariri (20 octobre 2005), qui a pointé un doigt accusateur contre des responsables sécuritaires syriens, (….) le régime syrien a décidé de passer de la politique d’intimidation contre les forces indépendantistes au renversement du pouvoir légitime et à l’obstruction de la mise en place du tribunal international », explique le mémorandum, rappelant l’évolution du discours syrien par rapport au Liban et accusant le régime syrien d’avoir assassiné le député et journaliste Gébran Tuéni « dans une tentative soutenue d’intimider la commission d’enquête internationale, comme l’a déclaré ultérieurement son premier chef, Detlev Mehlis ».


« Le plan syrien est effectivement entré en vigueur dès la fin de la guerre de juillet 2006, lorsque le président syrien, Bachar el-Assad, a déclaré que l’opposition libanaise devait “ transformer la victoire militaire en victoire politique” (…) et les préparatifs destinés à renverser le tribunal international ont sérieusement commencé durant la guerre de juillet ». « Le président Lahoud en a pavé la voie en annonçant, alors que les combats faisaient rage, qu’il “faut envisager la responsabilité d’Israël dans l’assassinat de M. Hariri” (2 août 2006), et le secrétaire général du Hezbollah a par la suite précisé qu’il réclamait le remaniement du gouvernement dans le but de modifier l’équilibre politique et d’accorder à l’opposition la minorité de blocage afin d’empêcher la majorité d’imposer ses décisions aux autres (12 septembre 2006) », explique le texte qui rappelle ensuite les circonstances dans lesquelles les ministres chiites avaient démissionné.


« Parallèlement, le secrétaire général adjoint du Hezbollah a averti que “la démission sera suivie de démarches”et que “le recours à la rue ne sera pas une manifestation d’un jour”. Ces menaces, précise le texte, se sont traduites par l’assassinat du ministre Pierre Gemayel, le 21 novembre 2006, la création de « Fateh el-Islam » à l’issue d’une scission au sein de « Fateh el-Intifada » (28 novembre 2006) et l’appel du président Lahoud à l’insubordination civile le 29 novembre 2006.


Après avoir rappelé l’occupation du centre-ville par l’opposition et « l’intifada des pneus », le 27 janvier 2007, le texte indique que le régime syrien a essayé d’empêcher les forces du 14 Mars d’organiser une manifestation à l’occasion de la commémoration du deuxième anniversaire de l’assassinat de Hariri, et ce en faisant exploser deux bus à Aïn Alak le 13 février 2007.

 

Etape 3 : démanteler l’Etat libanais


Après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution sur la mise en place du tribunal à caractère international, le 30 mai 2007, « le régime syrien a décidé de démanteler l’Etat, afin de troquer le tribunal international contre la préservation de la République », poursuit le mémorandum, affirmant que la décision syrienne s’est traduite par les tentatives de saper la paix civile. Il rappelle le contexte dans lequel la guerre de Nahr el-Bared s’est produite ainsi que la reprise des assassinats : Walid Eido (13 juin 2007), Antoine Ghanem (19 septembre 2007), le général François el-Hajj (13 décembre 2007) et le capitaine Wissam Eid (25 janvier 2008), et des attentats à la voiture piégée ainsi que les attaques contre le contingent espagnol de la Finul (24 juin 2007), l’attentat contre un véhicule de l’ambassade des Etats-Unis au Liban (15 janvier 2008), et les menaces adressées aux ambassades d’Arabie saoudite et du Koweït à Beyrouth.


Le mémorandum rappelle aussi de manière exhaustive les points de divergence politiques entre l’opposition et la majorité. « L’opposition prosyrienne a proposé de réviser les accords de Taëf afin de restituer au président de la République ses prérogatives de l’avant-Taëf (l’opposition chrétienne), et de remplacer le principe d’égalité entre les musulmans et les chrétiens au Liban par un partage du pouvoir sur base de trois tiers égaux entre chiites, sunnites et chrétiens (Le Hezbollah). Les deux objectifs susmentionnés, quoique contradictoires, s’inscrivent dans le cadre des tentatives de saper la légitimité institutionnelle de l’Etat », affirme le mémorandum, ajoutant que « l’opposition a modifié la signification des principes du “consensualisme” et du partenariat intercommunautaires, en suggérant qu’ils octroient au parti politique dominant au sein d’une communauté un droit de veto au niveau de l’Etat et des institutions étatiques. En partant de cette interprétation erronée, le Hezbollah et le mouvement Amal ont considéré le gouvernement en place comme non consensuel et inconstitutionnel rien qu’en retirant leurs représentants au cabinet ». « Le président de la Chambre des députés est allé plus loin en fermant les portes du Parlement et en s’attribuant la responsabilité exclusive d’interpréter la Constitution. Aussi, a-t-il ôté au Parlement et au Conseil constitutionnel qui était alors en gestation leurs rôles respectifs », note le texte.


