Siniora dénonce le « rôle prépondérant » de Damas dans la crise interne

Il n’est plus acceptable que la Syrie ou l’Iran traitent le Liban comme une zone d’influence ou un champ de bataille, affirme le Premier ministre
Siniora dénonce le « rôle prépondérant » de Damas dans la crise interne


«C’est à regret que le Conseil des ministres libanais a décidé de ne pas prendre part au 20e sommet arabe. Cette absence veut avant tout insister sur le fait que le Liban est normalement représenté, dans tous les sommets arabes, par un président de la République (…), seul président chrétien parmi les chefs d’Etat arabes.


C’est par ces mots que le Premier ministre Fouad Siniora a expliqué, dans un message retransmis hier en direct à la télévision, aux Libanais, aux dirigeants arabes et en particulier aux « frères syriens », la décision libanaise de ne pas se rendre au sommet arabe de Damas.


Mettant en exergue le rôle négatif joué par la Syrie dans la crise libanaise, illustrée d’abord par l’impossibilité d’élire un président consensuel, M. Siniora a déclaré sans ambages : « Il est regrettable que la magistrature suprême reste vacante quatre mois après la fin du mandat du président sortant. Durant comme avant cette période, la Syrie a joué un rôle prépondérant dans la crise politique au Liban, la rendant plus aiguë en s’ingérant constamment dans les affaires internes libanaises et en empêchant ainsi l’élection du candidat consensuel à la présidence. Elle s’est également appliquée à semer les embûches sur la voie de l’initiative arabe et à paralyser les efforts du secrétaire général de la Ligue arabe, tout cela alors que la paralysie intentionnelle du Parlement se poursuit. »


Le Premier ministre a assuré que le gouvernement libanais désire « nouer des liens fraternels, positifs et sains avec la Syrie ».

Des points communs, mais…
Tout en convenant qu’entre les deux pays, il existe « des points communs » sur le double plan social et culturel, M. Siniora a indiqué que le gouvernement libanais estime que « la traduction concrète de ces points communs en choix et politiques nationaux relève de la compétence de chacun des deux pays ».


« Ce type de décision doit être pris par les institutions de chacun des deux pays, a-t-il repris. Il n’est pas permis qu’elle soit imposée par une partie sur l’autre. »


Et le Premier ministre d’insister : « Il n’est plus acceptable qu’un pays frère comme la Syrie, ou un pays ami comme l’Iran, ou tout autre pays dans le monde traite le Liban comme une zone d’influence ou un champ de bataille. »


Rappelant les circonstances qui ont précédé la fin de l’occupation syrienne au Liban, le Premier ministre a rappelé que « lorsque les Libanais ont réclamé le départ de l’armée syrienne, ils ne l’ont pas fait pour remplacer une présence par une autre, une tutelle par une autre (…) ».
S’attardant sur le tribunal spécial pour le Liban mis en place afin de juger les assassins de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, M. Siniora a aussi indiqué que les Libanais « n’ont pas voulu se venger, ni politiser la justice. Ils ont simplement voulu que justice soit faite pour que les assassins soient punis (…) ».

Une nouvelle page


Pour le Premier ministre, l’insistance libanaise à « construire des relations syro-libanaises cordiales » constitue le point de départ à partir duquel « une page nouvelle pourra être ouverte entre les deux pays frères ».
A cette fin, a ajouté M. Siniora, il convient de s’engager à respecter conjointement les principes suivants :
1- Les relations entre les deux Etats libanais et syrien doivent passer par les gouvernements respectifs des deux pays, comme cela se fait dans tous les pays souverains. Cela ne signifie pas que les relations entre les pays arabes – parmi lesquels le Liban et la Syrie – doivent se limiter aux canaux officiels. Les relations sociales, économiques et culturelles ne peuvent pas, en effet, être limitées à des canaux officiels, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il doit être permis à un gouvernement de lier – dans un autre pays – des relations politiques, sécuritaires, organisationnelles, directement avec des groupuscules ou factions politiques, partisanes ou militaires, en faisant fi des institutions étatiques officielles et constitutionnelles.


