La Syrie cherche à assurer à ses alliés locaux une majorité dans le prochain Parlement

La Syrie cherche à assurer à ses alliés locaux une majorité dans le prochain Parlement
Damas axe désormais sa bataille non plus sur le cabinet d’union, mais sur la loi électorale 
Emile KHOURY


La récente interview télévisée de l’ancien député Sleimane Frangié a relancé les supputations autour des véritables intentions et des visées du régime syrien sur la scène libanaise. Le chef des Marada, rappelle-t-on, avait suggéré que l’opposition débloque l’élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République et abandonne sa revendication sur le tiers de blocage au sein du prochain gouvernement à condition qu’une nouvelle loi électorale basée sur le découpage des circonscriptions de 1960 soit votée durant la même séance parlementaire qui sera consacrée à l’élection du chef de l’Etat. Cette proposition a été soumise à l’évêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, par le général Michel Aoun et M. Frangié dans le cadre des efforts déployés, notamment par Mgr Matar, afin de dégager un terrain d’entente entre Bkerké et les deux pôles chrétiens de l’opposition.


Au stade actuel, la suggestion de Sleimane Frangié soulève plusieurs interrogations :
– Cette proposition est-elle avalisée par toutes les composantes de l’opposition du 8 Mars ? Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que le général Aoun ne l’a nullement évoquée dans la déclaration qu’il a faite à l’issue de la dernière réunion de son bloc parlementaire. Il a, au contraire, souligné qu’il reste attaché au package global réclamé par l’opposition en contrepartie de l’élection du président de la République. Sans compter que des dissonances sont apparues dans les rangs de l’opposition au sujet de la proposition du chef des Marada.
– La Syrie a-t-elle abandonné le package global qu’elle réclame afin d’inciter ses alliés à faciliter l’élection du président de la République ?


– Est-il concevable de faire voter la loi électorale basée sur le découpage de 1960 le même jour que l’élection du chef de l’Etat sans tenir compte des ajustements qui devraient être pris en considération du fait des changements, entre autres démographiques, intervenus dans plusieurs cazas, tant en ce qui concerne le nombre de députés que les nouveaux découpages administratifs appliqués au cours des dernières années ? Est-il concevable de faire voter de manière précipitée une loi électorale sans prendre en considération certaines des recommandations suggérées par la commission sur le loi électorale présidée par Fouad Boutros pour ce qui a trait au vote à 18 ans, à la participation des Libanais de l’étranger au scrutin, à l’organisation des élections en un seul jour, ou au contrôle des dépenses et à l’organisation des campagnes médiatiques ? Toutes ces modifications nécessitent, à l’évidence, un examen approfondi, d’abord au sein de la commission de l’Administration et de la Justice, et ensuite au niveau de l’Assemblée nationale.


– Ne serait-il pas plus sage, par voie de conséquence, de prévoir un débat approfondi au sujet de la loi électorale à l’échelle de tout le pays, compte tenu du fait que ce dossier suscite des divergences aussi bien dans les rangs de l’opposition qu’au niveau de la majorité ?


Force est de relever dans un tel contexte qu’il est inconcevable d’ajourner l’élection du président de la République dans l’attente d’un accord sur la nouvelle loi électorale. La question qui se pose sur ce plan, au stade actuel, est donc de savoir si le régime syrien axe désormais sa bataille au Liban sur la loi électorale plutôt que sur la formation d’un gouvernement d’union nationale. De nombreux observateurs affirment que tel est effectivement le cas. Ces analystes soulignent à cet égard que la Syrie estime que cela ne vaut plus la peine, à un an des élections législatives, de mener une bataille pour la mise sur pied d’un cabinet d’union et qu’il est plus profitable pour elle d’axer ses efforts sur l’approbation d’une loi électorale qui serait susceptible d’assurer à ses alliés locaux une majorité dans la prochaine Chambre.


Les milieux proches de Damas affirment en effet que le découpage des circonscriptions sur base de la loi de 1960 pourrait assurer la majorité aux alliés de la Syrie, en l’occurrence aux différentes factions et pôles d’influence qui constituent l’opposition actuelle, dans ses différentes composantes. Certes, certains courants chrétiens au sein de l’opposition pourraient perdre des sièges dans les circonscriptions à majorité chrétienne, mais cette perte serait compensée dans les circonscriptions à majorité chiite, les candidats chrétiens de l’opposition pouvant compter sur un apport substantiel de voix chiites de manière à compenser la baisse attendue des voix chrétiennes dans le camp du 8 Mars après que certains courants chrétiens de l’opposition aient « retourné leur veste » et changé de camp.


Cet enjeu électoral est vital pour la Syrie. Le régime de Damas mise en effet sur une victoire de ses alliés locaux au cours des prochaines législatives afin de contrôler à nouveau non seulement le Parlement, mais également l’Exécutif de manière à entraver la bonne marche du tribunal international. Si cette manœuvre réussit, le régime syrien espère même pouvoir bloquer le renouvellement du mandat du tribunal en question au terme de la première période de trois ans en incitant le gouvernement, qu’il contrôlerait alors, à s’opposer au renouvellement du mandat du tribunal et à son financement. Du même coup, la Syrie s’emploierait aussi, par le biais de ses alliés renforcés, à tenter de semer des embûches sur la voie de l’application des résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité. D’où la détermination de Damas à mettre tout son poids dans la balance afin d’assurer le succès des différentes composantes de l’opposition actuelle lors des prochaines élections législatives.

المصدر:
l"orient le jour

خبر عاجل