« Le vice-président syrien Farouk el-Chareh, qui a estimé, le 12 décembre 2007, que la Syrie “détient désormais une force réelle sur le territoire libanais”, a expliqué la notion de la démocratie au Liban. Il a considéré que le pays possède ses spécificités, le succès de tout gouvernement au Liban devant être fondé sur l’entente et l’accord national. Idée qui contredit le principe même de la démocratie, laquelle stipule le droit de vote à la moitié plus un, quelle que soit la position de l’opposition (10 janvier 2007). Cependant, Chareh n’a pas justifié pourquoi la Syrie, qui avait contrôlé le Liban entre 1990 et 2005, n’avait pas pris en compte cette notion, tenant à l’écart l’opposition quinze années durant. Il n’a pas expliqué non plus comment Damas avait imposé deux présidents de la République en dehors du cadre de “l’entente”, prorogé leurs mandats présidentiels de façon anticonstitutionnelle et appliqué des lois électorales enfreignant les bases les plus élémentaires de la démocratie au Liban », insiste le mémorandum.

 

Créer un vide du pouvoir


Le texte souligne enquite que « l’opposition a mis en œuvre la décision du régime syrien visant à empêcher l’organisation de l’élection présidentielle, en exigeant un quorum des deux tiers au Parlement pour déclarer valide la sélection d’un nouveau président et en menaçant les forces de la majorité d’un “mal suprême” en cas de vote à la majorité absolue ». Il relève que « le président Berry a essayé d’atténuer la position de l’opposition en proposant l’élection d’un président “de consensus” en échange du quorum », avant d’accuser l’opposition d’avoir fait échec aux deux initiatives française et arabe.


La dernière partie du mémorandum est un appel lancé aux participants et un exposé de ce qui devrait être fait pour que le Liban puisse être souverain et libre : « Les Etats arabes amis qui soutiennent le Liban, sa sécurité, sa stabilité et son rôle dans cette région sont appelés à exercer un maximum de pression sur le régime syrien pour contrecarrer ses visées chroniques au Liban, et mettre un terme à ses tentatives intolérables et récurrentes de rétablir l’ère d’hégémonie et de tutelle dans le pays, d’entraver la reconstruction de l’Etat, de saper la sécurité et la stabilité libanaises, et de poursuivre les assassinats politiques. Par conséquent, la Syrie doit reconnaître de façon claire, expresse et définitive l’existence de l’entité libanaise. Elle doit accepter de démarquer ses frontières, d’établir des relations diplomatiques et échanger des ambassadeurs avec le Liban, en vertu des décisions issues du dialogue national et conformément aux accords de Taëf dont Damas avait refusé l’application au cours de l’hégémonie syrienne sur le Liban. Tout règlement du problème des relations libano-syriennes doit prendre en considération les intérêts libanais. La réorganisation des relations avec la Syrie dépend de la reconnaissance par Damas de l’indépendance libanaise et l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays.


« Pour atteindre ces objectifs, il faudra que l’Etat syrien cesse de considérer le Liban comme une “province” arrachée à la mère patrie pendant l’ère de la colonisation, ou comme une “arène” pour régler les comptes et conclure des marchés. Il doit reconnaître, de manière claire, expresse et définitive, que l’Etat libanais est un Etat indépendant, il faut que la Syrie cesse de nier la particularité du peuple libanais en considérant que les Libanais et les Syriens constituent “un seul peuple vivant dans deux Etats”, en s’attribuant le droit présumé et illégitime d’intervenir dans les affaires intérieures libanaises au point d’éliminer l’Etat libanais, et en distinguant de façon injustifiable les deux peuples libanais et syrien des autres peuples arabes. Il faut aussi que l’Etat syrien place la légitimité de l’entité libanaise sur un pied d’égalité avec la légitimité de toutes les autres entités arabes, l’entité syrienne incluse.


« La détermination du régime syrien à maintenir le vide présidentiel au Liban porte des significations politiques particulièrement dangereuses. Cependant, les répercussions de l’absence du seul chef d’Etat arabe chrétien sur le dialogue islamo-chrétien en Orient sont alarmantes. Cette absence constitue un précédent dans l’histoire des sommets arabes, et un message syrien piégé adressé à la coexistence au Liban et dans le monde arabo-musulman. »

المصدر:
l"orient le jour

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