2- Les deux gouvernements syrien et libanais doivent s’engager à ne pas utiliser le territoire de l’autre pays comme point de passage de nature à menacer la sécurité ou la stabilité de l’autre pays. Chacun des deux pays doit également s’abstenir d’utiliser le territoire de l’autre à des fins politiques, sécuritaires ou militaires, sans avoir obtenu au préalable l’autorisation du pays concerné.

 

Des relations diplomatiques


3- La mise en place de relations normales entre deux pays nécessite l’instauration de relations diplomatiques. Le gouvernement libanais estime dans ce cadre qu’il devient nécessaire que le Liban et la Syrie instaurent entre eux des relations diplomatiques le plus rapidement possible, sans atermoiements.


4- La délimitation des frontières libanaises officielles par la Syrie est un acte normal, nécessaire et utile. Cela empêche de grands différends de naître entre les deux pays et en repousse les dangers. Quant à la région occupée des fermes de Chebaa, la délimitation et la détermination de la frontière sur les cartes, en accord avec les deux parties concernées, doit se faire de manière prioritaire. Cette délimitation pourra ainsi aider le Liban dans la libération de son territoire, en s’appuyant sur la résolution 425 de l’ONU. Le Liban, qui refuse de conclure un traité de paix de manière isolée avec l’entité sioniste, veut redynamiser l’accord d’armistice, conformément aux dispositions des sept points de la déclaration ministérielle validée en Conseil des ministres, mais également par le Conseil des ministres des Affaires étrangères arabes, notamment en ce qui concerne la libération des fermes de Chebaa et le cessez-le-feu permanent, comme le souligne la résolution 1701 de l’ONU. La redynamisation de l’accord d’armistice et l’instauration d’un cessez-le-feu permanent ne découlent pas uniquement des deux résolutions onusiennes précitées, mais constituent le fondement de l’accord de Taëf et de la Constitution libanaise. Pour toutes ces raisons, nous demandons au pays frère, la Syrie, de coopérer avec le Liban et de l’appuyer dans ses efforts et ses objectifs nationaux afin d’éloigner l’énorme danger qui le guette et de consolider ses droits nationaux.

 

Les camps palestiniens


5- Conformément à l’accord de Taëf (…), les Libanais ont convenu, à l’unanimité, durant le congrès du dialogue national, de contrôler la sécurité et les armes à l’intérieur des camps palestiniens, de démanteler les camps retranchés et les quartiers généraux des fractions armées palestiniennes. A cette fin, compte tenu du fait que certaines fractions palestiniennes sont liées aux autorités syriennes (…), la coopération des autorités syriennes dans l’élimination de ces camps retranchés, situés hors des camps, ainsi que dans le contrôle des armes situées à l’intérieur des camps est vitale pour la sécurité du Liban, sa stabilité et sa tranquillité.


6- Une entente sérieuse entre le Liban et la Syrie, sous les auspices de la Ligue arabe, sur le principe et les mesures concrètes évoquées, ainsi que sur d’autres problèmes à régler, comme celui des Libanais disparus ou détenus dans les prisons syriennes, est de nature à mettre les rapports entre nos deux pays sur la bonne voie, une voie d’amitié et de bon voisinage (…).


« Nous ne nous sommes pas rendus à Damas parce que nous refusons de nous y rendre sans président, a repris M. Siniora. Nous nous sommes également abstenus à cause des politiques et pratiques de la Syrie au Liban, pratiques qui sont la cause fondamentale de notre crise politique, qui va en se durcissant, et dont l’un des plus importants aspects est aujourd’hui l’absence d’un président à la tête de l’Etat.


« Les Arabes considèrent l’expérience libanaise comme une expérience de civilisation de grande importance pour eux tous (…). Le Liban, pour sa part, ne voit pas de meilleure ombrelle que celle que les Arabes peuvent lui assurer. C’est pourquoi je demande aux leaders arabes de mettre la question des relations libano-syriennes en tête de leurs priorités et de songer à lui consacrer une réunion des ministres arabes des AE dans les plus brefs délais. Telle est, d’ailleurs, l’une des vocations de la Ligue arabe », a conclu le Premier ministre.

المصدر:
l"orient le jour

خبر عاجل