Tout le monde se dit d’accord sur Sleimane comme sur l’initiative de la Ligue… mais rien ne marche !

Tout le monde se dit d’accord sur Sleimane comme sur l’initiative de la Ligue… mais rien ne marche !
Philippe ABI-AKL


C’est à en perdre son latin. Ce qui est du reste assez normal, puisqu’il s’agit d’une langue morte. Il est de même peu étonnant que le Liban, pays pluraliste condamné par là-même à de multiples contradictions, s’affiche comme le royaume des paradoxes. Les deux derniers les plus saillants, qui abritent en leur sein bien d’autres, sont que loyalistes et opposants, ainsi qu’Arabes et autres extras réunis, jurent leurs grands dieux qu’ils tiennent à Michel Sleimane de même qu’à l’initiative arabe. Alors pourquoi et comment n’y a-t-il toujours pas de solution ? Tout simplement parce qu’en réalité certains n’en veulent pas et se trouvent à deux doigts de l’avouer. Soit en laissant filtrer, via Sleimane Frangié, Wi’am Wahhab ou même Michel Aoun (quoique avec des nuances, pour ce dernier) que Sleimane n’est plus un candidat de consensus, du moment qu’il a la majorité à ses côtés. Soit en multipliant les conditions rédhibitoires vis-à-vis de l’initiative arabe, sous l’exigence d’un package deal préalable, en prenant soin de varier le menu par de constantes surenchères. Soit, enfin, en claquant carrément la porte des négociations, en refusant de traiter la crise, comme Damas vient de le faire au sommet.


Walid Moallem, simplifiant et clarifiant la ligne syrienne obstructionniste, déclare désormais qu’il appartient aux seuls Libanais de résoudre leurs problèmes entre eux. Comme on sait qu’ils n’en ont pas la possibilité, sinon l’initiative arabe n’aurait pas été nécessaire, on comprend ce que cela veut dire. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer en même temps qu’il est pour l’initiative arabe, rappelant que le sommet, solidaire du Liban, appuie les efforts de Amr Moussa. Pour ce porte-parole du régime syrien, les Américains et leurs alliés du cru sont seuls responsables du blocage et de la persistance de la vacance présidentielle, en procédant à une lecture tendancieuse de l’initiative arabe qui, selon lui, implique un package deal de trois éléments indissociables sur lesquels il faut s’entendre d’avance. A savoir la présidentielle, le gouvernement et la loi électorale. Il rappelle que le programme a été établi lors d’une réunion au domicile de Amr Moussa au Caire.


Ce qui est lancer le bouchon un peu trop loin, puisque le secrétaire général de la Ligue, tout comme Ryad et Le Caire, pense qu’il faut la présidentielle d’abord, et sans conditions. Et qu’ensuite l’initiative arabe signifie qu’il faudrait aider les Libanais à s’entendre sur le casse-tête du gouvernement, puis sur la loi électorale.

 

Troïka


Indépendamment de ce qu’il veut ou ne veut pas, le régime syrien pense que la solution ne passe pas par l’initiative arabe, mais par un arrangement qu’il conclurait directement avec l’Arabie saoudite et l’Egypte. A défaut de quoi, on prolongerait le pourrissement, à travers, par exemple, une initiative Berry d’atermoiement. Projet que Hassan Nasrallah s’est empressé de bénir dans sa dernière intervention télévisée, en laissant entendre qu’on aurait de la sorte un substitut à une initiative arabe qui a fait chou blanc. La formule d’une initiative Berry présenterait l’avantage de confirmer les propos de Moallem sur la nécessité de laisser les Libanais régler entre eux le contentieux. Une opération de diversion qui pourrait difficilement être gobée par la majorité, car elle reposerait toujours sur le package deal préalable. C’est ce que relèvent des professionnels indépendants.


Les loyalistes répètent sans se lasser que l’initiative arabe présente un ordre de marche bien déterminé, dont la logique obéit d’ailleurs aux prescriptions de la Constitution libanaise. Pour eux, il est clair que si les Arabes avaient voulu un package deal préliminaire, ils l’auraient clairement précisé. En tout cas, que Damas le souhaite ou non, les Arabes soit loin d’enterrer leur conciliation. A preuve que Moussa retourne sous peu à Beyrouth.


Ils sont donc pour l’initiative arabe et n’en veulent pas d’autre. Siniora propose ainsi, pour la relance, une réunion des ministres arabes des AE. Moussa lui-même songe à un sommet consacré au Liban. Et les majoritaires s’en tiennent à la priorité de la présidentielle pour que le nouveau chef d’Etat dispose d’un paquet de ministres lui permettant d’arbitrer et d’équilibrer l’Exécutif afin de réparer les failles de Taëf qui a sapé ce pouvoir, et l’a déséquilibré, en le confiant à un collégial inaccordé : le Conseil des ministres.


Toujours est-il que, selon un diplomate chevronné, c’est seulement un éventuel rapprochement entre l’Iran et les USA qui permettrait une détente syro-saoudienne et, du même coup, une entente entre protagonistes libanais.

المصدر:
l"orient le jour

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